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Exemple de votre bonheur :
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 Article publié le 12 juillet 2015.

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Extrait de la [Chanson d’Ochoa]

 

Exemple de votre bonheur : Je cueillais des olives

Dans l’espoir de séjourner assez longtemps près du bocal

Où l’eau et la cendre les rendent comestibles. Premier acte.

 

Je comptais les olives et les jours pour mesurer encore

Le temps. Des enfants criards sont apparus : Nos olives !

Nos olives ! Les olives de notre famille ! Les olives

 

De nos futurs enfants ! — Quel pouvoir exercez-vous sur les esprits

Pour qu’ils ne puissent rien contre ce désir de projection

Sur l’écran du futur ? Quel pouvoir vous est conféré ?

 

Les olives me furent arrachées une à une. Les enfants riaient

En vous regardant me secouer. Les cochons se sont approchés

De ce lieu ignoble et les femmes les ont chassés en riant.

 

Vous observiez la cendre qui coulait de ma poche,

La cendre, la chaux, un peu de sel, vous reconnaissiez

Chacun de ces atomes de votre propriété.

 

Pendu par les poignets à votre arbre de justice, j’ai attendu.

Heureusement, l’ombre était rafraîchie par l’arrosage

Automatique de vos plates-bandes.

 

Les fenêtres s’obscurcissaient. L’entrée des patios verdissait.

Des végétaux coulaient sur les murs. Les bruits de vaisselle

S’intensifiaient. Nous étions à l’écoute de la route.

 

Les olives, ce n’est rien, m’expliquiez-vous. Il y a

Des olives pour tout le monde, expliquiez-vous encore

Comme si quelqu’un pouvait ne pas comprendre

 

Ce qui se passait. Mes poignets étaient bleus.

Ne reviens pas, me dîtes-vous comme s’il s’agissait

De la meilleure sentence possible en ces temps de bonheur.

 

Olives, cendres, chaux, sel du Cabo de Gata, enfants

De vos femmes, poignets bleus jusqu’à la douleur,

Résistance et finalement : Ne reviens pas parmi nous.

 

Je reviendrai parmi d’autres, lançai-je à la foule.

— Revenir pour travailler avec nous ou ne pas revenir !

Vous courriez le risque de vous tromper d’ennemi.

 

Il est beaucoup plus facile de cueillir les fruits de vos arbres.

Un tour de poignet, pronation, supination, et voilà

Le fruit entre mes dents, voilà ma raison d’être.

 

Trop longs les olives, les viandes, les levains !

Trop longue l’attente de vos femmes ! Trop d’attente

Dans cette existence d’ouvrier ! Trop d’enfants

 

Et pas assez de plaisir. La nuit, j’étais avec les oiseaux

De malheur, sur vos toits, dans vos branches, traversant

Le ciel de vos rêves. La nuit, je visitais votre intimité.

 

Mais le matin, dégoulinant de rosée, je m’éloignais toujours

Et vous scrutiez ces chemins qu’on ne peut pas connaître tous

Aussi bien qu’on connaît le chemin de l’aller et du retour.

 

Je mangeais les racines d’asphodèle à votre place.

Je me nourrissais de ce que vous ne daignez plus cueillir.

Vous reconnaissiez ma lointaine ascendance.

 

Il y eut des jours où j’aurais voulu vous laisser seuls

Avec votre sociabilité d’animaux réduits à cette intelligence

Du bonheur. Il y eut des jours de véritable solitude.

 

Il fallait alors que je rencontre un fleuve,

Si vous ne l’aviez asséché et je rencontrais plutôt

Vos barrages, vos passés engloutis, vos cimetières déplacés.

 

Une roche menaçait votre route asphaltée et je pensais attendre

Qu’elle vous procure l’ennui d’avoir à la réduire en poussière.

J’entendais déjà vos marteaux et vos compresseurs.

 

Beau lac aux eaux tranquilles, tu recèles ma richesse passée.

Autour, les flancs sont saignés à blanc, la barre à mine

A parallélisé cette volonté de détruire pour reconstruire ailleurs.

 

Un horizon de neige termine cette vision au bas d’un ciel

Inacceptable dans ces conditions de retrouvailles.

Pères muets, vos dépouilles ont été transportées ailleurs.

 

Ailleurs où l’eau devrait couler à flot, un ailleurs de fraîcheur

Et de tranquillité, ailleurs de frondaisons et d’éclatement

De fruits sur les branches de l’arbre à bonheur, ailleurs

 

Je n’ai rien trouvé qui vous ressemble, je me suis arrêté

Sur des places géométriques, à l’ombre des orangers

Dont le fruit est amer pour en interdire la consommation

 

Libre. Terre creusée, tranchée au couteau, déplacée

Jusqu’au vertige, le voyageur y perd sa propre trace

Et il n’écrit plus rien qui vaille la peine d’être lu.

 

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