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ROTONDA DE GATOS ILUSTRES III - Les ardeurs d'un chat amoureux et ses quatre maîtresses
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 Article publié le 28 novembre 2005.

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Traduit en français par Patrick CINTAS

français

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L’oeil d’une étoile ne contient pas toutes les couleurs,
ou par hasard la lumière nocturne d’une pupille qui ne dort pas.

 

Qu’est-ce que ce bruit ? Qu’est-ce qu’on entend dans ce violon ? Quel est ce bruit qui virevolte ? Quelque chose est coincé entre les cordes et ne peut pas sortir ? C’est un bec, un oeil, ce sont des ailes...? Oh ! c’est un rossignol qui cherche la liberté. Comment est-il entré ? Comme il a dû souffrir ce bel et pauvre chanteur attrapé !

Le violon n’était pas dans son étui, pendu près d’une fenêtre d’un vieux château d’Eurasie. Il y avait un mirador gothique qui donnait sur une épaisse forêt de l’Oural. Le chat était étonné par ce qu’il voyait et ce qu’il entendait et il cassa toutes les cordes du violon et l’oiseau en sortit indemne, il se posa sur un arbre proche de la fenêtre et se mit à chanter ses remerciements au chat qui l’avait sauvé.

Le félin fut très ému par le chant de l’oiseau, il avait déjà entendu d’autres oiseaux ; comme l’autour qui, à l’instar de l’aigle impérial, dévastait la région en se nourrissant de rongeurs et d’oiseaux ; la cigogne blanche, des grimpeurs au poitrail rouge, la litorne ermite et du guêpier.Mais aucun de ces oiseaux n’avait fasciné Eurasio comme ce rossignol.

Le vieux château fut vendu et son propriétaire, un géant à la barbe fleurie, s’en alla vivre à Paris, emportant Eurasio, le chat que les chants d’oiseaux fascinaient, ainsi que les bois épais et, plus spécialement, le rossignol piégé dans un violon.

Avec les jours, il s’habitua à la ville des lumières. Il jouissait des cafés en plein air et des terrasses de Paris. Il aimait beaucoup celle des halles, un quartier situé sur la rive droite de la Seine, avec ses palais, ses monuments, ses restaurants et ses boîtes de nuit ; quand il visitait Notre-dame, il était fasciné par la rosette de la façade, composé de pièces de verre aux vives couleurs ; le pont des Arts, le musée du Louvre, le jardin des Tuileries, les Invalides, où se trouve le tombeau de Napoléon ; l’Arc de Triomphe, situé au bout des Champs-Élysées, cénotaphe national. La Sorbonne, la tour Eiffel et le palais baroque de Versailles, avec ses jardins célèbres pour leur beauté, et tant d’endroits, comme l’Opéra et le pont de la Tournelle.

La ville pénétra profondément le coeur d’Eurasio. Il avait laissé tomber le géant qui ne s’occupait pas de lui ; celui-ci vivait dans les tavernes de Paris, gaspillant l’argent de la vente du château.

Eurasio eut plusieurs maîtres, ce furent curieusement tous des artistes. Le premier qui l’adopta était pianiste, puis il eut un peintre et plus tard il fut le compagnon d’un violoniste et enfin, il vécut avec un poète jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, il changea de nom selon le caprice de ses maîtres. Le pianiste l’appela Franz, le peintre le baptisa Vincent, le violoniste Niccolo et le poète, Rimbaud.

Un jeudi de printemps, Franz se promenait sur le pont des Arts. Il descendit vers la Seine. Il crut que son coeur allait éclater quand il vit une chatte magnifique qui le contemplait avec extase. 

- Bonsoir, ma belle. Qu’est-ce que tu fais à cette heure ?

 - Je prends l’air et profite des lumières de la ville qui se reflètent dans ce fleuve qui coule sans cesse.

 - Il y a longtemps que tu vis à Paris ? Comment t’appelles-tu ?

 - Maintenant je suis Nina, mais avant, c’était Silvana. Je suis née ici. Et toi ?

 - Maintenant Franz. Avant, Eurasio.

Il y avait deux mètres entre les deux félins. Franz, ravi, poussa un profond miaulement. Il se rappela le chant du rossignol et commença à réciter des poèmes d’amours des grands poètes français.

