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 Article publié le 1er novembre 2011.

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Les larmes de l’automne ont lavé le ciel, bleu de la tristesse de l’absence. Seul, je marche près du fleuve de mes rêveries, le St Laurent lassé des frasques du vent en déroute. Les nappes de brumes voyagent comme des pas clochards qui se croisent sur les boulevards déserts de l’indifférence.

Je suis las de ce temps à damner, des ailes d’oiseaux fouettant l’espace froid, des rafales de givre sur mes joues et de la pluie glaciale tombant en cristaux de larmes sur les feuilles plus mortes que mes amours déçues. J’aimerais tant visiter les souvenirs, parler la langue de la terre, entendre le coq juché sur l’aube annoncer le jour, respirer l’odeur sacrée du café moulu, étreindre l’air chaud et vivre…

Ici, la terre bascule vers la désillusion et le soleil s’éloigne des chagrins de l’homme. Le temps soupire dans mon poème et ma jeunesse est un fruit arraché depuis longtemps du verger de la mémoire. Je pense au retour improbable de mon cœur vers l’île de mes fantasmes, à la fleur qui languit après l’orage, à l’ivresse du vieux poète, à la blessure du fou, aux jeunes filles chantant le long des rivières et à l’innocent qui meurt d’angoisse dans le couloir de la mort. Étrange, cette danse dévorante de nostalgies et d’histoires qui me déchirent.

Étrange……

…Homme de hautes terres et de versants fertiles, homme d’absence et de séisme, je poursuis ma marche de déraison dans le péril des jours d’incertitude, seul avec un peuple languissant sur le bord de la route de l’Histoire depuis des décennies. Comment donner aux voix exilées, meurtries, étouffées, brisées de ce peuple les notes de verre pour une musique qui exorcise l’absence ? Comment ? Seul, avec sa douleur qui m’obsède, je suis le chœur chaviré de toutes ses mélodies nocturnes, la mémoire de ses songes.

 

oOo

 

Depuis que les portes sont ouvertes à la nuit, je ressens le froid de tes yeux comme le seuil de l’hiver. Je tends à l’absence ma main d’aveugle pour l’offrande d’un toucher, pour que tu viennes cueillir mes tourments sur les tiges des désillusions.

Clochard prisonnier de la nuit, je suis le quémandeur d’une source vive qui coule entre tes seins de dunes tapissées de jasmins, le veilleur de ton coucher à l’horizon. Reverrai-je un jour les lumières tamisées de tes prunelles, ta silhouette bédouine qui voyage dans le désert de mes mots vides et les milliers d’hirondelles autour du brasero écoutant ton chant d’étoiles au seuil du soir ?

Nous rêvions de lune à la tombée du jour comme une jeune fille rêve de s’accrocher aux baisers de l’amant à son retour d’exil. La ville déserte libérait ses derniers hiboux et le timbre plaintif d’une flûte de désespoir. Nos regards cherchaient vers le lointain horizon les vestiges de la mémoire. Mais les voiliers tanguaient doucement sur place tels des fantômes bancals livrés à la démence du vent.

Mais la lune n’est pas venue et la ville s’est mise à pleurer dans l’obscurité de l’absence. Alors, nous nous sommes endormis, oiseaux fragiles et perdus dans le nid de la tristesse avec la nostalgie en nous comme le sang sur les trottoirs. La terre tremblait dans nous cauchemars comme si le séisme ébranlait les fondations de nos âges. Toute la nuit, nous restions enlacés, les mains sur les battements turbulents de nos cœurs pour ne pas laisser à la mort l’espace sans mesure de nos angoisses.

Quand vint le matin, Tous ceux qui parlaient du pays miraculé ne purent dissimuler leurs sanglots : la ville meurtrie hurlait dans notre cœur à mourir. Nous avons alors renoncé à évoquer l’espoir pour semer des violettes sur le sable gris en mémoire des disparus. Quand se réveilla le soleil, indifférent à nos blessures, des papillons ivres butinaient déjà le parfum de nos souvenirs pour recréer la vie sur les lèvres des mères creusant la tombe de leurs enfants avec leurs doigts meurtris.

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