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Le moutardier
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 Article publié le 14 septembre 2007.

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Le zinc
Robert VITTON
Espace d’auteurs : Le zinc
Duos habet et bene pendentes !

Le moutardier

Une légende ? Ce n’est pas une légende. Les années 50… En 850, papaux, nous avions déjà plus de cent règnes. Voilà qu’entre Léon IV et Benoît III, une fille de moine se met en tête de se faire élire pape. Papesse ! Non, pape. Les femmes étaient écartées… Rien n’a changé. Les uns l’appelaient Léon, les autres Benoît, moi je l’appelais Jeanne, Jeannette, Janneton… Je suis née à Ingelheim près de Mayence, mon petit moutardier, m’avait-elle dit. Moutardier, elle ne croyait pas si bien dire. Ma charge de Premier Moutardier du pape ne fut reconnue qu’au XIVe siècle, à Avignon, par Jean XXII qui abusait sans retenue du condiment. Mustum Ardens ! Sinapis ! Amen ! Elle est née en 822. Des études, des voyages, des rencontres… Johannes Anglicus, un de ses noms d’homme. Serre fort. Une longue bande de lin écrasait sa poitrine. Prends garde que ta moutarde ne me monte aux nénés. Elle enfilait sa robe semée de grains d’or et de moutarde. Où sont mes clefs ? Je sens que je vais être obtuse. Elle avait ses Angles. Ses Angles ? Ses Angles, ses Anglais… Tu débarques ? Ses flueurs, ses ragnagnas, quoi. Je chipais des torchons et des serviettes aux cuisines. Où sont tes deux acolytes sujets à la colite ? Mes deux bras gauches ? Ils vaquent à mille chosettes. Autant dire qu’ils ne branlent rien ni personne. Papesse, est-ce vrai que… Que quoi ? Ma moutarde est-elle un remède contre la paresse et la froideur ? Si l’on en croît Pline… Pline ? L’Ancien. Motus. Plus besoin de tamponnoirs, je suis grosse. Des œuvres de qui ? Dieu seul le sait. Une procession… Les contractions… Les eaux dans l’église Saint-Clément, entre les vaticaneries et le Latran. A mort ! A mort ! Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. La foule lapida une mère moribonde en couches et son enfant mort-né. Supercherie ! Supercherie ! Peu à peu, je perds mon latin. L’éternité, c’est trop long. Au fil des ères, ma charge s’est considérablement alourdie. En sus de mes pèlerinages à Meaux, à Dijon, de la fabrication des cataplasmes sinapisés, à contrecoeur, je procède à chaque élection à la vérification de la masculinité du souverain. Habemus papam ! Nous avons un pape ! Tu nous enfumes. Dis-nous moutardier, il en a ? Je réponds de dessous la chaise percée : Duos habet et bene pendentes ! Les viocards exultent : Il en a deux ! Deux ! Deux ! Deux, et qui pendent bien !

 

I

N’est-il pas le chef de l’Eglise

Le guide Votre Sainteté

Le Patron a dit Qu’on l’élise

C’est ma dernière volonté

 

Et toutes ces têtes d’émules

Qui le voient déjà moribond

Avidement baisent sa mule

Bon Cela leur coûtera bon

 

Conciles conciliabules

Ces fats s’en passent des savons

Pendant que l’Autre fait des bulles

Ils tournent tournent puis s’en vont

 

Et tous ces bourrins de carrosse

Seront-ils docteurs de la foi

Ils viennent pour chercher des crosses

Ils reviendront dix vingt cent fois

 

Mais que veulent les douze apôtres

Ce n’est pourtant pas jeudi saint

Dois-je les renvoyer aux peautres

Ces va-nu-pieds de loques ceints

 

Je me gave de pets de nonne

De nonettes de vraies nonnains

De sacristines qui m’ânonnent

De savoureux vers fescennins

 

De tous les successeurs de Pierre

Je suis le Premier Moutardier

Mon second me jette la pierre

Le tiers se plaît dans ce merdier

 

