Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
la concierge
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 29 décembre 2005.

oOo

" Trois ans... Trois ans en mai. J’avais mon brin de muguet, mon bouquet de lilas, mon orchidée... Eve chérie par-ci, Eve chérie par-là. Un soulagement. Une paye au peautre à déparler, à dauffer la Camuse. Je suis au sol. Eve, j’ai mal aux jointures. Eve, j’ai plus de gras sur les côtelettes. Eve, je me ratatine. Eve... La briffe, les rejets, les flux, les besoins, la toilette, les escarres... Les cachets, les potions, les compresses, les pommades, les frictions... Le courrier, les ordures, les cent et deux marches, la boule de cristal... J’étais en compote, en déconfiture. Dans notre malheur, nous étions heureux... Un chiminot railleur. C’est duraille, la vie. La vie du rail, l’almanach Vermot, la radio, le cinémascope, les amis, la mer... Les wagons, les trois-huit, les éconocroques... Et puis la riflette... La der des der. Je te descends à la prochaine. Le retour... Une jambe amputée. Paris. J’ai fait des ménages, de la couture, du tricotage, du repassage... Pinces, tournevis, fer à souder... Adolphe, lui, s’est mis à réparer les réveils, les montres, les horloges, les parapluies, et je sais plus quoi. Pas comme ces clampins qui font rien de leurs dix didis. Un intérieur, la marmite sur le Mirus, on désirait pas davantage. Heureusement, j’ai la loge. Nous venions dans ce bar prendre notre Vermouth. C’est un beau bar ou un bar beau ? C’était un autre proprio. Sprechen Sie französisch ? Parlez-vous français ? Une autre absinthe ? Vermouth en allemand ça veut dire absinthe. Du calme, patriotes, ajoutait le zingot, sachons avaler stoïquement notre Verte et notre douleur, refouler nos aigreurs et nos idées contagieuses. Encore un Vermouth que la Wehrmacht n’aura pas. Fasciste ou pas, tu exagères Adolphe. Je reviens de suite. La bilboque est dans l’escalier. La bignolle est aux provisions. La concepige est à la selle. Des pancartes avec des belles lettres rondes et noires sur du rose. Le facteur... Au cinquième à gauche, porte 51, le facteur qui collectionne les papillons. Il se pieute avec sa petite reine. Le dring-dring de mon bicycle, vous l’avez déjà entendu ? Une sonnette avec un timbre pareil... Quand on glandouille à la poste, c’est la moindre des choses. Ma bonne dame Pipelet, on doit dire : Je reviens tout de suite. Vous me direz, le principal est que vous reveniez. Et puis... vous avez une telle connaissance de l’immeuble... Vous devriez inscrire sur votre panneau, à condition de ne pas y chuter dedans : L’escalier est dans la concierge. La concierge bat la berloque dans les féeries du bric-à-brac de l’Hôtel de Ville ou du Bonheur des Dames. La concierge fait de la draisienne. La concierge est aux soldes. La concierge est bileuse. Il s’acharne. Tu ferais mieux de t’accrocher un écriteau pour te trouver un couvercle, que je me pense. Il ressemble au commun de l’espèce. Dans ses mailles, il pourrait apprivoiser une rainette. A la boulangerie, on dit qu’il est naturiste, qu’Il se baigne tout nu dans les barbotières. Chez nous, on appelait ça un satyre. J’ose plus le dévisager. J’avais remarqué qu’il me déloquait des châsses. J’en suis persuadée maintenant, il a l’esprit de guingois. On aura tout vu. J’ai des braves gens. Sous la toiture, des jeunes mariés. Vas-y que je te bécote. Les tourtereaux, ça vous passera avant que ça me reprenne ! Ils sont adorables. A l’épousée, j’ai prédit une maladie de neuf mois. Les malaises, les dégorgements, le masque... Une pisseuse de plus. Un teint radieux, le bedon en pointe, le calme plat... Un grognon salé. De la becquetance pour l’oiselle et l’oisillon. Des bouchées en double. A l’occasion je tire les brèmes. Je tiens ça de ma mère-grand... Je vous dis que c’est une fille. La première... Eve, c’est joli. Mon aïeule du côté de mon créateur... Une bonne cuisinière, une bonne ménagère, une bonne repriseuse, une bonne... Une bonne bonne. Son sirop pour la coqueluche, son onguent pour les brûlures et sa mixture pour les hémorroïdes ébahissaient le potard. J’ai un poilu qui culbute dans son enfance. Plus de sonnerie, plus de correspondance, plus de visites... Monsieur le soldat inconnu, c’est la Dame de Verdun ! Dans la tranchée tout va bien ? Passez votre chemin. Son corned beef, son boulet de son, son cacheté... Le singe, le gringale, le lait soviétique... Un centenaire. J’ai un trafiquant