- Oh ! que c’était beau ce que tu m’as chanté !

Franz s’approcha d’elle avec délicatesse et lui donna un ardent baiser. Et Nina le lui rendit. Elle avait le corps argenté, de petites oreilles noires comme son nez ; des yeux clairs diamantins et une bouche séduisante. Ils s’étreignirent intensément et, comme deux bons amants, ils firent l’amour toute la nuit. Ils convinrent de se revoir tous les jeudis à sept heures du soir au même endroit.

Plusieurs mois passèrent et la romance poussait ; un lundi d’été, avant midi, Franz, qui s’appelait maintenant Vincent, selon le bon vouloir de son nouveau maître, décida de visiter le cimetière Montparnasse. La tombe du poète Charles Baudelaire l’impressionna beaucoup car elle se trouvait dans un triste état d’abandon. Près de cette tombe, il y en avait une autre de poète, un roumain, Tristan Tzara et face à ces deux-là, celle du dictateur Porfirio Díaz. Ainsi errait-il entre les tombes ; il faisait une agréable chaleur. Sur une tombe bien entretenue, qui portait une belle inscription, se reposait, de mauvaise humeur, méditant, une chatte blanche au beau visage, oreilles roses et petit nez. C’était la tombe du poète péruvien César Vallejo, dont l’inscription était un mot d’amour à sa veuve Georgette.

 - Bonjour, ma belle amie, tu es bien seule.

 - Oui, répondit la chatte sans se retourner pour le voir - et toi, qu’est-ce que tu fais ici ? Tu as un parent, un maître qui ne vit plus ?

 - Non, répondit-il. J’aime visiter les cimetières quand je me sens seul.

 - Moi aussi.

 - Bon. Ça te dérange si je m’assois à côté de toi ?

 - Il fait un peu chaud, mais bon, d’accord.

Ils parlèrent pendant des heures. Vincent apprit qu’elle s’appelait Adelfa. Ils passèrent la nuit ensemble, sur la tombe, mais sans devenir amants. Ce fut le lundi suivant que, se retrouvant, ils s’aimèrent et s’étreignirent comme deux adolescents.

Les rendez-vous avec Nina avaient lieu le jeudi, et pour elle il s’appelait Franz mais, un mardi d’hiver, alors qu’il vivait encore avec le violoniste et que son nom était Niccolo, il rencontra, derrière le palais de Versailles, dans les jardins, une belle chatte angora qui poursuivait des oiseaux, gonflée jusqu’à la queue, de couleur noire, avec le ventre et le cou couleur cendres et des yeux jaunes, profonds et brillants.

 - Qu’est-ce que tu fais à ces pauvres oiseaux ? lui demanda-t-il en se dandinant galamment et en montrant son meilleur profil.

 - Ça m’amuse de les attraper et de les déchirer.

 - Mal, ma belle ! Ces oiseaux sont sans défense et peuvent mourir de peur.

 - Tu crois qu’ils ont peur ?

 - Pas seulement peur : terreur. En plus, ce sont les chanteurs de la vie et on pourrait, toi et moi, profiter de leur compagnie.

 - Tu as peut-être raison. Je n’y avais pas pensé.

Les chats s’égarèrent dans les jardins, sautant près des fontaines, se roulant dans les fleurs. À la tombée de la nuit, il était devenu l’amant de Carmina et tous les mardis, ils se voyaient pour s’aimer dans l’herbe. Elle le recevait toujours avec appétit.

Le temps passa et Niccolo fut adopté par un poète au mauvais caractère qui le trouva errant dans un vieux quartier. Il l’appela Rimbaud. Un mercredi de printemps, Rimbaud s’amusait dans le jardin des Tuileries, il aimait contempler la nature ; Julieta, intriguée, le voyait ; elle était la plus belle chatte de Paris, mais il ne s’était pas aperçu de sa présence parce qu’un arbre cachait la moitié de son corps angora, blanc comme la neige, avec un oeil jaune et l’autre gris, beaux comme tout ; c’était une véritable princesse, avec des oreilles d’ange. Rimbaud sauta sur une branche pour se préparer à la sieste et elle fit de même ; la rencontre fut instantanée. À première vue, c’était de l’amour et ils ne se séparèrent plus durant tout le reste de la soirée, de la nuit, du jeudi, du vendredi, samedi, et les dimanches qui suivirent.

