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 Article publié le 9 juin 2013.

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Dans les sociétés traditionnelles patrilinéaires, la femme n’est qu’un réceptacle, « un sac », dans lequel l’enfant se développe : c’est le sperme qui fait tout, à cette nuance près : il faut un adjuvant : le soleil pour achever la formation de l’enfant.

Dans les sociétés matrilinéaires, l’homme n’est presque rien, c’est la femme qui fait presque tout… Là aussi, intervention d’un tiers pouvoir « qui achève l’œuvre ».

Nous sommes issus d’une société patriarcale marquée par le christianisme : l’homme et la femme, dans la mythologie chrétienne, ne suffisent pas à faire un enfant : il y faut « l’étincelle divine », « le supplément d’âme ».

Actuellement, nous sommes dans le savoir biologique. Nous n’avons plus recours à des explications imaginaires qui informent tous les aspects de notre vie. Ces éléments, pour imaginaires qu’ils soient, ont une fonction : régler les rapports humains, en d’autres termes, ils donnent (donnaient…) un sens à la vie des hommes et des femmes en société.

Ceci étant dit, l’imaginaire perdure dans nos sociétés, peut-être est-il même plus actif que jamais, en ce sens qu’il est « déréglé », livré à lui-même, n’étant plus collectif. Cet imaginaire, par ailleurs, puise à plusieurs sources concurrentes : il faudrait parler d’imaginaires.

Un homme ne devient père que symboliquement, pour ainsi dire de loin : son corps n’est pas affecté par la paternité. On constate néanmoins des phénomènes de mimétisme : certains hommes prennent du poids en même temps que leur femme enceinte d’eux. Il y a le stress aussi, causé par l’arrivée imminente d’un enfant qui va bouleverser la donne.

L’homme déclare l’enfant en mairie et le reconnaît pour sien. Il en passe par la Loi pour pouvoir se dire (le) père, tandis qu’une femme est « naturellement » mère, quand elle a mis un enfant au monde et peut se dire sans doute aucun « la » mère…

Une femme devient mère dans sa chair, en portant à terme un enfant : la grossesse, puis l’accouchement font d’elle une mère.

Une femme, en d’autres termes, n’est pas qu’une femme, parce qu’elle réalise son potentiel maternel en devenant mère.

Peut-on parler de privilège ? Le terme est polémique, il recèle une petite nuance revancharde : la maternité, jamais les hommes ne la connaîtront, ça leur manquera toujours. On peut s’en réjouir, quand on est dans le ressentiment inspiré par le statut social privilégié des hommes : c’est privilège contre privilège.

Si un jour les femmes, toutes les femmes, ont les mêmes chances de réussite sociale que les hommes (en Europe, elles ont déjà les mêmes droits que les hommes), alors il n’y aura plus lieu de parler en terme de privilège, mais d’expérience unique, propre exclusivement au féminin, et peut-être fondateur de la féminité.

Certaines femmes refusent, ceci dit, de n’être « que des ventres », allant parfois jusqu’à ne pas vouloir d’enfants, pour pouvoir se consacrer à leur carrière, en faisant jeu égal et concurrence aux hommes, tout en jouant parfois sur le « petit privilège » rémanent de la galanterie.

Avoir un enfant, un privilège ? Une joie plutôt, qui n’appartient qu’aux femmes. Cette joie, l’homme peut choisir de l’accompagner et de la partager, en touchant le ventre de sa femme quand elle est enceinte, pour sentir avec elle les mouvements du bébé : l’homme sent son enfant, sans être bien sûr physiquement affecté, comme peut l’être une future mère. Il peut aussi, et surtout, l’écouter, être à son écoute, ne pas la rejeter quand elle dit ce que c’est pour elle que d’attendre un enfant. Il peut ensuite assister à l’accouchement, c’est devenu monnaie courante.

L’homme, comme être privé de la maternité… C’est cette impossibilité d’être mère qui le constitue comme homme, puis comme père. Il y a un « ne pas » à l’œuvre chez tout homme : être homme, ce sera être viril, protecteur, bon père, mais jamais mère. Ceci étant dit, dès que la mère a accouché, elle entame déjà, malgré l’extrême proximité d’avec son enfant, un processus qui aboutira au détachement : ne subsisteront que les liens d’affection indéfectibles, qu’on appelle les liens du sang.