O papegots c’est regrettable

C’est regrettable ô papegots

Aux entours de vos saintes tables

Ce n’est que dédits que ragots

 

Entre ma lippe et le ciboire

Je perds amis et ennemis

Je perds le manger et le boire

Me voue-je à saint Barthélemy

 

Les cardinaux se vilipendent

Aurons-nous un pape odieux

Il en a deux et elles pendent

Et elles pendent nom de Dieu

 

Les femmes et les brebis paissent

Sous les déchants mélodieux

Quand aurons-nous une papesse

Une papesse nom de Dieu

 

II

Pèlerins faquins de quintaine

Cagots tireurs de papegai

Papelards gourds croque-mitaines

Quand avez-vous le parler gai

 

Encore un souverain pontife

On ne sort pas de ce fourbi

On le toilette et on l’attife

Pour ses urbi pour ses orbi

 

Encore encore un Très-Saint-Père

Un triste évêque universel

Je n’ai lu que les pages paires

De son livre Un demi-missel

 

Encore un conseiller suprême

Un vicaire de Jésus-Christ

Une binette de carême

Que Pascal ouvre les paris

 

Encore une tête tiarée

Une carotte et un bâton

Une fétide logorrhée

C’est vous C’est vous André Breton

 

Porteurs des chaises gestatoires

O la male semaine quand

La papesse aura ses histoires

Ses flux ses fleurs au Vatican

 

De tous les successeurs de Pierre

Je suis le Premier Moutardier

Mon second me jette la pierre

Le tiers se plaît dans ce merdier

 

On trinque on chante à la chapelle

Rameaux Pâques fêtes des morts

On se les flatte on se les pèle

On se les bat on se les mord

 

Et comme les anachorètes

On se les roule on se les oint

Ivres du grand cru des burettes

D’encens de tralala tsoin tsoin

 

Que les fidèles se répandent

Attendre est si fastidieux

Il en a deux et elles pendent

Et elles pendent nom de Dieu

 

Elle obéit la pauvre espèce

Aux clac des doigts et aux clins d’yeux

Quand aurons-nous une papesse

Une papesse nom de Dieu

 

III

Moi qui ne loue ni Dieu ni Diable

L’impitoyable impie fieffé

Le papefigue irrémédiable

Le penseur toujours assoiffé

 

Je m’agenouille à la grand’messe

A Camaret ou à Provins

Les curetons tiennent promesse

On n’y mouille jamais le vin

 

C’est l’ère des papesses Jeanne

Mado Marlène ou Marilou

Lisse la colonne Trajane

Sur la patenôtre du loup

 

Au bord du lac sur la colline

Dit-elle à Castel Gandolfo

La bouche pleine de pralines

L’Evangile selon Sapho

 

Ouvert sur son lit de jacinthes

Ici Dieu et l’Insidieux

Pris dans la sacro-sainte enceinte

N’ont que des plaisirs studieux

 

Tous les deux d’elle s’énamourent

Le Tout-Puissant et Lucifer

Tellement qu’ils jouent à la mourre

Des coins d’Eden des coins d’Enfer

 

De tous les successeurs de Pierre

Je suis le Premier Moutardier

Mon second me jette la pierre

Le tiers se plaît dans ce merdier

 

Balai de paille et peau de bite

Nib de nib Rien Pas un pélot

C’est une vie de cénobite

Fèves nèfles Au pain à l’eau

 

Si je meurs je veux qu’on m’enterre

Sous des vignes sous des tonneaux

Sous le charme d’un presbytère

Entre mes deux vieux larronneaux

 

Des ballottes de quatre pans de

Long sous son habit radieux

Il en a deux et elles pendent

Et elles pendent nom de Dieu

 

Habemus papam Brute épaisse

Ange miséricordieux

Quand aurons-nous une papesse

Une papesse nom de Dieu

 

Robert VITTON, 2007

 

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