Ce dimanche-là, dans l’après-midi, le pianiste passa par le jardin des Tuileries et, reconnaissant Franz, s’approcha pour le caresser, lui disant de douces paroles. Il caressa aussi sa compagne avec douceur. Julieta, déconcertée, demanda étrangement à Rimbaud :

 - Alors, tu ne t’appelles pas Rimbaud, Franz ?

 - Ne fais pas attention, répondit-il avec beaucoup d’amour. J’ai eu tellement de maîtres... mon vrai nom, c’est Eurasio, je vivais dans un vieux château ; ensuite, en venant ici, ce bon pianiste m’a appelé Franz ; plus tard, j’ai vécu avec un peintre qui m’appela Vincent ; puis un violoniste qui me donna le nom de Niccolo et finalement, un poète m’a appelé Rimbaud. Je ne veux rien te cacher parce que je t’aime. Oui, j’ai eu quelques amours, je ne le nie pas, mais toi seule es mon amour.

Ainsi discutaient les deux félins amoureux. Le pianiste était content de les voir et il les amena à l’Opéra, car il voulait écouter un fragment de l’aria Che gelida manina de La bohême de Giacomo Puccini.

On était au milieu du printemps et Nina, Adelfa et Carmina vivaient de durs moments de solitude d’avoir été abandonnées ; elles pensaient que leur chat galant avait été attrapé par une autre.

Un dimanche, à midi juste, il y eut une grande réunion de félins sur la place de la tour Eiffel où leurs maîtres les avaient amenés à vacciner. Le pianiste y amena Julieta et Franz ; les trois amantes d’Eurasio s’y trouvaient aussi.

Quand Adelfa, qui était la plus sauvage et la plus hargneuse, vit les gâteries, les ronronnements et les câlineries que son amant prodiguait à l’étrangère, elle s’approcha et lui dit :

 - Vincent ! Quelle insolence ! Que fait ici cette chipie aux yeux indéfinis et pervers ?

 - Aïe ! Aïe ! Aïe ! Non ! Non ! Comment Vincent ? intervint Nina, c’est Franz et c’est mon amoureux.

 - Aaaah ! Hemmmm ! Pas du tout ! dit Carmina. Il s’appelle Niccolo et notre nid d’amour se trouve dans les beaux jardins du palais de Versailles, où je l’ai toujours reçu avec de la bonne nourriture.

Eurasio et Julieta étaient impressionnés par cette agressivité ; elles insultèrent beaucoup leur amant, le traitant de traître, de faux jeton, de pervers, de menteur, de mauvais amant, d’enjôleur de félines. Pour Julieta, ces cris n’étaient ni graves ni étranges parce qu’elle savait tout ; c’était elle qu’il aimait profondément, les autres étaient seulement peinées. Adelfa n’attendit pas plus longtemps et se jeta sur la pauvre Nina, qui était proche d’elle, et elle la blessa mortellement à la poitrine. Carmina sauta alors sur Adelfa, celle-ci bondit pour esquiver les griffes avec des miaulements terribles, elle lui déchira le cou et la tua.

Le tableau était grotesque à cause des miaulements des félines en fureur ; les chats qui arrivaient à peine disparurent aussitôt devant cette attaque soudaine.

Les amants s’enfuirent vite, laissant Adelfa à sa colère diabolique. Sans aucun remords, elle passa la soirée près des cadavres de ses rivales ; elle était habituée à l’odeur des morts.

La nuit tombait sur Paris, les lumières de la ville apparurent plus brillantes que jamais. Adelfa était montée à la tour Eiffel, pleine de rancoeur ; une heure plus tard, regardant fixement le cimetière Montparnasse, elle se jeta dans le vide, suicide d’amour. Au loin, mêlées au vent, sonnaient les cloches de Notre-Dame.

Les années passèrent, et personne ne se rappelait plus la triste et triple tragédie féline. On apprit que Julieta était veuve, qu’elle était toujours aussi belle, et qu’elle aima plus que tout le chat de sa vie, sans attacher aucune importance aux noms qu’il portait ni aux amours qu’il avait connus. Certaines nuits, on la voyait sortir tranquillement de l’Opéra, un peu mélancolique. Elle était venue écouter un fragment de La bohême de Giacomo Puccini, qui lui rappelait son bel amant.

