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 Article publié le 21 septembre 2014.

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Se voir presqu’éconduit, à peine toléré encore un moment en ces murs couverts de tapisseries aux motifs floraux d’un kitsch assumé. Lui qui se croyait la veille, ce brave jeune homme, bien aimé complètement et pour toujours et sans mesure. Il n’en revenait pas de ce changement si brusque. En lui la douleur luisait doucement, couleuvre au creux d’un taillis paisible. Un diamant discret se mit à à strier l’éclat de son miroir intérieur, comme par la main d’une espionne ayant pénétré dans sa chambre la nuit.
L’heure de vérité n’allait pas tarder à sonner pour lui. Celle avec laquelle on ne saurait tricher.
L’heure livide et nue... parfaite et sans phrases.
Celle de l’absence ouvrant sur l’absence et la nuit.
Cette heure où l’on se voit forcé de retrouver sa solitude, passées toutes les mimiques faciles de complicité.
L’heure où l’on peut enfin se parler à foison le pur langage des anges. Il s’agit alors du plus précieux des silences.
Le silence exact du danseur qui, tel Nijinski se mettant à sauter parmi les fleurs, conserve un moment son altitude, et n’en finit plus de culminer pour nous jusqu’à des nuages incendiés de la fête.
Il la voyait ainsi, sa défaite. Forcément somptueuse. Forcément victorieuse en somme sa déroute.
Et puis bien détachée de toutes ces platitudes de conclusion.
On se monte aisément la tête tout seul, à force de se côtoyer dans sa solitude.
Une victoire inversée, victoire qui serait comme en forme de faillite ou de tragédie en lui même éclose. Mais sans aucun dénouement.
Mais ça n’est pas encore pour lui cette heure particulière. Une anguille d’heure froide. Directement appliquée sur votre peau. La solitude sous forme de couperet pour couper le sifflet à toutes ses fredaines... voir interrompues toutes les confiances... lorsqu’une telle heure sonne le glas des comédies... il faut trouver en soi alors assez de matière pour faire contrepoids à l’horreur. A l’épouvante. Aux pulsions conduisant aux désirs criminels... Il ne faut plus alors se perdre.
Ne pas céder au désir légitime de mettre en miettes sous son talon une mâchoire mensongère.
D’en voir le sang que laperont les chiens du quartier.
 Mais se ressaisir comme on sert son poing sur un joyau dérobé à la barbe humide du surveillant.
Il était ainsi décidé entièrement à faire montre de la plus parfaite maîtrise.
La volonté de réduire en bouillie saignante le frais minois de la mignonne... Cette pulsion devait être contrecarrée en lui par un désir plus noble. Une autre tension. Une forme de dignité dans l’abandon et la solitude. Celle qu’il s’imaginait que devaient posséder les marbres antiques guère encore découverts. Au fond des fleuves.
Ainsi se laissa-t-il guider à la fin de cette idylle par une puissance plus haute... une force rendue sensible à lui par des images (et les primitifs des cavernes et des sables n’agissaient pas autrement, il en était certain). Il lui fallait parvenir à clamer ses pulsions.
 Comme au moment d’accomplir un geste irrémédiable on se laisse guider par le bras d’une force plus haute et raisonnable...
De toute façon il n’allait pas se laisser aller à des pulsions. Plutôt dormir.
Se retrouver, pour tenir encore debout quelques temps... au moins pour donner le change encore un peu dans les guichets des banques ou de la poste.
De rudes constats s’imposaient...
Il n’avait pas encore appris. Cet innocent. Que nous nous représentons vêtus d’azur. Et malgré qu’il eut souvent tant de gueule ou d’aisance apparente. Devoir se défier des rengaines habituelles de bonne entente. Ou de gentillesses. Car cela marque si bien la fausseté régnant dans les salons... ou les ruelles noires.
Il s’était bien fait prendre. Résultat : il fallait à présent qu’il assume ses airs d’indépendance- toutes ses fortes paroles... ne se plaignant plus... il faudrait qu’il assume donc sans trêve... voir qu’il recherche même cette amertume... Comme on peut aimer ranimer en soi l’âme de sa solitude. S’édifier pour soi même le tombeau de ses illusions.
Le fleurir tous les jours de louanges muettes.
Là où devoir faire disparaître, épuiser toute son innocence. Cette fois...
Qu’il le cultive en lui son nouveau savoir. Qu’il le laisse à point fermenter dans sa carcasse. Pour former enfin ce cadavre en lui de toute la niaiserie qu’il faut bien se résoudre à faire disparaître en soi. Devenir la tombe de toute cette plate jeunesse.
Les escamoter une à une ces illusions. Comme dans un sac le témoin gênant précipité dans les flots par les malfrats...
Puisqu’il faut bien survivre dans cette société moderne. Pour qu’elle fleurisse en lui, Toute cette si neuve connaissance ne doit point demeurer inexploitée. Qu’elle développe ses pétales. Qu’elle allonge partout sa vie... devienne la plante parasite masquant aux autres être la lumière.
Afin qu’elle s’épanouisse toujours davantage, cette fleur carnivore. Un symbole de féminité que sa solitude pourra étreindre dans la nuit. S’il est bourré. Afin de puiser en son propre cœur de neufs ingrédients pour sa joie.
Qu’elle fasse de lui et de sa torpeur au final une fleur toujours plus immense. La fleur de son propre deuil. Au sein d’autres roses. Fleurs salies de ses expériences. Pour dresser vers le soleil la splendeur d’un nouveau désespoir. Ce serait là un mal nécessaire. Au moins pour de parvenir à une plus grande lucidité...
Ne pas se lever le matin le crâne en coton et des sacs sous les yeux.
De plus fières et de plus fraîches résolutions à pouvoir opposer aux choses.
Ainsi parviendra-t-il à faire mourir en lui sa douleur... ainsi, libéré de la vision de l’autre... il peut se servir de celle-ci comme on use d’un piédestal offert à vos pieds... Pour vous permettre d’atteindre à l’élévation d’un autre ciel. Une élévation libérée de tout nuage. Et cela sans aucun besoin de recourir à aucune espèce de drogues...
(je veux dépeindre le changement qui s’opère en lui à cet instant... si blessé par cette neuve lucidité...)

