Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Draumstafir
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 6 mars 2016.

oOo

Une semaine a passé, et déjà j’ai pris mes distances.

C’est terrible, cette distance qui me prend, je ne la contrôle pas, pas plus que je ne maîtrise l’approche du grand blizzard qui souffle parfois sur la poésie toute entière.

Il me faut alors renverser le temps.

C’est le cœur serré et les doigts gourds qu’une part de moi, peut-être la meilleure parce que poussée à son maximum d’ambiguïté, c’est-à-dire d’humanité, que je veille sur le froid qui paralyse.

J’emmagasine tout le froid du monde, et puis je le réchauffe avec la lampe des mots bus à grande lampée.

C’est un alcool assurément, et si vif qu’il déchire les chairs.

A l’aube, un texte nouveau, un de plus parmi une forêt déjà si dense. La forêt gagne du terrain sur les terres arables. J’ai tout loisir de contempler le temps écoulé, sans rien observer d’autre que le silence.

Dans le foyer, à l’abri des vents contraires, je pousse l’avantage, je regarde les flammes grandir et s’extasier. Elles font l’amour, se lèchent, se caressent, se compénètrent avec une vigueur nouvelle.

Ainsi, chaque texte est une maisonnette perdue dans les bois, une maison forestière toute simple qui chemine dans la mémoire des lecteurs assoupis devant l’âtre de leur mise.

Qu’une femme dénudée alors se lève dans les flammes, approche et déchire le silence d’un sourire, et je suis le plus heureux des hommes.

J’ai fait ma part, j’ai donné à l’absence sa part de rêve, et j’ai brûlé le rêve dans le froid d’abord puis dans la fournaise habile.

J’ai pris tout le froid sur moi pour protéger cette part de vous qui m’ignore, faisant de vous un possible ami.

Amitié à sens unique, car jamais vous ne m’approcherez.

Quand vous marchez dans les bois d’un pas lourd ou léger, je suis la clairière qui aimante vos pas et quand vous voilà enfin au cœur de la clairière, je suis ce hêtre ou ce chêne qui frémit non loin, et qui danse d’arbre en arbre.

Partout, je vous fais signe au cœur de l’insignifiance.

Je ne vous laisse pas indifférent, il m’arrive de vous irriter, mais cette irruption de moi en vous qui en passe par vous pour mieux vous expulser hors de vous est de courte durée.

Chacun reprend sa route, chacun cultive sa voie sur les grands chemins traversiers, et c’est bien ainsi que je vois l’amitié pour la vie qui nous anime, vous et moi.

Ne me parlez pas trop vite d’amour.

Ce mot effraie en ce qu’il fige tout, alors que nous importe avant tout ce dynamisme sarcastique d’une vie menée à l’air libre à la recherche de l’impossible synthèse de l’être.

L’enchantement est pour ceux et celles qui savent qu’une infime partie d’un grand tout exprime mieux ce tout que ne saurait jamais le faire ce tout absorbant s’il venait à parler.

Nous sommes tous dans la nuit, raison de plus pour absorber la lumière du jour, et, lucioles fort occupées, la rendre au monde quand il en a le plus besoin.

Entre temps, les bois ont grandi, la vue s’est élargie, et la vie elle aussi au-delà des mots et des yeux. Elle coule dans les veines de ce petit bout de terre que nous aimons, ce corps vivant qui frissonne en notre compagnie éclairante.

Il faut en passer par le froid de l’âme pour savoir d’un savoir qui, le moment venu, s’ignore pour mieux se contredire dans les flammes errantes.

 

Jean-Michel Guyot

28 février 2016

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -