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La télénovela sérialisée
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 Article publié le 9 octobre 2016.

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L’injection de la dodécaphonie dans l’univers de la télénovela posait déjà ce problème. Il faudrait un Schoenberg ou un Babbit pour proposer une chanson de mariachi sérielle. Ou une bossa, bref. Mais si nous poussons le curseur jusqu’à la fragmentation spectrale du phénomène acoustique, nous devons crier : holà ! mi corazon. Car cette perspective ne peut conduire qu’à des procédures hallucinatoires.

En somme, si nous considérons ces univers comme autant de fioles que manipulerait un laborantin maniaque, nous devons nous résoudre à ce constat quelque peu vertigineux : la télénovela spectrale est une spirale sentimentale, combinaison éprouvante à imaginer car il faudrait envisager qu’un Harlequin (de la collection Harlequin) puisse être élaboré avec tout le »cahier des charges« que requiert cette collection par la pensée toujours proche de l’abîme de Sadegh Hedayat, par exemple. Ou de René Crevel. Soit deux auteurs dont la composante sentimentale ne saurait être considérée comme secondaire.

D’un point de vue méthodologique, nous nous proposerons donc, par égard pour notre santé mentale, de commencer par sérialiser la télénovela (épisodes 1 à 73) avant de lui intenter un procès en spectralité, dont on imagine encore bien mal le résultat objectif.

Peut-être devrons-nous, au bout du compte, nous tourner vers Antonin Artaud pour trouver les réponses technique à cette série de questions métaphysiques ?

 

*

 

Si le principe de base de la dodécaphonique est celui du décentrement, son fonctionnement privilégie la linéarité. D’un point de vue philologique, on peut discuter ce point de vue : ceux qui ont voulu sanctuariser le caractère linéaire de la série (André Lalande, par exemple) se sont frottés au feu de la réalité. La série vire vite au rhizome, dans les faits. D’un point de vue musicologique, on peut également douter de la pertinence de cette analyse. La fragmentation temporelle qu’opère Webern n’est-elle pas source d’une dislocation générale du flux temporel ? Mais nous sommes ici à la pointe du premier sérialisme - dans la réalisation de ses conditions maximales. Mais le principe de série, même croisé à lui-même, ne permet qu’accidentellement de penser à la durée comme composante interne d’un fait sonore x ou y.

Rapportée à la télénovela, cette distinction nous ramènera à une illustration telle : nous pourrons décentrer l’intrigue et nous la non-résoudrons. Qu’il n’y ait plus ni personnages principaux ni intrigue centrale et nous disposerons les éléments de notre série dans un certain ordre qui admettra le renversement, la récursivité, la mise en miroir en abîme (arbre x arbre falaise x falaise océan, etc.) pour composer un univers de relations sentimentales en suspens et de drames familiaux d’un rouge vif assez voisin de ce que demande la représentation de Kontakte sur une scène plongée dans l’obscurité). Le drame n’est qu’une cascade de drames latents. L’univers sériel est, on le sait depuis à tout le moins Gérard de Nerval, conforme à l’ordre bouillonnant du rêve.

La spectralisation de la télénovela nous entraînera un peu plus loin dans son démembrement. Faut-il en conclure que la technique spectrale appartient au registre gore ? Nous n’irons pas si loin mais nous sommes tout de même amenés à constater que la forme spectrale, dans sa dissection intime du fait sonore, dans son procès qui pourrait sans hésitation expérimenter l’expérimentation génétique sur le son si on lui en laissait l’occasion, relève de gestes conformes au genre gore. Multiplions Murail par Human Centipede, par exemple. Voyons ce que ça donne.

 

[ici, une illustration]

 

Bien sûr, la télénovela est elle-même tout à fait compatible avec le registre gore. Dans Le triomphe de l’amour, histoire d’une orpheline nommée Maria Desemparada, la mauvaise mère n’hésite pas à trucider sa servante et à la brûler dans la cheminée avec l’aide d’un homme mystérieux au visage brûlé. Quand sa fille lui rend visite, elle s’exclame : « C’est quoi, cette odeur ? » tandis que la femme sombre dans un délire mystique qui l’amène logiquement à détruire les êtres fautifs et impurs qui l’entourent, Dans la télénovela mexicaine, en particulier, la mort est abrupte et le meurtre n’a pas à être motivé, il est sa propre fin. Et c’est là une réalité, on serait tenté de dire une qualité spectrale de la télénovela. Nous prendrons ce motif cruel pour le sonder de l’intérieur. Nous recomposerons le drame à partir de cette pulsation meurtrière prise pour elle-même, indépendamment de toute logique.

La question qui demeure est celle de savoir ce que nous ferons des chansons de mariachis. Mais c’est un autre point qu’il faut envisager à partir de bases très différentes, semble-t-il, puisqu’elles engagent le complexe culture-société et interroge donc l’ensemble du projet dans son inscription propre dans le tissu social. Qu’il suffise, à ce stade, de considérer qu’il ne sera pas possible de découper la série de 120 épisodes de façon si tranchée qu’on ne l’a estimé précédemment. Une partition différente sera proposée ultérieurement.

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