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Les grands chiens
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 Article publié le 27 septembre 2012.

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Je fis en sorte de ne plus le revoir. Ce ne fut pas aussi simple que je l’avais imaginé. Nous habitons le même endroit limite. Deux seuils qui se rejoignent dans la rigole. Les mêmes fréquentations. Un rêve commun encore vivace. « Voulez-vous m’accompagner ? » me demande cet Ostrogoth. Il m’invitait à ses travaux d’été. « Pas grand chose en vérité, » confessa-t-il. Nous le vîmes passer, droit dans son étui de combattant du feu. Il disparut dans un autobus. Je montai alors pour préparer mes bagages. Je ne possède pas « grand chose ». J’ai vite fait de vider les lieux. Il me flatte l’épaule d’un : « Vous reviendrez » et je n’oublie rien. Comme c’est vite fait ! pensai-je en redescendant. Sur le trottoir, quelques grands chiens m’observent. Je leur renvoie la balle qui file dans la rigole jusqu’au bout de la rue. « Ils ne reviendront pas, » dis-je. Nous démarrâmes. La ville se vide ainsi tous les jours à la même heure, enfin : vue d’ici. Je ne connais rien d’autre. « Vous pouvez fumer, » me dit-il. Il ne fume pas, mais avec une vitre ouverte, il accepte de voyager en compagnie d’un fumeur. Il n’a jamais fumé. Qu’est-ce qui le cheville au corps ? me demandai-je tandis que la ville s’étiolait lentement. Les premiers champs de blé avaient l’air de tapis posés de chaque côté de la route, prêts à s’envoler avec leurs passagers infatigables. Un village descendit du ciel avec des promesses de pluie. Je m’abandonnai à la trajectoire d’une ligne haute tension. Je ne le reverrai peut-être jamais plus. Ce voyage m’éloignait de lui. Il en profiterait pour investir mes lieux. Je n’avais rien laissé, à part les souvenirs, bibelots des occasions de se croire ensemble. Fenêtres ouvertes derrière les volets fermés, emprisonnant les fleurs qu’il aimait soigner. J’entendrais peut-être son cri. Les grands chiens monteraient l’escalier. La porte est demeurée ouverte. Il a ouvert les volets. « Ne restez pas ici, les enfants ! » dit-il brusquement. C’était comme cela que je voyais les choses, à peine emportée par cet inconnu aux grandes mains. Il parlait d’une maison, de la mer, des idées qui lui venaient après l’amour et de la fin des vacances. « La fin des haricots ! » m’écriai-je malgré moi. Nous rîmes ensemble. La route filait comme le mauvais coton. J’écrivis une pensée dans ma mémoire. J’en écris souvent. Elles me ramènent toujours à la maison… à la raison, veux-je dire !

 

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