 

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Los afanes de un gato enamorado y sus cuatro amantes

 

No todos los colores caben en el ojo de una estrella,
si acaso la luz nocturna de una pupila en vela.

¿Qué es ese sonido ? ¿qué es lo que se oye dentro de ese violín ? ¿qué ruido es el que revolotea ? Algo está atrapado entre las cuerdas y no puede salir. ¿Es un pico, es un ojo, son alas....? ¡Oh !, es un ruiseñor que busca su libertad ¿cómo se habrá metido ahí ? ¡cuánto habrá sufrido ese hermoso y pobre cantor atrapado !

El violín estaba fuera de su estuche, colgado cerca de la ventana abierta de un viejo castillo de Eurasia, tenía un mirador gótico hacia una tupida arboleda en los montes Urales. El gato estaba sorprendido de lo que veía y de lo que oía y con una de sus garras rompió las cuerdas del violín y el ave salió sin lesionarse, se posó en un árbol cercano a la ventana y le cantó agradecido al gato que lo había salvado.

El felino quedó muy emocionado al escuchar el canto del ruiseñor, ya había tenido oportunidad de escuchar a otras bellas aves ; como el azor que, al igual que el águila imperial, asolaban la región alimentándose de roedores y de pájaros ; de la cigüeña blanca, de los trepadores de pecho colorado, del zorzal ermitaño y el abejaruco. Pero ninguna de estas aves había cautivado tanto a Eurasio como el ruiseñor.

El viejo castillo fue vendido y el dueño, un gigantón de barba aperlada, se trasladó a residir en París, llevándose a Eurasio, que extrañaba el canto de los pájaros, los bosques tupidos de árboles y, muy especialmente, al ruiseñor atrapado en el antiguo violín.

Con el transcurrir de los días se hizo a la costumbre de la ciudad de las luces. Disfrutaba los cafés al aire libre y las terrazas de París, le gustaba mucho la que estaba situada en Les Halles, un barrio que se halla en la orilla derecha del río Sena, además de los palacios, monumentos, restaurantes y clubes nocturnos ; cuando visitaba la Catedral Notre Dame, se fascinaba con el rosetón de la fachada, compuesto por piezas de vidrio de brillantes colores ; el Puente de las Artes, el Museo del Louvre, el Jardín de las Tullerías, Los Inválidos, donde está la tumba de Napoleón ; El Arco del Triunfo, situado en lo alto de los Campos Elíseos, cenotafio nacional francés. La Sorbona, la Torre Eiffel y el Palacio barroco de Versalles, con sus jardines famosos por su belleza y tantos lugares más, como la Opera de París y el Puente de la Tournelle.

La ciudad se le fue metiendo a Eurasio muy hondo en el corazón, había abandonado al gigantón que lo trajo porque lo descuidó totalmente ; vivía metido en las tabernas de París gastándose el dinero de la venta del Castillo.

Eurasio tuvo varios dueños, curiosamente todos artistas, primero lo adoptó un famoso pianista, después su dueño fue un pintor, más tarde lo llevó a su casa un violinista y, por último, vivió con un poeta hasta el final de su vida. De esta manera, su nombre fue cambiando de acuerdo al gusto de los dueños. El pianista lo llamó Franz, el pintor lo bautizó como Vincent, el violinista le puso Niccoló y el poeta Rimbaud.

Un jueves de primavera, Franz se paseaba por el Puente de las Artes, se bajó al Sena por la banquetilla interior, sintió que su corazón estallaba cuando vio a una bellísima gata que lo contemplaba extasiada.

 - Buenas noches mi bella ¿qué haces tan sola a estas horas ?

 - Tomo el aire fresco y disfruto las luces de la ciudad reflejadas en este río que corre sin parar.

 -¿Hace mucho tiempo que vives en París, cómo te llamas ?

 - Ahora Nina, antes fui Silvana, aquí nací, ¿cuál es tu nombre ?

 - Ahora Franz, antes fui Eurasio.

Entre los dos felinos había una distancia de dos metros. Franz embelesado, lanzó un profundo maullido, recordó el canto del ruiseñor y empezó a recitarle versos de amor de los grandes poetas franceses.