Une mère non castratrice et non captatrice est indispensable au développement de l’enfant. Le père joue le rôle de la Loi qui empêche la fusion mère-enfant qui peut conduire l’un et l’autre à la folie.

C’est le lien électif, toujours révocable, l’amour pour un homme, qui rend possible ce lien du sang indéfectible. Parfois, bien sûr, un enfant est conçu dans des circonstances dramatiques, la femme peut aussi être abandonnée par le futur père...

Les hommes… De tout temps, il s’est trouvé parmi eux des « créateurs », le plus souvent mauvais pères. Est-ce à dire que la « création » artistique est pour ce type d’hommes une compensation à l’impossibilité constitutive, dans laquelle ils se trouvent en tant qu’hommes, de mettre au monde des enfants ? Répondre par l’affirmative, c’est penser, sur le mode du ressentiment : les hommes seraient créateurs pour compenser un manque. A cela s’ajoute le préjugé populaire qui consiste à voir les artistes comme « des gonzesses », des hommes dénués de virilité. C’est sûrement bien plus complexe que cela…

Longtemps, la mort aura été le domaine exclusif des hommes, et la vie - donner la vie - le domaine des femmes…

Refuser de donner la mort, quitte à frayer avec le monde des morts à la manière shamanique, c’est acheminer l’humanité vers l’art, soit la représentation du mystère de vivre ici et maintenant dans un monde énigmatique, où, de tout temps et pour toujours sans doute, malgré la biologie, « le mystère des conceptions » (Françoise Rodary) sera l’énigme des énigmes…

On ne donne pas la vie, on la transmet, en revanche on peut donner la mort… La mort, en ce sens, est donnée comme par dépit, comme si l’impossibilité de « donner la vie » inclinait naturellement les hommes vers « le dehors », vers le combat.

Battre en brèche l’idée fallacieuse de « la vie donnée », alors qu’elle n’est que transmise, voilà qui peut aider les hommes de manière générale à faire le deuil positif de l’impossibilité congénitale dans laquelle ils se trouvent de mettre au monde des enfants…

Les hommes transmettent la vie, au même titre que les femmes, en léguant la moitié de leur code génétique. Il leur appartient aussi, au même titre que les femmes devenues mères, de transmettre le langage, les normes sociales, les us et coutumes, quel qu’en soient par ailleurs le contenu et la forme (plus ou moins contraignants, plus ou moins libérales). Même le rapport physique à l’enfant est possible pour un homme désormais, sans qu’il soit nécessairement taxé de « gonzesse »…

Les mères « démissionnent » rarement. Les hommes, en revanche, peuvent ne pas accepter leur rôle de père. Ils sont parfois aussi expulsés de leur rôle de père par des mères célibataires désireuses de n’avoir un enfant que pour « leur seul bénéfice »… Certaines peuvent aussi s’employer à critiquer le père en le qualifiant de mauvais père ou de père indigne, ce qu’ils sont malheureusement parfois réellement…

L’homme est un phallus, capté par les femmes à des fins de plaisir et de procréation.

Il y a ceci de remarquable : les hommes dissocient plus facilement que les femmes l’activité sexuelle de l’amour, ils ont tendanciellement plus de facilité à « baiser » pour le plaisir, en ne s’impliquant pas dans une relation amoureuse. Mais quoi qu’ils fassent, ils sont contraints d’en passer par leur phallus pour jouir. Aimé ou non, aimant ou non, ils sont phalliques.

Une femme, elle, dissociera plus difficilement l’amour « sentimental » de l’amour « physique », par contre, elle n’aura aucune peine à avoir du plaisir, en n’en passant pas par son vagin : le clitoris est un organe exclusivement dévolu au plaisir, même s’il est possible d’imaginer « une ruse de la nature ou de l’espèce » : leur donner envie de faire l’amour à des fins de procréation. D’autre part, cette dissociation permet à une femme de ne pas s’impliquer dans une relation qu’elle ne désire pas ou ne désire plus, mais qu’elle subit (le devoir conjugal…) : le plaisir donné à un homme compte alors pour rien à ses yeux, parce qu’il n’est pas « avalisé » par son propre plaisir.