de livres et de souvenirs. Il a une caisse au bord de la Seine. Bonjour, bonsoir... On dirait qu’il crèche dans la lune. Un romantique. Il récupère toutes les publications. Les magazines féminins, les revues scientifiques, les bandes dessinées... Et le galonnard... La Marseillaise et tout le bataclan. J’appelle un char un char ! C’est monsieur Radio-Londres. Les sanglots longs des violons et les grésillements qui vont avec. Que ça plaise ou non, je règle mon loyer en mitraille ! Mon mari, lui, enfourchait ses gails colérés. Il brandissait son pilon. Et ça, Général, ça vaut quoi ? Des méduches ? Des médoches ? Les cliquetis de la clincaille ! Gants blancs et boutons de manchettes... Des étoiles gastronomiques... Trente-six à l’addition ! Vieux gland dur de la feuille de chêne ! Combattants de mes deux, je vous pisse publiquement à la raie ! Dru et rouge par-dessus le supermarché ! Garde-à-vous ! Fixe ! Envoyez les couleurs ! Bite sur l’épaule ! Rompez ! Gargarisez-vous de couplets sanglants ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons... Hérissé comme un oursin, mon Adolphe. Sur la fin, j’avais du mal à le raisonner. T’as pas tort, mais t’enfièvre pas, Adolphe. Détends-toi. Tantôt j’aurai tout mon temps. Jure-moi... Dans le cercueil, je veux pas de cette quille.. Jure-le. Je le jure. J’ai l’impression qu’il est parti à cloche-pied. J’ai perdu le sommeil. Les lignes tremblées, les billets doux, les albums... La séparation... Il est revenu sur un brancard, un godillot dans le paquetage. D’autres y ont laissé les balloches, d’autres la basane. Il est revenu. Lui, il est revenu. Re-ve-nu nu et cru ! Les pâles, les nègres, les safranés... Les Ricains, les Chleuhs, les Ruscofs, les Rosbifs, les Youvances, les Ratons, les Chinetocs, les Franquillons, les Ritals... Des hommes... Simplement, des hommes. Sur terre. Des hommes ! Vermouth ! Encore un ! Eve, tu vas pas repartir sur un seul gigot ! Et la nourrice sèche... Une tribu... Des lardons crépelus qu’elle écorche vifs. J’ai pas eu de bambin. C’est pas faute d’avoir essayé. A part d’aller à Lourdes. On nous en a conseillées des positions. Si nous l’avons ce moufflet, ma cannille au feu qu’il sera acrobate. Ma sœur, elle non plus... Quand la mayonnaise prend pas. La destinée... Au premier, la Vivi. Peignoir, cigarette au bec. Vous auriez pas une pincée de sel ? Je vous la rendrai... J’ai plus de pain, de biscottes.... Mange ton sein et ta menotte ! Vous auriez pas un œuf ? Non, mais il me reste un bœuf ! Je suis à court de farine... Je voulais faire une tarte. Je te vois, mijaurée, avec un tablier et les doigts collants. Vous avez reçu votre catalogue ? La Biroute ou les 3 Cuisses ? T’as plus rien pour t’entortiller le pétrus ? Les fumiers, ils m’ont coupé l’électricité. Les factures, présente-les à tes embobelineurs ! Ma télé est en panne. Voilà les flocons ! Puisque tu y es, installe-toi dans la loge ! Pousse le linge à repasser qui s’amoncelle sur le canapé. Avachis-toi et vise la télévise, passe à la casserole dans tes feuilletons pendant que j’use ma chipe et mon huile de coude ! Dans son gourbi, une épingle tombe pas sur le lino. Une souris y retrouverait pas ses souriceaux. Qui voudrait d’une pareille souillon ? Quand elle se fagote, elle a du chien. Du chien égaré. Le genre qui plaît aux mâles. Moulée dans son étamine bleu roi... Le talon sur une aiguille... Des bijoux fantaisie qu’elle emprunte à ma collection. Tresses en diadème... Du rose sur les griffes, du vermeil sur les babouines, de l’ombre sur les mirettes... J’ai rendez-vous avec le prince charmant, madame Pipelet. Un morfal qui a de l’oseille à perdre et du plaisir à prendre, ma petite. On m’a proposé un pique-nique. Dimanche... Comme ça, ma grandette, tu joueras les filles de l’herbe. J’aurai mes cardinales. Sus aux Angliches ! Une plaie, les argagnasses. Pour moi, chère chérubine, plus de débarquement, même à l’improviste, des cousins d’Outre-Manche. Une délivrance ! Je vous raconterai... Je t’arracherai les verbes du nez, pécore ! Rentrez, ma mignonne ! Je vous sers un petit noir ? Une tranche de gâteau au yaourt ? Des calissons ? Du flan ? Du flan ? Avec des raisins de Corinthe ? On en trouve partout. Vous me redonnerez la recette. Je te l’écrirai derrière ma photo ! Elle jacasse, elle jacasse ... Elle lansquine comme une wallace, elle se lamente, elle s’étouffe de rire... Des embrouilles, des situations pas piquées des verbes. Elle est blanche