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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
On te demande si tu as vu...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

oOo

 - On te demande si tu as vu ce qu’il t’a montré !
Néron riait comme un fou. Le magistrat voguait
Sur sa chaise. Un verre d’eau rutilait avec les mouches.

- Il n’a rien montré, dit Aliz, ou alors je n’ai pas vu.
D’ailleurs Néron n’a rien vu non plus. - Tu dis ça
Parce que c’est ton ami ! grogne Ramirez qui tient

La machine à écrire. - Elle croit encore que c’est
Un ami, dit don Felix Gálvez Bonachera. Un ami
Te montrerait-il ce qu’il est honteux de montrer ?

Néron n’en pouvait plus. Il riait comme un fou.
Don Félix Gálvez Bonachera l’avait traité de petit
Idiot de sa mère, une manière comme une autre

De tempérer sa pensée à l’égard de ce garçonnet
Qui « trouvait ça marrant après tout. Un ithyphalle
N’a jamais fait de mal à personne, » avait dit Fabrice

Sans vouloir offenser l’Espagne. Ramirez avait tapé
Cela. Il avait prévenu : - Je tape tout, c’est la règle.
Don Felix Gálvez Bonachera redoutait ces longueurs.

Il préférait le marivaudage des aveux à la rigueur
Des interrogatoires affectés par l’imbécillité du garde
Civil faisant office de secrétaire en ces jours de disette

Sociale. - Si tu n’as rien vu, dit le policier, tu mens !
Aliz savait très bien ce qu’on faisait aux menteurs
Dans ce pays étranger dont elle n’aimait que le soleil

Et les chats. - Si tu le sais, pourquoi mens-tu ? Les chats
Habitaient dans les fenêtres. Elle les nourrissait et Néron
Les agaçait. Ochoa n’aurait pas montré sa queue de loup

Si la nuit ne les avait pas réveillés. La nuit veille et réveille.
Un magistrat qui a vécu tant de témoignages intermédiaires
Devrait le savoir, mais la Loi ne parle pas de la nuit,

Elle n’évoque que les jours et les prisons, les travaux
Et les contrats, l’identité et la passion. Ramirez était trop
Bête pour comprendre ce que le magistrat ne comprenait

Pas lui non plus. Néron pouvait voir les prisonniers
À travers l’interstice que la porte ouvrait dans la chair
De la lumière. Cette fois, il n’hallucinait pas facilement.

Thomas Folle racontait comment il avait mis le feu
À son autobus. Il avait vu les chats fuser comme des étoiles.
- Vous auriez pu provoquer une explosion, dit Ochoa.

Ils étaient assis derrière la grille verte, les mains parlant
Ou se plongeant dans le silence têtu de l’innocence
Aux mains pleines. - Si tu es le Christ, dit Thomas Folle,

Pourquoi recommencer ? N’as-tu pas assez souffert pour nous ?
- Non, dit Ochoa. Je ne suis pas le Christ. Je lui ressemble
Chaque fois que je m’abandonne. Qui est cette fille ?

Tu devrais le savoir. Elle était fenêtre la nuit et chat le jour.
Elle cherchait l’eau de la rivière sous les cailloux.
Les animaux sortaient de la terre et tu expliquais

Pourquoi. Il n’y a pas d’animal sans cette frayeur au bout
De la nuit. Je me réveille parce que je ne dors pas.
Remontons jusqu’à ce que je sais de la source et taisons

Nous devant ce silence. À la croisée des eaux, un moulin
Abrite les essais de fornication de l’enfance qui atteint
La maturité par cette porte étroite. - Pourquoi le Christ ?

- Demande-leur. Ces femmes attendent ce que l’homme
Renouvelle. Paroles d’homme. Les ailes du moulin, brisées
Par le vent et les insectes, abritent des oiseaux bleus

Que tu appelas des chasseurs. Cette abstraction séduisait
La femme. Puis le mur du barrage impose ses espaliers
De roches grises et ses arbustes aromatiques. On se sent

Petit au pied de cette construction, levant la tête pour apprécier
Le tonnage et l’ampleur des travaux. Des camions, une
Quantité incroyable de camions circulant jour et nuit

Et les hommes ont dressé ce monument d’utilité publique,
Ce qui ménage l’esprit quand on songe à l’orgueil
Qui préside d’ordinaire à ses constructions monumentales.

