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 Article publié le 4 septembre 2016.

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Je ne l’oubliais pas, le monde est fondé sur lui-même, et seule la terre est l’assise des dieux. De là encore le sentiment si lourd de ma responsabilité, le sérieux avec lequel je devais m’approcher de moi-même, me suivre dans cette épreuve qui m’obligeait à vivre en-deçà de moi, dans l’intimité de l’erreur, dans cette entente avec ce que je ne pouvais tout à fait comprendre, et que je devais soutenir fermement, sans m’y soustraire, et, autant que je le pouvais, sans m’égarer.

Celui qui ne m’accompagnait pas, 1953, Maurice Blanchot

 

Je songe à une trêve, mais pour quoi faire ?

La lassitude est si grande, toujours déjà si grande, malgré les forces déployées dépensés sans compter, les rebonds d’élans maintenant millénaires, la puissance radiante d’armées entières tombées une à une en poussière dont seul le souvenir ne s’éteint pas, couve sous la cendre des jours, entretient la flamme d’un combat.

Je n’aime rien tant que l’incertitude, mais le monde est bien réel, ne l’est peut-être jamais assez, criblé, percé qu’il est de pensées statufiées, figées dans la pierre des symboles, des signes et des êtres.

Comme si la terre, le pays stigmatisés n’en finissait pas de saigner sous les coups portés, loin enfoncés dans les chairs vives, blessures qui ne guérissent pas, entames qui ne sauvent pas, et qu’on se refuse à exhiber, qu’on ne voile pas non plus.

Refus absolu de tous les étalages, de tous les exhibitionnismes tant prisés par les temps qui courent, des temps appelés eux aussi à disparaître, à recouvrir d’un voile de plus les temps anciens qui inspirent le combat.

Comme si, tous les matins, on se réveillait d’un long sommeil réparateur sous une épaisse couche de neige tombée durant la nuit. On se secoue, on s’ébroue, on chasse l’épaisse couche de neige encore fraîche, le vent est vif, la respiration pas moins, une brume alerte sort de nos narines.

La journée sera bonne, les forces ne manquent pas.

Le feu en nous ne dévaste pas, ne réchauffe pas que ceux et celles qui le portent en eux, il est communicatif, et ce n’est pas le feu d’un vain enthousiasme inspiré par on ne sait quelle révélation venue d’en haut.

Des dieux nombreux le nombre importe si peu, et les noms qu’on égrène pour les invoquer. Evoquer des grandeurs passées, narrer des légendes mortes n’est pas vivifiant, il faut vivre de l’intérieur tout ce qui, ouvert à tous vents, s’offre dans le monde plus vivant que jamais. 

Ombre et lumière y ont leur part, nomades et fugitives, jamais funestes.

Dans le feu des forges brille un peu du fer des temps, ce minerai inépuisable qui jaillit en étincelles vives, échardes de lumière trop vive pour des yeux non aguerris, escarbilles heureuses pour ceux et celles qui se réchauffent à la flamme rougeoyante de la forge qu’ils ont élue dans le for de leur cœur.

Le temps revêt à l’instant la figure de deux couples de corbeaux qui traversent d’ouest en est le ciel ennuagé un peu, m’ignorent superbement, ignorent que je pense à eux qui ne pensent pas à moi une seule seconde, tout occupés qu’ils sont à fendre les airs en direction de ce qui les appelle.

De temps en temps se compose ainsi une figure évanescente, éphémère heureusement que le regard aime à tenir sous la garde bienveillante de la mémoire agile.

Une louve solitaire marche dans la nuit claire. Son cri n’effraie pas, enveloppe le pays comme aiment à le faire les brumes matinales.

Cette concordance des temps vivifie, ne repose pas, ne lasse pas, emporte vers soi à travers les longs périples du monde qui s’insinue en nous dans les parages mouvants du divin.

Que les noms respirent à pleins feux à perdre haleine.

Eclairs de félicité, voyages au long cours portés à un maximum d’intensité verbale, accord sur accord, véritable cluster de sensations invasives jamais envahissantes, mais jouissives oh combien.

Louve et corbeaux recueillent l’assentiment de la nuit claire. Sans trêve, le rêve peut devenir tangible réalité boisée assoiffée de lumière.

Odin chemine dans les mots qu’il te plaît de composer, trace en toi un itinéraire ouvert offert en partage à qui chemine aussi amoureusement dans l’incertain.

 

Jean-Michel Guyot

29 juillet 2016

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