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 Article publié le 12 juillet 2005.

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J’ai peint ces aquarelles il y a quelques années maintenant. Il y avait longtemps que je ne les avais pas regardées. J’avais oublié ma démarche picturale de l’époque. Et à ce propos je me suis posé la question de mes influences artistiques. Et à ma grande honte, je n’ai trouvé dans ma liste que des noms masculins. Matisse, Monet et ses Nymphéas, Hartung, Ernst, Rauschenberg, Motherwell, Dubuffet, Warhol, Gauguin, Kandinsky et Pollock, Pollock, Pollock... un seul nom de femme peut se joindre à cette liste, celui d’Helen Frankenthaler.

Bien-sûr depuis j’ai évolué dans mon expression comme dans ma culture picturale... et quelques noms féminins se sont ajoutés à mon répertoire, bien qu’à la réflexion, pas tant que ça. Pourquoi ? Sans doute parce que jusqu’à un passé récent le nombre de femmes plasticiennes étaient relativement bas. Jusqu’au mouvement surréaliste où la femme, plutôt considérée comme muse, se révolte et participe à l’aventure créatrice. Certaines avec un talent que l’on redécouvre et apprécie aujourd’hui.

Sur le plan littéraire, la balance reste la même. Mais je peux citer plus de noms féminins, comme Woolf, Duras, Sarraute, Stein, Barnes... jusqu’à mon premier livre de la comtesse de Ségur...

Le machisme est sans doute l’unique raison de cet état de fait. L’homme qui bride l’expression féminine par peur de perdre son pouvoir. Voir ce qui se passe encore et toujours dans nombre de pays, même soit-disant évolués...

 

Et moi en tant que femme créatrice, où est-ce que je me situe ? Pas dans une revendication féministe, ou alors d’une manière inconsciente, mais dans une exigence de mon droit à m’exprimer en tant qu’être humain. Ce manque de lutte féminine vient sans doute de mon éducation. Issue d’un milieu où les femmes avaient une place prépondérante, je ne me suis jamais sentie inférieure à la gent masculine, ni supérieure d’ailleurs. J’ai toujours évoluée en totale égalité, même si bien des fois je me suis heurtée au machisme et si je me suis sentie dans ces moments-là totalement impuissante face à des esprits obtus et bornés.

 

Ma démarche artistique est dans la recherche de mon histoire, de mon Moi. Exprimer par l’image ce qui est enfoui tout au fond de mon inconscient. C’est la période où j’ai peint ces aquarelles. J’avais alors une peinture très gestuelle, très instinctive. Des surfaces blanches où je pouvais tracer de grandes taches de couleur, des coulures, des empreintes, où le corps était partie prenante du processus, sans bords pour arrêter le geste, c’est la feuille qui arrêtait le dessin. Ensuite venait le séchage... quelques jours sans regard dans cet amas de lignes et de formes.

Et c’est alors que venait la réflexion. De longues heures devant le résultat pour trouver la forme dans cet entrelacs de couleurs, dans ce fouillis, cette forme humaine qu’il y avait enfouie, parfois invisible à l’œil du spectateur, et que longuement et tranquillement je faisais ressurgir. Cette image que je cherchais, mon image.

 

Aujourd’hui quand je vois ces aquarelles, je les regarde comme un passé nécessaire mais dépassé. Jamais je ne me suis sentie particulièrement femme quand je les ai commises. Mais c’est une femme qui les a créées. Parce que je suis une femme.

 

Mon art est sans doute maintenant plus revendicatif de ma part de féminité. Je travaille sur le corps, sur l’intime. Et là oui, je sens que je m’exprime en tant que femme, la femme que je suis.

Et les deux noms que j’ai envie de citer aujourd’hui, qui s’ajoutent à ma liste, ce sont Annette Messager, qui ne parle que de la femme dans ses installations et Elfriede Jelinek, qui elle aussi se bat contre le machisme, entre autres, avec les mots. Un grand prix de la biennale de Venise et un prix Nobel de Littérature. Ce n’est pas si mal...

Lire la conférence Nobel d’Elfriede JELINEK

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