 -¡Oh, qué hermoso es lo que me has cantado !

Franz se aproximó a ella con delicadeza y le dio un besó ardiente, Nina le correspondió. Ella tenía el cuerpo plateado, de orejas pequeñas y negras como la nariz ; ojos claros diamantinos y boca seductora. Se abrazaron intensamente y como dos buenos amantes se hicieron el amor toda la noche. Convinieron en verse los jueves a las siete de la tarde en el mismo lugar.

Pasaron varios meses y el romance iba creciendo ; un lunes de verano, antes del mediodía, Franz, que ahora se llamaba Vincent, por disposición de su nuevo dueño, decidió visitar el Cementerio Montparnasse. Se impresionó mucho al ver la tumba del poeta Charles Baudelaire que se encontraba en un triste estado de abandono. Cerca de esta tumba estaba la de otro poeta, un rumano, Tristan Tzara y enfrente de las dos, la del dictador mexicano Porfirio Díaz. Así vagaba por las tumbas ; hacía un calor agradable en París. Sobre una tumba bien arreglada, con una inscripción muy bella, estaba posada y de mal humor, meditando, una gata blanca de cara chata, orejas rosadas y nariz pequeña. Era la tumba del poeta peruano César Vallejo, cuya inscripción era un mensaje de amor de su viuda Georgette.

 - Hola, querida amiga, te ves muy sola.

 - Sí - respondió la gata sin voltear a verlo - ¿y tú qué haces aquí, tienes algún pariente, un dueño que ya no vive ?

 - No - respondió él - me gusta visitar los cementerios cuando me siento muy solo.

 - A mi me pasa igual.

 - Bien ¿no te incomoda si me acerco a tu lado ?

 - Hace un poco de calor para que estemos los dos juntos, pero bueno, acepto.

Hablaron durante varias horas, Vincent se enteró que ella se llamaba Adelfa, pasaron la noche juntos, sobre la tumba, sin hacerse todavía amantes. Fue el lunes de la siguiente semana en que, al encontrarse de nuevo, se amaron y se abrazaron como dos adolescentes.

 Las citas con Nina iban muy bien los jueves de cada semana, para ella seguía siendo Franz pero, un martes de invierno, cuando ya vivía con el violinista y su nombre era Niccoló, encontró en la parte de atrás del Palacio de Versalles, entre los jardines, a una hermosa gata de angora persiguiendo pájaros, esponjada hasta la cola, de color negro, con el estómago y el cuello cenizos y unos ojos amarillos, profundos y brillantes.

 -¿Qué haces tras esos pobres pajarillos ? - le preguntó Niccoló, moviendo su cuerpo con galantería y mostrándole su mejor perfil.

 - Me divierte atraparlos y destrozarles las plumas.

 - Mal hecho, hermosa, estas avecillas son indefensas y se pueden morir de susto.

 -¿Tú crees que tengan miedo ?

 - No sólo miedo, terror. Además, son cantores de la vida y los podríamos disfrutar los dos en compañía.

 - Tal vez tengas razón, no se me había ocurrido.

Los gatos se perdieron en los jardines, saltaban cerca de las fuentes, se deslizaban entre las flores. Al anochecer Niccoló ya era amante de Carmina y todos los martes se encontraban para amarse sobre la hierba. Ella siempre lo recibía con una buena carne.

Pasó el tiempo y Niccoló fue adoptado por un poeta de mal carácter que lo encontró vagando en un viejo barrio y lo llamó Rimbaud. Un miércoles de primavera, Rimbaud disfrutaba el Jardín de las Tullerías, le gustaba contemplar la naturaleza ; Julieta intrigada lo veía ; era la gata más hermosa de París, pero él no se había percatado de su presencia porque un árbol ocultaba la mitad de su cuerpo angora turco, blanco como la nieve, con un ojo amarillo y otro gris, bellísimos ; era una verdadera princesa, con orejas de ángel. Rimbaud saltó sobre una rama para acomodarse a dormir toda la tarde y ella hizo lo mismo ; el encuentro fue destellante, amor a primera vista, ya no se separaron durante el resto de la tarde, de la noche, del jueves, viernes, sábado y domingo siguientes.

