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Seriatim 2
Seriatim 2 - La douleur, Engeli (Patrick Cintas)

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 Article publié le 19 avril 2020.

oOo

« La douleur, Engeli,

C’est l’attente de l’heure.

Car me voilà au lit :

Il faut bien que je meure… »

…les couilles au ras de l’eau.

Pieds dans les sables et les galets.

Jolis galets tout ronds

Épars sous la surface

Immobile des eaux

Montante’ en ce temps-là.

Sifflotait.

« J’ai connu mieux naguère :

Avec papa au front

Et maman à l’ouvrage.

Je ne sais plus si j’ai

Souvenir de tout ça

Ou si je me raconte… »

Sifflotait toujours.

Mains aux coquillages.

Fille suivait en minaudant.

Derrière le parapet

Des nonnes en vadrouille

Matinale : « Ça doit vouloir

Dire quelque chose si j’existe

Encore : pas vrai, les amis… ? »

Ne plaisantait pas avec

Les économies à faire

Du côté de la courtoisie.

Changeait sans cesse

De braquet : méconnaissance

Des lieux et de leurs surfaces.

N’a jamais habité nulle part.

Ni même passé des vacances.

Pourtant elle suivait, jetant

Des regards inquiets

En direction du parapet

Où les nonnes passaient.

Brise de terre dans les plis.

Chantait dans son lit

Les jours de pluie :

Le corps flottait ce qui prouve

Qu’il avait coulé avant combien

De temps le journaliste n’en

Savait rien la table voisine

Était occupée par des étrangers

À l’accent venu de loin la fille

Voyait toujours les épouses

En blanc filant à la surface

Du trottoir avec une mouette

Chacune sur l’épaule gauche

/ il ne raisonnait plus maintenant /

 

Calmez la douleur sans ajouter à l’angoisse.

Des fois il se réveille sciant ainsi le rêve et

Ne retrouvant plus le sommeil malgré notre

Science de l’injection : se croyait à San Quentin

// ne rigolez pas si vous trouvez un manuscrit

Dans ses draps / « j’ai vu ça plus d’une fois :

Le type se sentait si seul qu’il proposa de payer

/ et comme j’avais pas le sou… vous comprenez

… ? / des fois on hérite et d’autres fois pas »

Sifflotait en gémissant.

AUM des moments difficiles à passer.

Le corps flottait dans à peine

Vingt centimètres d’eau le

Journaliste avait rédigé ça

À la va-vite et la brise brise

De terre ou de mer ça n’avait

Plus d’importance maintenant

Pas plus que la marée et la

Position de la Lune dans le viseur.

« Ça rime ! » / journal froissé

Sur la table voisine soudain

Désertée : comme s’il fallait

Se retrouver seul avec elle :

Une des nonnes embrassait

Une gerbe de fleurs blanches.

« Où vont-elles ? Je ne vois pas

D’église ni de couvent… » Fuiiittt !

Des Chinois en pagaille : et des prospectus verts.

Il se pencha pour voir le fond : herbes et galets

/ pas de traces de coquillages : « on se perd ici

— c’est parce que tu n’écris plus…

— je vais bientôt mourir…

— encore un roman ! »

Il faut que ça finisse et pourtant il aime ça :

Le monde qu’il connaît depuis longtemps

/ il est revenu : assis sur le parapet avec

Le vent que la terre nourrit de ses rues.

Ou bien c’était le soir avec les moustiques

Et les odeurs du large : ni jour ni nuit ici.

Existence des brises à la place du bonheur.

Couleurs des palettes abandonnées. Sourire

D’une fille en robe blanche le vent dévoile

Des cheveux courts en boucles vivaces /

« je ne suis pas venu pour ça…

— pour quoi alors… ?

— le journaliste parle d’un noyé…

— ou d’une noyée… il ne sait pas…

— la décomposition des chairs

S’en prend à la ressemblance…

— tu devrais penser à autre chose…

Un nouveau traitement… j’ai entendu

Dire : — promesse de journaliste / »

 

Aller au bois et y cueillir

Les fientes du rossignol

Avec ou sans toi mon amour.

Boire dans le wasserfall

Les vins des vignes vierges.

Têtards et fretin des rivages

En spectateurs velléitaires.

Fruit fendu dans les herbes

Ne deviendra pas grand, ma

Mie, ne connaîtra pas la vie

Comme tu la connais avec moi.

Au bois avec mon corbillon

Et mes sandales impossibles

À ôter pour faire trempette.

Le rossignol envoie l’orchestre

Dans les coulisses du temps.

Petit lapin pressé par les aiguilles

Au mécanisme faussé par l’art

De se taire au bon moment.

Comme c’est joli ce qui est joli !

Encore un peu de vin et de victoire,

Ma mie : nous sommes arrivés

À bon port : la mer au bout du fleuve.

Et le bois en partance avec son ro

Son rossignol flûteur de fessées.

Sifflotait.

Comme jamais.

S’étonnait

La gardienne

Des lieux.

Un reflet sur la vitre.

