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 Article publié le 21 janvier 2013.

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Ce qui délie l’esprit - la pensée déliée d’autrui que nous fréquentons dans ses écrits - noue avec nous, et en nous avec ce qui n’a pas de nom, n’en aura jamais, se situe hors langage, un rapport fondamental auquel nous attachons le prix de la liberté.

C’est dans ce jeu avec les liens, si distendus ou si étroits soient-ils, que se joue la liberté humaine comme séjour inachevé et par essence précaire, et ce par-delà les attaches sentimentales et matérielles, par-delà ce qu’il est convenu d’appeler la confort matériel et psychologique de qui, bien calé dans son fauteuil et bien au chaud, se refuse fermement à n’y voir qu’un terme et une ferme assise, tout en cultivant la vive nécessité d’un abri qui met hors de tout danger.

Va et vient oblique entre la perte momentanée du séjour et le bonheur de séjourner qui tourne bien vite en demeure ailée.

Il ne s’agit pas de faire entrer le loup dans la bergerie ni d’accepter n’importe qui à notre table, il s’agit d’agir en conséquence de notre désir d’élargir notre vie au risque de la faire basculer dans l’inconnu.

Souvent, tenant un livre dans les mains, je me prends à penser que j’y séjourne pour quelques temps. Le livre aimé est ainsi une maison dans la maison, un second séjour qui ne m’arrache pas au premier, mais me permet de donner libre cours à l’ailleurs qui court en lui et passe en moi.

Ce moi fortifié, pour ainsi dire nourri et vitaminé, s’en remet allègrement aux tâches quotidiennes pour se conforter en se conformant à des exigences indiscutables d’hygiène de vie et d’ordre économique.

Il a forgé un complexe nouveau d’idées, de sentiments et de désirs qu’il lui faut reprendre jour après jour, comme on affûte une lame, lame de fond en l’occurrence, et faite dans un acier trempé dans la houle des possibles.

La mer n’est jamais loin dans l’imagination houleuse de qui aime avant tout les bois.

Fort de cette houle qui me parcourt, j’agrandis ma demeure en y adjoignant des pièces étrangères d’abord, et qui le restent longtemps dans la considération affable que je leur manifeste durablement.

C’est comme si je tenais une partie de la maison dans mes mains, comme si ma pensée flottait dans l’air que je respire, touchait les objets qui la composent, comme si ce que je suis tout entier - mon corps, ma pensée, indissolubles - hantaient les lieux qui me hantent, l’intérieur et l’extérieur passant l’un dans l’autre pour faire de moi ce corps serein qui respire.

Mais voici le moment tant redouté où les pièces nouvellement apparues font partie des meubles, le moment où, d’espace habité, assidûment fréquenté, elles deviennent de simples objets qui font partie d’un décor invisible, un pur effet d’ambiance, soit cette part invisible qui émane des objets bien visibles, mais que l’on ne regarde plus, et que seuls les visiteurs étrangers au lieu remarquent pour s’en étonner, en être ravis, amusés ou agacés.

Il faut reprendre la lecture, poursuivre la construction imaginaire, et, de cette initiative réitérée, faire un mode de vie pour que la maison ne se referme pas sur nous.

Il fait chaud ; le poêle ronronne. Je vais faire un petit somme, le temps de laisser aller et venir en moi ces émotions nouvelles et cet élan qui reste encore sans nom, mais pour combien de temps ?

J’ai envie de baisers doux, de tendres embrassades, et l’hiver rude a beau faire, il ne fait qu’attiser en moi cette douce chaleur qui émane de la pensée heureuse que j’accueille le temps d’en savourer les signes, d’en ressentir les ondes et les soubresauts au contact de cette maison dans la maison que je tiens dans mes mains et qui me tient lieu de séjour, le temps de rêver.

Tendre retentissement qui m’accompagnera, je le sais, jusque dans le froid hivernal, dès que, n’y tenant plus, il me prendra l’envie de mettre le nez dehors pour respirer au grand air.

 

Jean-Michel Guyot

16 janvier 2013

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