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 Article publié le 3 octobre 2011.

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Je saisis un dictionnaire illustre - un dictionnaire de langue française - et me rapporte à la lettre n, en italique, afin de m’arrêter à la définition du substantif qui m’intéresse au plus haut point, du substantif auquel je pense avec de plus en plus d’intensité depuis quelque temps.

Au nom commun "nouvelle" , je lis : "Récit généralement bref, de construction dramatique, et présentant des personnages peu nombreux". Cette définition me semble bien trop restreinte et pas nécessairement juste. En effet, pourquoi la nouvelle devrait-elle comporter une structure dite dramatique ?

Passablement déçu de cette approche réductrice, je décide d’ouvrir un autre dictionnaire, plus sommaire celui-ci, mais qui va peut-être m’éclairer davantage. Au même mot, donc, je lis : "Brève composition littéraire de fiction". Au moins, cette définition a le mérite de demeurer ouverte. Son aspect synthétique, son absence d’exemple semble indiquer que d’une part ce genre est difficile à définir de manière unanime, et que d’autre part il est en constante évolution.

Ce constat me conduit à consulter une encyclopédie qui, sans doute, me fournira des éléments plus complets et, surtout, historiques. La nouvelle en tant que genre est-elle datée ?

Qu’exprimait-elle ? Qu’en est-il de son fond ?

De sa forme ?

Je saisis le large ouvrage, donc, et je cherche le mot "nouvelle" , en pressentant que j’aurai accès à des informations plus denses. A mon grand ravissement, je découvre que plusieurs pages lui sont consacrées, des pages elles-mêmes divisées en de nombreux paragraphes. Ainsi, je dois consacrer un certain temps à la lecture de la totalité, faire preuve de concentration car les chapitres abordent des notions et des époques différentes.

Après avoir terminé, au bout d’une heure environ, ma mémoire s’est considérablement enrichie, tout comme ma réflexion. En résumé, la définition de la nouvelle est protéiforme suivant l’époque, le pays ou encore l’auteur qui s’est abondamment essayé au genre. Sans effort, ma mémoire a retenu que le dictionnaire de l’Académie royale espagnole a écrit "oeuvre littéraire où l’on narre une action entièrement ou partiellement imaginée, dont la fin est de causer au lecteur un plaisir esthétique en décrivant ou dépeignant des événements ou des actions intéressants ainsi que des caractères, des passions, des moeurs". Ici, la longueur est absente, ce qui prouve qu’elle est subsidiaire. J’ai également retenu "Cette forme littéraire, telle la tragédie classique, a pour objet la résolution d’une crise, la mise en mot d’une aventure ponctuelle, le compte rendu d’un fait, d’un rêve, d’un acte bref". Cette définition est plus précise, tout en demeurant ouverte, donnant le champ libre à une évolution. La résolution d’une crise "me fait immédiatement penser à la question de la problématique en littérature, et donc à la résolution d’une problématique. Cette dernière ne serait-elle pas elle-même une aventure ? La structure d’un texte n’est-elle pas une aventure ?

Puis, me vient une autre définition "La nouvelle d’aujourd’hui n’est pas seulement communication de fragments du réel ou d’instants intensifiés ; elle est aussi recherche des significations et des valeurs latentes". Ces quelques phrases, très contemporaines, ont une valeur indéniablement philosophique. Lorsque l’auteur écrit une nouvelle, cela signifie qu’il s’investit, qu’il délivre un matériau tout à fait subjectif dont le but, entre autres, est de conduire le lecteur à s’interroger sur lui-même et le monde dans lequel il vit.

La fiction et la philosophie ont donc les mêmes desseins, les mêmes vocations.

Parmi les autres définitions dont ma mémoire se souvient, il y a également celle-ci : "Une histoire qui n’appartient pas à l’histoire". Plus laconique, est-ce possible ? Plus chargé de sens, aussi ? Dans cette phrase qui marque l’avènement d’une conviction, c’est le primat de la subjectivité qui semble avoir pris le pas sur le contexte. Autrement dit, l’écrivain a suffisamment de talent pour s’inspirer du réel, de l’histoire, pour en demeurer détaché, à l’écart.

Ces quelques définitions, si elles ne sont pas en opposition, restent assez différentes les unes des autres. Elles montrent que leurs auteurs, des critiques, ont des avis plutôt divergents.

Y réfléchissant moi-même, ces quelques phrases me viennent à l’esprit :

"Brève fiction littéraire qui met en exergue l’affrontement ou l’interdialogue de plusieurs thèmes ,..".

Qu’ai-je retenu d’autres dans cette encyclopédie ?

La fin, qui sonne comme une tentative oecuménique à travers "L’intérêt esthétique de ce genre ne réside-t-il pas justement dans sa souplesse, en même temps que dans la cohérence et la tension garanties par sa densité ?". Les substantifs comme "souplesse", "cohérence" ou "tension" sont en évidence, c’est certain. Ils semblent résumer ce que suggère ce genre bien particulier, ce moment devrait-on dire.

En écho ou en ultime essai de définition, ces dernières phrases clôturent une analyse, une recherche historique pour le moins riche et délicate : "Tension dramatique et brièveté, et si c’étaient là deux des caractères en effet essentiels de ce genre en apparence protéiforme ?"

La nouvelle apparaît donc comme un genre difficile à définir. Néanmoins, d’un point de vue philosophique, on peut approcher son essence qui a trait à la concentration, au condensé, à quelque chose de l’ordre de la percussion.

A nouveau inspiré par cette problématique de la définition, ces deux phrases résument l’oscillation de ma réflexion, une réflexion qui n’est, j’en suis sûr, que provisoire :

"Théâtre intense de thèmes entrecroisés" ou "Intensité d’un fragment, d’une séquence qui met en relief une problématique irrésolue."

 

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