Ese domingo, en la tarde, pasaba por el Jardín de las Tullerías el pianista famoso y al ver a Franz, se acercó a él para acariciarlo, le dijo palabras muy dulces y también acarició a su compañera con ternura. Julieta desconcertada le preguntó con extrañeza a Rimbaud :

 -¿Entonces, no te llamas Rimbaud, sino Franz ?

 - No hagas caso de eso - le respondió con mucho amor - he tenido tantos dueños..., mi nombre de origen es Eurasio, vivía en un castillo muy viejo ; después, al venir a esta ciudad, este bondadoso pianista me llamó Franz ; más tarde viví con un pintor que me puso Vincent, luego un violinista me dio el nombre de Niccoló y finalmente, un poeta me llamó Rimbaud. No deseo ocultarte nada pues te amo. Sí, he tenido algunos amores, no lo niego, pero tú eres mi gran amor.

Así conversaban los dos felinos enamorados. El pianista disfrutaba viéndolos y los llevó a la Ópera de París, pues deseaba escuchar una versión del fragmento del aria “Che gelida manina” de La bohême de Giacomo Puccini.

La primavera estaba llegando a su media vida y Nina, Adelfa y Carmina pasaban muy malos momentos de soledad y de coraje por el abandono en que se encontraban ; pensaban que su gato galán andaría de amores con alguien que lo habría atrapado totalmente.

Un domingo, en punto de las doce del mediodía, había una gran reunión de felinos en la plazoleta de la Torre Eiffel, a los que habían llevado a vacunar sus dueños. A Julieta y a Franz los llevó el pianista ; por interés y curiosidad se encontraban presentes las otras tres amantes de Eurasio.

Cuando Adelfa, que era la más huraña y de mal carácter, vio los mimos, el ronroneo y el arrumaco en que su amante tenía a la extraña, se le acercó y le dijo :

 -Vincent ¡qué descaro es este ! ¿qué haces aquí con esta golfa de ojos indefinidos y perversos ?

 -¡Ay, ay, ay, no, no ¿Cómo Vincent ? - intervino Nina, él es Franz y es mi amante.

 - Aaaah...Hemm...¡Nada de eso ! - terció Carmina - su nombre es Niccoló y nuestro nido de amor son los bellos jardines del Palacio de Versalles, donde siempre lo recibo con comida deliciosa.

Eurasio y Julieta estaban impresionados por la agresividad y los reclamos ; insultaron mucho a su amado, al que le decían traicionero, falso, perverso, mentiroso, mal amante, embaucador de felinas. Para Julieta, estos reclamos no eran graves ni extraños porque él le había confesado todo ; era a ella a la que amaba profundamente, las otras estaban simplemente dolidas. Adelfa no esperó ni un instante y se abalanzó sobre la pobre Nina, que estaba muy cerca de ella y le hizo una herida de muerte en el pecho, ella sin quejarse estaba agonizando. Carmina se lanzó sobre Adelfa, pero ésta saltó para librarse de sus garras y con ruidos y maullidos terribles, le destrozó el cuello hasta matarla.

El cuadro era grotesco por el maullido de las felinas furiosas ; muchos de los gatos que habían llegado, desaparecieron asustados ante aquél ataque sorpresivo.

Los amantes se fueron a toda prisa, dejando a Adelfa con una cólera diabólica. Ella, sin remordimiento alguno, pasó la tarde viendo los cadáveres de sus rivales, estaba acostumbrada al olor de los muertos.

Oscurecía en París, las luces de la ciudad se veían más brillantes que nunca, Adelfa había subido a la Torre Eiffel, llena de rencor y de engaño ; una hora después, con su mirada fija en dirección al cementerio Montparnasse, se lanzó al vacío para suicidarse por amor. A lo lejos, confundidas con el viento, se escuchaban las campanas de Notre Dame.

Pasaron los años, ya nadie recordaba la triste y triple tragedia felina, se supo que Julieta era una gata viuda, seguía manteniendo su belleza, amó por encima de todo al gato de su vida, sin importarle cuántos nombres tenía y cuántos amores había conocido. Se la veía tranquila, con un aire de melancolía salir algunas noches de la Ópera, a donde acudía para escuchar un fragmento de “La Bhoème” de Giacomo Puccini, que le recordaba a su bello amante.

 

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