Car le bonheur bourgeois fait partie de fait d’un décorum sans profondeur. Il est comme tout entier consacré à faire croire qu’on est bien content tout de même dans son confort... et que ce petit pavillon est bien joli. Que les histoires qu’on y échange sont bien réelles. Non, sans bluff aucun... non, aucun, vraiment... mais à voir les coulisses de cette petite bourgeoisie. On en reste tout ahuri... car en fait le secret de tout cela est plus sale encore que le parquet de la cuisine d’une auberge. Une auberge guère nettoyée à fond depuis un bon demi-siècle...
Et oui. Il se croyait cet innocent. Blotti dans un refuge. Imprenable. A jamais capitonné bien au chaud en dehors du monde... avec une belle paire de fesses toujours à portée de mains où loger son désir... il appréciait donc sa vision. Et je le vois toujours. Bien satisfait de son rôle et de son état -état dont il n’aurait pas fallu un jour venir le déranger sans rallumer en lui les colères.
Car après tout il disposait avec cette jeune fille d’une belle dot de respectabilité.
On n’avait pas tardé... suite aux bises aux rapports de belles lectures aux promenades aux bords des fleuves aux sourires ou aux gentilles étreintes... On n’avait donc pas tardé à lui indiquer à nouveau le chemin de la rue... et sans plus faire de commentaires... puisqu’il venait de cette rue triste... il en faisait en fin de compte partie de cette rue, c’était sûr, il s’était incorporé à ses murailles ou ses odeurs, et il était dans l’ordre qu’il y retourne afin d’y laisser le soir figurer sa silhouette...
La porte était là, à bailler dans les ténèbres pluvieuses. Une invitation à l’épouvante.
Une invitation vers quelques rues grises...
Il n’y avait qu’à sortir... personne ne le retenait plus.
Puisqu’il faut se résoudre toujours à y retourner... d’autres l’ont dit déjà... on croit pouvoir si aisément l’éviter... passé un temps. Lorsqu’on est devenu bien trop écœurant pour figurer plus longtemps dans le joli tableau. Il faut alors s’évanouir dans le décor. Allez, et sans faire de manière...
Être passé maître dans l’art de l’esquive. Se volatiliser. Se plonger dans un fond d’absence définitive...

 

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