Puis le chemin si dur à refaire jusqu’au-dessus du lac
Qui emprisonne à jamais un peuple aujourd’hui déplacé,
Remplacé. - Mon nom est celui d’un loup solitaire

Et cruel. Écris-le avec un X, ma poule. Fais-le sonner
Dans ta bouche-moulin à paroles. Et descendu au bord
De cette eau morte, il fallait se contenter de la vision

Des algues. Ces reflets d’argent, ce sont les poissons.
Et cet or qui ne se laisse pas regarder en face, c’est moi.
Moi dans la pureté d’un instant de croyance,

Moi au temps où cette terre était la mienne et celle des autres.
Il n’y avait que moi et les autres. Et les animaux tranquilles.
Il y avait aussi ce qu’on pouvait savoir, entre les mots,

Il y avait un infini d’autres mots et tout était tranquille.
La rivière est un fleuve, ma mie. Si tu ne vois pas son eau
Couler comme le sang hors de sa raison, tu ne ne vois rien,

Tu vois ce qu’on impose à ton esprit, tu vois des hommes
Qui appartiennent à l’homme et non pas à la terre. Tu vois
Des villes peuplées d’étrangers à l’homme et des rues

Traversées de femmes pressées d’en finir avec le jugement
De Dieu. Ici, tu pourrais voir l’homme et la femme,
Non pas unis mais parfaitement ressemblants, parfaitement

Équivalents. Cette eau qui s’arrête et que l’évaporation
Et l’immobilité attisent comme le feu qui couve sous la cendre,
Cette eau témoigne de l’homme-femme et de l’enfant

Que tu es. Je me souviens maintenant que tu le dis
À ces magistrats aux larmes de crocodile, je me souviens
De ma promesse d’un sermon sur la Montagne : Riches,

Vous périrez par le feu. Discours de riche, je sais. Mais
J’y crois, ma mie, j’y crois comme si Dieu pouvait encore
Exister après la mort. Si je n’étais pas si pauvre,

Et si la maison de mon père avait un sens, si ma vie entière
Était un chant et non pas une histoire, ma mie nous nous
Aimerions sans savoir qui de nous est la femme, qui l’homme

Et pourquoi l’enfant. Mais la terre ne se nourrit plus
De ses animaux ni de son eau, la terre métallique s’oxyde
Au lieu de prendre le feu promis par l’atome, la terre

N’est plus qu’une anecdote probable entre toutes les anecdotes
Dont l’univers s’accroît inintelligiblement. Nous descendions
Alors, l’esprit menacé d’inconstance, et elle reconnaissait

Le chemin. Nous possédons aussi un pignon de roche
Jaune et rouge qui s’avance dans la vallée. J’y construis
Un temple sans savoir qui en sera finalement le locataire,

Dieu ou moi ? Ici, le vent peut se montrer viscéral.
Des asperges nourrissent l’instant. Des feux-follets
Embrasent l’herbe. On dit que cet endroit est maudit

Depuis qu’un homme s’y est pendu. Voici l’arbre
Et la branche, voici la prétendue mandragore et ceci
Est l’ombre que le mort projette sur notre chance

De survie. Je sais, je sais, c’est compliqué et tu voudrais
Comprendre. Alors je te pousse dans le chemin le moins
Propice aux découvertes et tu te laisses prendre comme

La chienne que tu es. Homme et femme nous sommes
Et ne serons jamais. Mon cri n’effraie que la chauve-souris
Qui détale dans le ciel. Nous témoignerons des circonstances

Le moment venu. Sur le toit de bruyère et de pavots, les enfants
Étudient cette science naturelle avec un naturel étonnant
De la part d’enfants qui ne savent rien de toi, ma mie.

Mais ce sont les tiens et il faut leur expliquer que l’amour
Et le plaisir ne font qu’un sinon la femme est un homme
Et l’homme une femme, ce qui est contraire aux lois

De la nature et par conséquent du dieu qui la renouvelle
En même temps que notre destin de tragédiens tués
Par les poisons de l’existence et les coups d’épée

Dans l’eau. - Vous n’avez rien vu, il ne s’est rien passé,
Nous allons nous amuser à faire peur aux bêtes qui sont
Bêtes et aux hommes qui les conservent comme des

Photographies. Ils venaient à toi, ma mie, et tu les aimais.
Ma maison sentait la cendre de l’olivier et la sueur
De mon front. On y buvait pour ne pas oublier.

 

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