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Nouveaux reflux dérisoires de conscience
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 Article publié le 31 mai 2014.

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À l’exemple d’un accident du tout à l’égout faisant refluer dans la cuvette les excréments et vomissures de tout un réveillon en famille, Louise se vit soudain assaillie de très mauvaises et très sombres pulsions... possédée par un entier catalogue de pensées bien noires dont elle n’avait pas l’habitude.
Il n’était pas question de semer tout cela, toute cette compromission.
C’étaient des débris informes tels qu’aucune jeune fille ne dût en couver malgré elle. Même en ouvrant en grand la fenêtre... Puis l’air du large n’effaça pas cette nausée constante de l’air tissée par ses pensées fâcheuses. L’inconfort était complet.
C’était de fait un déballage dont sa pureté d’autrefois ne savait trop comment se défaire, à présent que les choses étaient à ce point remontées.
Il n’était plus question alors de porter ce même masque signifiant encore que tout allait très bien et qu’il n’y avait pas lieu de se plaindre en aucune manière.
On avait passé une étape.
 Elle était aussi confuse qu’en ayant pissé dans sa culotte en compagnie de ses confidentes.
Et pourtant derrière les rideaux la neige continuait de tomber.
Tout paraissait toujours devoir durer autour d’elle, comme autrefois, sans changement notable.
Le décor restait. À se bercer de son enchantement. Coutumier. Ce climat ne se formalisait pas de ses déchirements. Les mêmes arbres étaient là. Les mêmes oiseaux à continuer leur manège dans les branchages.
Pourtant tout autour d’elle continuait de comporter, d’être moucheté des éléments d’une crasse dont elle ne savait comment se débarrasser ou se rincer...
Elle se figurait, tout en fermant les yeux, un parterre de roses couvrant du fumier gras sous un soleil plein de sagesse. C’était un bon symbole pour représenter tout ce qui la minait, sous un ciel inerte dont les divinités devaient se curer les ongles. Car le ciel au dessus de sa perdition restait inerte.
La facilité la poussa en conséquence à s’en délester autant qu’elle put, de sa misère d’intentions. Cela par des phrases faciles. Par des mots vagues. Par toute une poussière de commentaires obliques...
En somme elle se servit de tout ce dont la moralité bourgeoise paraît s’accommoder dès qu’il s’agit de renier des serments. De réussir à étouffer dans les coulisses tout complice devenu un tant soit peu gênant. La traîtrise, l’hypocrisie, le calcul ne trouvent plus alors de borne...
Les mémoires nous décrivant les manigances de Versailles n’approchent pas de ce qu’elle parvenait à frôler par son seul instinct renfermé sur ses secrets.
 Il n’est plus alors non plus de motifs à inventer pour parfaite son meurtre. Simplement. Proprement. Tout tranquillement. Ainsi que l’on referme une lettre où l’on signifie à quelqu’un son congé définitif.
Car il fallait alors, il était temps en finir au plus vite avec l’ancien jeune homme.
Cependant, tout comme nous, lecteurs de son drame, il lui arrivait de confondre ces jeunes hommes, de ne plus savoir exactement lequel elle refusait, pour le voir disparaître. 
Pour comble de malice, elle travestissait son ingratitude en sagesse obligatoire.
Ses lèvres récitèrent bien des nuits de ces sermons improvisés, en vue de consolider, d’appuyer sa vie sur plus de sagesse.
Cette sagesse égrenée telle un chapelet par sa langue devenue glacée en s’adressant au jeune homme (lequel était devenu aussi indifférent à ses yeux qu’un cadavre, une planche, un objet inerte, une entrave à son bonheur, ou bien qu’une fréquentation honteuse dont elle souhaitait se voir lavée mieux qu’au dessus du bidet les traces de ses dernières menstrues).
Le " fiancé " d’alors fut alors la cible de cette variation d’humeur odieuse augmentant en elle et qu’il fallait bien exsuder sous peine d’implosion.
Car elle n’aurait pu garder en elle tout entier tout ce ressentiment. Il fallait bien qu’il sorte.
En elle le nouveau sentiment de sa haine se fraya sa voie.
Il s’avançait, tel un spectre blanc, environné de toute sa nuit intérieure. Elle ne pouvait demeurer, inerte et bien gentille, il lui fallait diriger vers un objet extérieur toute cette difficulté à se sentir entière.
Elle s’en laissait saisir, de cette apparition de sa haine, ainsi que l’on se laisse guider dans l’obscurité par un complice sage et sûr.
 (Avec tout d’abord la sobriété d’exécution d’un quatuor à cordes qui se déciderait à faire diversion pour l’auditeur, couvrant son réel et profond motif par l’approche d’une mélodie très légère d’apparence, voir presque anodine et sautillante.
La progression devant déboucher sur la fin de la relation s’effectua avec la simplicité d’une musique naissante et entraînée par son propre rythme...
Ce furent tout d’abord à son endroit des reproches prononcés d’une voix blanche. A l’heure des promenades et des petites sorties dans les magasins.
Par a-coups imprévus, Louise se faisait plus glaciale, moins alerte, moins entraînée... le démon en elle se manifesta de nombreuses fois ainsi.
 Puis, irritée de plus en plus de sentir son interlocuteur ne pas plus en prendre acte que de l’inconséquence d’une gamine un peu lourde à ses moments, elle se décida plus franchement, autant qu’elle s’en sentit permise par les suggestions de ses fidèles amies et surtout de ses parents, à se faire plus tranchante, hargneuse, acariâtre, mais comme embarrassée d’une hystérie qui était en train de lui cramer le système nerveux un peu plus profondément toutes les nuits...
Cet être autrefois rêvé fantasmé dans sa forme et son costume, lui était trop réel, à présent, face à elle, à parler, à se mouvoir, à faire preuve de ses opinions, parfois totalement étrangères aux siennes.
Comme il avait sa réalité il ne pouvait par essence se conformer à cette projection de ses rêves qu’elle avait pu se faire lors de ses lectures adolescentes.
Comme une bonne part de ce jeunes homme, de son esprit, de ses bizarreries, de son inquiétude, lui demeuraient incompréhensibles, le cerveau de la jeune fille, déjà affecté par ses propres contradictions, ne pouvait assumer à la fois ses écartèlements et ceux d’un être distinct, très différent d’elle.