comme une communiante. Vous devriez changer d’atmosphère. D’atmosphère ? D’atmosphère... Au vert avec un galant. Quelques clairs de luisante, quelques rais de bourguignon. La plage, un chalet, une ferme... Les prétendus s’en servent de paillasse. Aux mectons, il faut leur faire pendre la claquette de deux empans. S’ils ont ce qu’ils veulent dans le quart d’heure, vous pouvez vous l’arrondir. Le secret, c’est la dragée haute. Vous avez entièrement raison, madame Pipelet. Vous êtes de bons conseils. Vous êtes une amie, une mère... De bons conseils ? C’est comme si je m’adressais à une mûre, comme si j’urinais dans une viole de gambe. Toujours au premier... Deux vieux garçons. Des vadrouilleurs. Je sais pas ce qu’ils fabriquent, mais... Jamais ensemble... Ils se ressemblent comme deux gouttes de Vermouth. Peut-être qu’il en y a qu’un. Vu ce qu’ils reçoivent, ils sont dans le démarchage. Un pied-à-terre pour deux, bath affure pour les finances. Facteur, la case est pleine... J’en entasse dans ma cave. J’ai des grands remerciements et des petits cadeaux. Que de gens seuls ! Un cabinet pour plusieurs occupants, le charbon, le mazout, la brique dans la couche, les bassines, l’étroit et raide escobar... Notre époque. Les jeunes se rendent pas compte. Au début, le locateur restait dans la bâtisse. La maçonnerie a pris de la valeur. Il est venu de rien, maintenant il se les roule sur l’or. Là-haut, en face des novices, j’ai un étudiant avec ses baroufs de sauvages. Les concerts à domicile. Très poli. Tondu comme un oeuf, lui, l’ascenseur... Il déboule, l’épouvantail. Il s’attife chez un chiffonnier qui plaint pas la camelote. J’ai une jeune femme... Depuis peu. Un garni très coquet, très lumineux, entièrement rénové. Une connaissance de notre assoiffeur. Je l’ai recommandée au bonhomme de l’agence. Un Vermouth, monsieur Achille ! Madame Pipelet, vous qui écoutez aux portes, avez-vous entendu parler du talent d’Achille ? Si vous le prenez sur ce ton, monsieur Tantale, je vous mets un détective sur les talons ! On blague. Le dernier pour aujourd’hui. Si mon Adolphe était là... A son anniversaire j’irai le fleurir et le tenir au courant des péripéties et des cancans. Des roses rouges ou des coquelicots. Il exècre les lys. Je suis tellement lasse que je le néglige. Mon Eve a dû être séduite par un zigue haut sur pattes. Il doit se le dire à force. C’est pas parce que je fais rien que j’ai rien à faire. Je suis lasse, voilà tout. Si je m’écoutais... J’ai la loge. La guerre... On s’est plus jamais quittés. Si, deux fois... Deux fois trois jours... Ma sœur était malade. Sur le même palier que notre tueur d’insectes, la Normande. Adolphe me disait : Tu vois pas qu’elle fait la vie. Elle gagne sa croûte avec ses miches. C’est un défilé d’assidus acidulés. Tu sens pas toutes ces secousses ? Elle aurait un paddock à miroirs que ça m’étonnerait pas. Et pourquoi pas un pageot à colonnes ? T’as de ces visions, mon vieil Adolphe. La gueuse et moi, on aura usé plus de draps que de grolles. Le tampon à la rigole, le boyau à la rigolade, mon lascar. D’y penser, ma guibbe de sycomore me démange. Si ça pouvait te la rendre, mon salaud, je te coucherais moi-même sur cette voleuse de santé. Poivre et sel. Deux ou trois tous les soirs. Un s’en va, l’autre arrive. Des abonnés. Tout ce qui rentre chez elle ça rentre pas chez moi. Elle en reçoit un... Très strict, raffiné... Il sort du rang des soupirants. Un ballotin délicieux avec un fin ruban. Des chocolats ? Des pralines ? Un mouchoir sur la figure. C’est pour pas qu’on le reconnaisse. Une traînée de sent-bon. Il empoisonne la maison. Au prix du litre... On sait quand il est là, le micheton. Le vendredi, judas clos, chevillette et bobine de bois ! Sa vie, c’est sa vie. Je la blâme pas. Plutôt, je la plains. Des soirées sous presse, merci... Des dérangés, des cacochymes, des malpropres, des vicelots, des... Ses gages, elle les volent pas. C’est pas drôle la qualité de cocotte. Celle de lourdière non plus. T’en veux du chiftir périodique, de l’organe des partis, du digest, du rédacteur, du correspondant, de l’envoyé ? T’en veux, Adolphe ? Où elle prend toutes ces pauses, tous ces silences pour lire ? Tu sais pas, Eve, elle tourne les pages avec les genoux. J’y vais. Ils vont dire : Elle se moque du monde, la Mère Pipelet. Je reviens de suite. Je reviens... "

 

<< Le facteur

>> La dame de mauvaise vie

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -