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Les veines du vent
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 Article publié le 2 mars 2014.

oOo

De lieu en lieu monte une ferveur
Se pose dans la paume de nos mains détendues
Petite mésange bleue
Sourire des terres

La ramure des chênes verts abrite un secret
Qui passe dans les lierres
Circule dans les pierres
Frémit dans les hautes herbes déjà sèches
Accorde un répit chantant à la garrigue écrasée de chaleur
Explosions de senteurs fauves
Premier jour, dernier jour, c’est tout un
Dans le massif
Les veines du vent pulsent dans la brise légère
Irriguent la parole des lieux pris de vertige
L’ascension se fait en douceur, la hauteur importe si peu,
Seule comptent les hauteurs qui ne toisent pas,
Lancent un défi allègre au marcheur impénitent
Qui salue le vent
La main passe sur le front en sueur,
Les reins se tendent
Apre marche à travers bois, le long du torrent apaisé
Colline
Les pas du marcheur lui caressent les flancs
Les pas qui ne résonnent pas,
Les pas pas pesants,
Les pas qui passent
Un meurtre de corbeaux s’élance dans le bleu du ciel
Virgules noirs battant le beurre de l’aube en allée
Baratte immense, la vallée calme de midi,
Par où se prépare le miel des nuits blanches
Un papillon folâtre dans l’air chaud,
C’est vibration contre vibration
C’est sans conséquence aucune
C’est la vie étalée-murmurante,
Fermeté fluide, flux de roches qui infusent
Dans la plénitude qui délie,
Solide comme les chênes amoureux de rocs millénaires
Qui jalonnent la vue qu’en prend le marcheur
Sa vue résonne dans la chaleur
Accompagne ses jambes qui le portent vers ce qu’il voit, entend, sent et ressent
Plus de centre, mais un vertige de tous les sens,
Une halte dans le bleu du ciel
Qui boit l’eau de l’air
L’eau court de roche en roche,
S’attarde dans les vasques
Puis reprend sa course écumante,
Tout cela dans le même temps
Partage du temps
Ce qui court dans les yeux du marcheur court dans ses veines
Imprime à sa course lente une solidité d’arbre épris de chaleur

La nuit sera brève
Les cigales, tout à leur brimborion encore, vont faire silence
Laisser d’autres bêtes mener leur danse

De mont en mont, de plus en plus claires, les faveurs exubérantes au ciel accordées
Le ciel habite la terre, gîte en elle dans le couvert de sa mise, la tard venue
Des étoiles dansent dans les herbes folles
L’étang noir régale la nuit, coassements doux comme une plainte
Un meurtre de corbeaux bivouaque non loin dans les hauteurs engourdies
Hoquète dans les cimes
Nuit empesée, lourde de tout son attirail de nuit
Nuit en proie à la nuit

Tu es venue,
Et sélène, la nuit qui enivre
A la juste mesure l’hymne ailé dédié
A une faveur reculée,
A une avancée dans les hautes herbes
Pudeur des sens enamourés

Draps de lins et couronnes de lierre
Epaules nues, seins fermes sous la robe dansante
La fraîche saveur de la fraise rouge sur tes lèvres
Tu t’avances, plus résolue que jamais

Douce éclaircie des sens,
Serpentine présence à toi accordée
Tu ris, tu ne pleures, tu gémis, frémis

Il te prend l’envie de danser devant le feu que j’ai allumé pour nous
Tes yeux brillent, ta peau si blanche nargue les étoiles
Pour un peu, tu tendrais la main vers les étoiles pour les attraper,
T’en faire un collier de perles scintillantes
Mais tu préfères tourner et tourner
Dans la ronde enivrée
Tes bras ne fouettent pas l’air
Folâtrent alentour bien plutôt,
Montent le long de tes hanches,
Escaladent hardiment tes flancs,
Tes mains frémissent un court un instant sur tes seins
Tu dénoues ta chevelure
Dans l’ébène de la nuit ta blondeur éclatante
Comme un lointain souvenir de la lointaine Islande
Tu tournes et tournes,
Donnes le vertige à la nuit, ta sœur,
Toutes deux amoureuses de ce feu que vous allumez dans les yeux des hommes
Vous devenez l’implacable flamme
Nuit embrasée, embrassée, nuit blanche et saillante,
Saillie de flammes, rouge gorge et fesses dures arrimées à tes reins,
Ce pur élan

Après la danse, s’asseoir autour du feu,
Sentir l’appel du lointain,
Si proche, si proche
Regarder les flammes les yeux dans les yeux
Leur parler enfin
Jeter au feu les pensées sèches et les espoirs vains

Dans la fournaise crépitante tisonner les braises déjà nombreuses
Bondir dans une légèreté de flammes
Se joindre aux ombres qui dansent sur les parois rocheuses
Danser à nouveau, un bref instant,
Puis se rasseoir,
Ressentir l’appel,
De plus en plus proche,
De proche en proche comme ancré dans la sagesse des roches
A cette parole arracher le fiel,
Du miel des jours faire un baume pour la nuit blessée,
Et, les yeux dans les yeux, sourire à l’avenir,
Ce présent des jours

Fleur de mots, murmurés dans une langue connue de tous,
En-deçà des idiomes, au-delà des frontières
Matière à penser nichée dans les schistes
Sourire des eaux,
Dans un souvenir proche,
Sève brûlante à la nuit accordée
Dans l’accord fait homme
Musiques à portée de voix dans cette symphonie bruissante
Musique dans la musique,
Ta partition à toi, en toi,
Hors de toi jaillit

Jean-Michel Guyot
25 février 2014

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