Car contrairement à ce que colporte les romances et les chansons, une parfaite fusion avec un autre être est en soi impossible. Comme le seul rapport que nous avons avec celui-ci se résume à l’image que nous nous sommes façonné dans notre esprit, puis à ce que nos sens nous rapportent de lui, nous ne faisons toujours que dévier... nous ne nous approchons de fait jamais de ce foyer de mystère et d’absence qu’un être représente.
Comme en arpentant une gare vide et que devront remplir bientôt les foules vomies par les TER et les TGV, nous nous complaisons dans cette pensée de l’autre, croyant pouvoir nous y promener comme dans un lieu désert résonnant de nos seuls pas, alors qu’une foule de préoccupations diverses, hétéroclites, braillardes et empressées où nous n’avons nulle part, voir que nous embarrasserons de notre présence, devra sous peu activer sa masse bruyante. Éprise de jolis goûters et de petites promenades main dans la main à se vouloir dédier sans fin l’un à l’autre, il fut impossible à Louise de supporter plus longtemps la futilité de telles promesses, par elle-même proférées... par rapport à la sauvagerie radicale de la société, puis aux revirements possibles de tout être s’il se laisse manœuvrer par quelque chose d’aussi volatile que des sentiments, l’imposture de toute cette confiance finit par heurter Louise dans son confort intérieur... très contrariée de ne rien trouver pour vérifier ses désirs, elle se mit à prendre en horreur le précédent jeune homme, à la fois parce que celui-ci, jeune homme complexe doué de ses parts d’ombre, ne correspondait pas, et ce depuis le départ, à ces projections superficielles de jeune fille à la cervelle imbibée d’eau de rose et de jolis feuilletons, et puis aussi parce que de nombreux jeunes hommes, sans arrêt présents à toutes ces soirées où elle se rendait, avaient eu raison, par de simples sourires et des œillades enjôleuses, de toutes ses velléités de fidélité éternelle, aussi déplacées que sans espoir dans un milieu encourageant les expériences multiples avant de se voir contrainte à arrêter son choix sur un personnage riche d’un revenu sans fond et de manières aristocratiques. 
Tout ceci est dit afin de mieux cerner ce qui incendiait sa conscience, faisant un enfer insurmontable de tout ce bonheur factice pourtant simulé avec grâce lors des mois précédents. Car à présent elle se sentait prise au piège. 

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