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![]() oOo AUTOPSIE D’UNE RENCONTRE
Lui - Cette nuit quand les arbres cherchaient leur ombre, lorsque ma peau creusait mon corps dans ses derniers retranchements j’ai rêvé de vous. Elle - (Silence interrogateur) Lui- Pour être plus précis : je vous ai rêvé. Elle - Vous m’avez rêvé ? Lui - Cela vous étonne ? Elle - Oui je croyais que nous avions renoncé à ceci de très simple : nous rencontrer jamais. Lui - Nous rencontrer jamais ? Elle – Je croyais que nous avions renoncé à prendre le risque d’une rencontre que l’inflexion de la voix, le détour d’un regard, l’esquisse d’un geste auraient bien des difficultés à maîtriser.[...] |
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Ce texte, à la lisière de l’ombre et de la parole, semble traversé par le vide même qu’il tente de cerner. Il se pose comme une élégie suspendue, une réverbération d’absence où la langue se tient au bord de son propre effondrement. L’écriture y avance à tâtons, dans une oscillation entre la perte et l’appel, entre le cri étouffé et l’élan du désir.
Lui et Elle, silhouettes spectrales, se cherchent dans un dialogue fragmenté qui se veut autopsie d’une rencontre jamais advenue. Ce jeu d’échos et de silences réinvente l’attente, la recompose en une variation infinie où la voix ne se donne qu’en se dérobant. C’est dans cette béance que le texte puise son souffle – une sorte de ressac verbal où chaque mot tente d’emplir l’espace de l’absence, sans jamais le combler.
Jean-Paul Gavard-Perret, dans cette évocation de Duras, en reprend les obsessions : la langue comme ultime refuge de l’indicible, la faille comme territoire d’écriture, l’amour comme impossibilité plus que comme plénitude. Il en émane une tension, une aridité sensible qui confère au texte une musicalité sèche, tendue, où chaque phrase se détache comme une cicatrice sur la peau du silence.
La rencontre ici n’est pas un lieu mais un mirage, un lieu de passage, un seuil toujours déjà franchi sans retour possible. À travers ces jeux d’attente et de refus, La Petite convoque la parole de Duras, l’étreint dans une écriture qui lui rend hommage autant qu’elle la dissèque. C’est une lettre écrite à l’encre du manque, un théâtre d’ombres où le désir n’est que la persistance de ce qui s’efface.
Ainsi, le texte se déploie comme une partition silencieuse, un chant sans voix où l’amour et la langue s’échappent à mesure qu’on croit les saisir. On en ressort avec cette sensation de vertige propre aux récits durassiens – un vertige qui, peut-être, est la seule réponse possible à l’inachevé du monde.