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 Article publié le 9 janvier 2007.

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 Le Sarcophage des Muses (Louvre)

 Muse, contemple ta victime ! - Lamartine

 

Ô petites muses, petites putes buissonnières à la langue verte, petites garces des corridors aux mimines molles et moites, petites fées infidèles des remparts, petites emplâtres belles à mouler, petites masques musquées à peine fendue, petites dévergondées des marelles, petites frangines au bilboquet fourrées de malice, petites saintes qui ne guérissiez de rien, réglées comme du papier à musique, je vous buvais au goulot jusqu’à la lie, jusqu’à la liqueur, jusqu’à la folie douce, jusqu’à la mélancolie.

Ô muses de mes ports, de mes rades, je démâte dans vos nocturnes, je vous dactylographie les proses et les prosopopées du flot et du reflot opiniâtre de Montparnasse, je vous prends dans ma misaine noire, dans Ies mailles de mes filets...

Ô muses des jardins de Ronsard et de Fontenelle, de mes jardins, de mes parterres, de mes champs, des fontaines de Carpeaux, je vous cueille des pensées songeuses, des soucis de six sous, des pavots troublants, des narcisses languissants, des pendants d’oreilles -ô Clément-, j’épluche vos sentiments et votre paraître, j’effeuille vos franches marguerites, je vous roule dans les tumultueuses lavandes du plateau de Valensole, dans le style rocaille de l’Isola Bella...

Ô muses des usines, des zincs, des dortoirs, des magazines, des magasins, des vogues, des vagues, des wagons-lits, des escalators de Jacob, des escaliers en caracole, des carrées sous les tuiles ou l’ardoise, des vespasiennes, des laboratoires, des camps, des prisons, des parloirs, des charniers, des funérailles, vous me laissez des cadavres sur les bras, des chaînes, des drapeaux, des orphéons, des reliques, des mots, des requiems, des cris, des croix...

J’entre dans vos querelles.

Ô muses made in banlieue, madones des tramevères, traminottes des interminables jours fériés, des jours chômés, dites, qui ramasserait mes carnets de notes, mes pages blanchies à la chaux, mes billets doux, mes calepins d’ombres, de grisailles, de gribouillis.

Ô muses de mes carrefours, de mes rues barrées, de mes terrasses de café, de mes caniveaux qui jettent à la mer les bris, les débris de mes peines, de mes souffrances, de mes jouissances...

Ô lécheuses de vitrines cousues de mille mystères -Shalimar dans la motte-, raccrocheuses d’occasions, mes accordéons en ont par-dessus les bretelles des rengainards, des aboyeurs de toutes sortes, des engrosseurs de couturières, des faiseuses d’anges, des grimaciers, des rimasseurs et des gratteurs de la Samaritaine, des amants pantomimes.

Ô ma Muse pretintaillée des salons de thé, mon Héliconiade en robe des champs, de cendre, de chambre, ma Parnasside toujours par monts et par vals, ma Castalide, mon Aganippide nippée des derniers cris des bons tailleurs, des fripes friponnes des années Charleston, du tintouin des Puces de Saint-Ouen, viens aux quatre coins cardinaux de ce poème que je soupire d’une seule venue, de ce poème qui te fagote des histoires remontant au déluge, qui chante tes merveilles sur les toits.

 

Une larme à ton oeil

Et j’en porte le deuil

Ma Muse

Un éclat dans ta voix

Et je tresse un envoi

Ma Muse

 

Ô Muses du septième art, vamps du cinoche des dimanches après-midi, des salles des pelloches perdues, conquêtes des entr’actes tamisés, je vous dévore le museau, je goûte votre bouche blette, je croque les grains de sel de vos salives, je vous pelote sous la laine et vos seins naissants éclatent comme des grenades, -T’as raison mon Esope, la langue c’est la pire et la meilleure des choses-. La salope, elle n’a pas oublié ses menottes. Je gicle dans mes frusques. La lampe de poche comme un phare de bicyclette, les caramels, les chocolats glacés de l’ouvreuse qui garde la monnaie. Et les toiles du samedi soir -je me payais des toiles et des étoiles-, pénombre musiquée, dalles de feutre, fauteuil de velours... Et l’antre du mardi, la cibiche furtive après le documentaire -toujours les mêmes gueules-. La sonnerie. Nous regagnions nos Voltaire durs et froids comme la pierre. Tu l’envoies ta bobine en version originale ? Tu tapes le carton avec les frères Lumière, ma parole ! Tu refais le montage, ou quoi ? Mo-teur ! Mo-teur !

 

THE END

FINE

FIN

Robert VITTON, 2004

 

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