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Choix de poèmes (Patrick Cintas)
Sans femme, pas de reconnaissance...

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 Article publié le 5 janvier 2020.

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Quel homme seul et donc foutu d’avance
Revient au bercail dont le plancher
A pourri sous l’effet du manque
De lumière ? Ils visitaient les lieux
Comme si personne n’y avait jamais vécu
Et désignant les maisons vouées à l’immersion
Ils s’attardaient pour en admirer la vigne
Suspendue comme la meilleure des métaphores
Où l’insecte est roi de la statique
Et de la disparition. Ces hommes venus
D’ailleurs pour calculer les effets
Du barrage sur notre esprit mangeaient
Dans nos assiettes avec un plaisir
Qui flattait notre conscience du drame.
Descendez ou montez, mais ne restez pas là.
Et nous avions du mal à imaginer
Ce que pouvait être la vie après
Une telle somme de calculs prévisionnels.
Le río Chico ne mêlera plus ses eaux jaunes
Aux glissements bleus du río Grande.
Et le lac portera le nom du village.
Voilà comment nous changeons la géographie.
Nous changeons aussi la vie, Grands
Travaux, Pacification, Conquête, Intérêt
Supérieur, Europe, Progrès, et la vie
Devient ce petit jardin si précieux
Que la mort en héros ne concerne plus
Personne. Les vieux furent les premiers
À occuper les appartements coquets
Que l’État mettait à leur disposition.
Maintenant partagez le peuple en émigrés
Qui partent pour revenir un de ces jours
Et en condamnés à ne pas quitter cette terre
Ou plutôt à se situer en marge de la terre
Dont on n’a jamais possédé que l’aumône.
Et voici Omero qui revient dans une voiture
Et la route qui se dérobe puis s’achève
Avant même le seuil de sa maison.
Voici les traces sommaires de Quevedo
Et de Goya. Rien de vraiment profond,
Rien en comparaison des influences
Copiées avec application à l’école
Laïque. Rien de la copla ni du romance.
Rien de ces points précis de la conversation
Où la littérature rencontre ses données
Populaires. Rien de la moindre berceuse
Qu’une voix de femme donnait au soleil
Des après-midi torrides qui sentaient
L’olive et le calcaire de nos mines.
Vous avez de la chance, avait dit
L’ingénieur en vissant son œil
Dans le théodolite. La maison pouvait
Encore exister si quelqu’un y vivait,
Quelqu’un vivant avec une femme. Sans
Femme, pas de vie accrochée aux pentes
Que les amandiers éclaboussent
De petites ratures de noir et d’or.
Sans femme, pas de reconnaissance.

 

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