« il veut respirer » / journal entre les mains d’étrangers

Couleur de brique trop cuite / dictionnaire à l’appui

« faites ce qu’il vous demande » / la dame a des dents

De pur ivoire éléphantesque : quand ils sont passés

Avec le corps aux yeux grands ouverts elle a pleuré

/ pas pu retenir larmes de crocodile : des vrais : pas

Des larmes de juge aux affaires matrimoniales : des

Larmes importées avec leur cuir : aussi le fleuve vert

D’algues et de dos : « j’ai ouvert la fenêtre comme

Il l’a demandé » / « vous suivez le rythme maintenant ? »

Cache-misère des mythologies : « mais a-t-on inventé

Mieux… ? — pour dire quoi ? » / c’est joli ce qui est joli

/ entrait dans l’eau avec cette idée que la profondeur

Est limitée par l’usage ordinaire : couilles comme poissons

Et les pies se posaient sur l’étrange rondeur des galets

/ des fois l’herbe comme les pattes d’un crustacé sortant

Pour jeter un œil sur ce qui change le voisinage en série.

« j’ai tellement peur quand tu dis ça : » / mais peur n’avait

Pas : relisait au lieu de changer le vin en eau : pas le temps

De nous expliquer / le temps menaçait de changer avant midi.

Qui es-tu, femme crépue ?

Et toi l’homme de toujours,

Que viens-tu chercher ici ?

L’Histoire pourtant te donne

Raison / mais tu ne sais plus

De quelle pureté il est question

Ici : ni de quel sens de la perfection.

Croix glaives plantés dans la terre

Natale ou étrangère, conquise

Ou perdue / pas d’enfant pour

Le dire aussi clairement que ça.

« C’est l’ennui qui me fait siffloter,

Figure-toi » / ou autre chose mais pas

Ce que je sais du temps pour en avoir

Usé plus que de raison : au travail des

Jours comme en rêve / comme c’est joli

Si c’est joli ! Sifflotait même dans les églises.

À Venise par exemple si elle existe encore.

Mais je ne suis plus sûr de rien, ô rossignol

Des bois si jolis que j’en ai le cœur à l’envers !

Enleva celle qui voulait devenir nonne.

Viola son secret sans l’emporter avec lui.

À la table voisine le journal se laisse feuilleter

Par la brise de terre / cendrier dessus avec

Cendre encore vivace / verres vides maintenant

/ « tu les connais ? » voulant dire : « tu la connais ? »

Il allait vite pourtant.

Il ne regardait pas deux fois.

Il aimait la logique

Et ses analyses.

Se fichait de la mémoire

Des autres.

 

« Ne grimace donc pas

Quand on te parle

De choses aussi importantes

Que ce qu’il faut en penser ! »

 

Brancard non vide au passage des premiers

Visiteurs du jour / « comme on se ressemble ! »

Trouvait jolis visages des enfants sauf dans

Le miroir de sa poussière d’or / « au moins

Nous savons où nous sommes »

Jolis creux

Des vagues

Au reflet

Des lunettes.

Ça me prend

Des fois

Quand je

Mens / ô

« as-tu pensé aux siècles, au millénaires,

Aux ah ! je ne trouve pas les mots ! »

Meubles des poésies / brises pour mesurer

Le temps / en ville nous bousculons le temps

Pour ne pas perdre pied / ici l’eau prend tout

Son sens / éclabousse par jeu : enfant en joie

Et coquillage étonné : peaux ruisselantes /

Gazouille en attendant / dans le lit attend

Et pépie comme s’il avait un jour d’existence

Derrière lui / et devant : la nuit sans fin / amour

Déçu pour prix du labeur dont la trace est aussi

Vraie que n’importe quel aspect de la nature.

Rien ne s’est usé : pas le temps de l’érosion /

Damasquiné par ses excès il s’apprête à rouiller

D’un côté et de l’autre à cesser de se voir dans

Le miroir de sa fée : « nous avons deux enfants :

Un garçon et une fille — l’idéal » comme la pierre

Et ses deux coups / « merci pour la traduction

— mais je n’invente rien !

— pourtant il m’a semblé…

(elle : tu la connais ?

moi : jamais entendu parler d’elle !

elle : ce n’est pas ce que je ressens…)

— oh ! non, vous vous trompez… »

« Mon Dieu que c’est facile à lire !

Mais je ne sais pas le redire… expliquez

-moi ça… » / voyait le rétrécissement

Ainsi que le ralentissement à l’aspect

Gluant des murs : aussi assourdissement

Des gazouillis avec cuculs à l’appui.

Spectateurs descendant des côteaux

Jouxtant ce paradis gagné sur l’attente :

« il est où l’Enfer promis dès la première

Révolte ? »

« Rigolez pas avec ça !

Ça leur fait un mal fou.

Elles en meurent mais

Vous n’êtes plus là.

Imaginez le roman…

Fini la ponctuation

En usage dans les meilleurs

Théâtres de la cruauté !

Racontez-leur plutôt

Une histoire d’amour

Qui finit par commencer.

Vous gagnerez de l’argent

Et aussi de l’estime et même

De quoi alimenter vos propres

Fantasmes / vous en avez

Non ? Tout le monde en a. »

 

 

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