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 Article publié le 12 juillet 2015.

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Ne plus voir la ville.
Ne plus descendre dans la rue.
Ne plus se regarder dans une vitrine.
Ne plus attendre le feu vert.
Ne plus s’arrêter au bord du fleuve.
Ne plus lever le nez pour chanter avec les mouettes.
Ne plus se retourner au passage de l’étrangère.
Ne plus entrer dans un café, un cinéma, une épicerie.
Ne plus penser à voler l’objet du désir.
Ne plus descendre les poubelles.

Ici, les arbres respirent été comme hiver.
Les chemins se croisent pour tourner en rond.
Le mur suit le mur.
Les fenêtres ne sont jamais éclairées car on est couché avant la tombée de la nuit.
L’heure, c’est l’heure.
Chaque chose a sa place.
Une explosion de joie ne se distingue pas d’une crise de nerf.
Le vendredi, les draps sont frais et propres.
Pas de pénurie de papier-cul.
Qui nettoie mon peigne ?
Impossible de se servir d’une porte pour se faire mal.
Les livres se mangent si on a faim.
La bibliothécaire fait semblant de ne pas savoir.
Le couteau ne coupe pas.
Il n’y a pas de poubelles.
Mais n’est-il pas plus raisonnable de demander :
Où sont les poubelles ?

Charmes de l’enfermement.
Les oiseaux gazouillent au lieu de s’enculer.
Pas un ne vit en cage.
On ne compte pas les fourmis.
Mais quel caillou est-il permis de soulever pour découvrir la nature ?

Le monde était une rhétorique infernale.
Ici, ce sont les tropes qui s’assemblent logiquement.
Les conversations manquent d’imagination, mais n’avons-nous pas d’abord tout donné la fantaisie de la cohérence ?

Nous nous aventurions.
La constance des faits nous fascine.
Nous jouions aux dés lancés dans l’inconnu.
Le rêve a pris la place du bonheur.

Plus de couteau pour soulever l’écorce.
Plus de lumière pour chercher de l’ombre.
Plus de marge entre les êtres.
Plus de saisons entre la pluie et le beau temps.
Plus de rire pour appeler la joie.
Plus de larmes pour se mettre à l’heure.

Ici, l’étoffe des jours n’est pas un habit.
Et les pas de la nuit n’entrent pas pour veiller.
On a beau prononcer les bons mots, rien n’arrive pour les conjuguer au présent.
Nourriture des heures fractionnées en autant d’heures.
S’il pleut, l’espace se réduit à la pluie.
Et si le soleil le veut, l’ombre est tachetée de son automne.

Je ne vous parle pas de l’hiver.
Il est dur de ne pas voir plus loin que l’hiver.
Vous sortez avec un bonnet sur la tête.
Vos orteils se sentent bien dans la laine des chaussettes.
Une goutte de sueur trahit votre joie d’être seul malgré une surveillance appliquée.
D’ailleurs le jour où elle ne le sera pas, il ne se passera rien d’autre.
Ne parlons pas de l’hiver ni de ces oiseaux sortant des cages sans portes.

Au printemps, les années reviennent comme des animaux égarés par le cirque sur la route des villages inhabités.
Voici que la géographie des lieux reprend sa place dans la mémoire.
Et déjà, autour des fleurs, l’été pense revenir lui aussi.
On ne devient pas fou de cette manière, mais raisonnable non plus.
Comme le temps ne s’arrête pas, il faut bien que quelque chose s’immobilise.
Quelque chose de tangible comme la main.
Quelque chose qui promet de recommencer.

Ne plus suivre le trottoir pour ne pas se perdre.
Ne plus suivre le trottoir
pour ne pas se perdre
ou
ne plus suivre
le trottoir pour ne pas se perdre.
Et revenir comme si rien ne s’était passé.
On vous enferme pour moins que ça.

Penser à ce voleur, à cet assassin, à ce fou.
N’être plus ce qu’on a voulu être.
Sans parler de l’extase.
Des créatures improbables imaginaient les arbres.
Personne ne vous écoute plus quand vous en parlez.
Et pourtant, la rhétorique de l’enquête est sous-jacente.
Nous ne demandons rien d’impossible.
Le possible suffit à nous éclairer.
La nuit conseille cette lumière.
Répétez après moi : la nuit conseille cette lumière.
Ne demandez pas pourquoi nous ne connaissons que la nuit.
Amenez vos lampes.
Chaussez-vous.
Les nuits sont fraîches.
Faute de pouvoir soulever les pierres, écartez les herbes.
Multipliez les ombres.
Soignez le style.
Faites comme s’il était encore possible d’exister.
Vous êtes vivants.
Seuls, mais vivants.

 

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