Steckel a théorisé la frigidité ainsi, en en faisant essentiellement un refus du plaisir propre, dont une femme ne veut pas faire cadeau à un homme qu’elle n’aime pas, parce qu’elle n’aime pas « ses manières ».

Pour une femme, se refuser au plaisir, c’est réduire l’homme subi à jouir seul, en le frustrant de la satisfaction de la faire jouir, refus légitimement motivé par les façons de faire d’un partenaire, qui n’a aucun égard pour les désirs de sa femme, ne s’intéresse qu’aux siens, et refuse de faire jeu égal, sans doute par peur d’être dominé…

Il y a là un déficit d’affirmation de soi. Etre pleinement homme, à mes yeux, c’est accueillir avec bonheur les désirs de la femme que l’on aime, s’en réjouir infiniment, et lui faire don de ses propres désirs, sans crainte d’être rejeté par elle.

Il y a ainsi un mode de refus féminin et un autre masculin.

La femme peut ne pas se refuser à un homme, tout en se refusant à jouir par lui et pour lui : les femmes, on le sait, ont tendance à intérioriser et à tourner contre elles « le négatif ». Elles font les frais du négatif qu’elles supportent dans la solitude de leur for intérieur.

L’homme, quand il se refuse, lui aussi, peut ne pas se refuser au rapport sexuel, et même le valoriser, le pratiquer, mais il refusera à sa partenaire l’expression libre de ses désirs à elle.

Il apparaît, dans cette perspective, que le refus féminin est une réaction au refus masculin… Il faut se méfier des généralisations, bien considérer chaque « cas », ne pas aller trop vite aux conclusions : une femme heureuse, à l’aise avec son corps et le corps d’un homme, une femme spontanée, qui aime donner et recevoir du plaisir, si elle est confinée dans des manières de faire qui entrave sa liberté a toute légitimité pour refuser à l’homme qui l’enferme dans un rôle étroit le plaisir qu’il est censé lui donner.

Ce type d’homme commet l’erreur majeur de ne pas considérer les désirs de leur partenaire comme féminins : ils fantasment une agression masculine, il y a fort à parier que ce sont des homosexuels qui n’assument pas leur homosexualité…

Ce terme « d’amour physique », inspiré par la platonisme, a quelque chose de ridicule : que serait un amour qui ne met pas en jeu les corps ? Ceci étant dit : la mise en jeu exclusive des corps, « sans implication personnelle », l’activité génésique pure détournée à des fins hédoniste, a quelque chose d’infiniment triste, et cette tristesse, tant les hommes que les femmes peuvent la refuser, en décidant de ne concevoir d’amour véritable que s’il met en jeu la personne toute entière dans un jeu où la communication est le maître-mot, ce qui laisse tout le champ des possibles ouverts : jouissance pour soi et jouissance partagée, effusion et frénésie, tendresse et sauvagerie…

Il y a de la joie à être un phallus !

Nier cette dimension de la virilité, c’est une forme de lâcheté. Se limiter à cette possibilité, bien sûr, c’est également se mutiler.

Un homme et une femme ensemble, pour le meilleur, c’est l’acceptation pleine et entière de leur être propre, à travers la réciprocité du don de soi…

Don de soi qui est aussi don à soi de cette part de soi qui appelle l’autre, en le désirant : un homme constitutivement enfermé dans sa masculinité désire non pas être femme, mais approcher le sexe féminin au plus près, de même une femme se sent femme au contact d’un sexe d’homme…

Au plus fort de leur bonheur, les frontières peuvent s’estomper : une femme fait l’homme, un homme fait la femme, tout en restant un homme et une femme qui s’aiment. 

Un homme qui entend ne pas être qu’un phallus se voudra peut-être créateur ou simplement gros travailleur, maintenant que le rôle du guerrier, maintenant que l’être pour la mort qui l’a constitué si longtemps n’a plus lieu d’être… 

Une femme qui entend ne pas être qu’un objet sexuel et pas seulement une mère, pourra elle aussi devenir créatrice ou faire carrière…

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