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Fragment d'ombre
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 Article publié le 30 juin 2004.

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Fragment d’ombre

Entre l’espace et le temps, brune déshabillée, seins en plastique noir, corps jeune paré des micros. À côté, un écran blanc, des rythmes intergalactiques, prêts à l’avaler. L’ombre danseuse grandit et diminue, commandée par un projecteur vidéo. Chaque mouvement dans l’ombre décompose un fragment d’ombre. L’ombre du corps est lancée en lambeaux. La fille se précipite, court vers l’écran, regarde son ombre massacrée, gémit, pleurniche. Son désespoir est faconné, interprété, reproduit, restitué, rendu en échos. Intergalactiques, à travers ce noir aménagé, les spectateurs restent le nez collé contre les jambes de l’image, léchant le mouvement. Cette interprétation du temps et de l’espace finit par des applaudissements.

Il fait jour. Le jour est la nuit vue de dos. Sur le seuil de ma porte, la photographie d’une oreille. " Où es-tu ? " Une signature trop courte. Le reste du premier cadre est un visage absent.

Note :

Au Japon, Izanagi, ayant quitté les régions infernales, voulut se purifier. Il alla se baigner dans une petite rivière. De son œil gauche surgit la déesse Amaterasu.

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M yosotis

Ne couche pas avec toi-même,
ne t’unis pas à (...),
à seule fin que je te demande
"T’es-tu quitté ? Quand cela ?"
Ne t’annonce pas à (...),
ne t’annonce pas à eux,
celui-là se cherche,
celle-là se cherche,
ils feront de ta chair leur pays...
Cours, vole, ressaisis-toi.
Ne t’énumère pas,
ne te compte pas.
À mi-nouvelle
tu auras (la) soif de dire " NON ! "
Ne sois pas l’esclave de leurs esclaves...
Tu t’aimeras, te hairas,
tu en auras assez de toi, te refléteras en toi.
Filigrane de toi-même avec toi-même dans tes bras...
Abandonne-toi au péril
et aux parents de ton pire
ne rajoute rien.

L’herbe s’allongera,
grimpera sur tes cuisses,
tu l’avaleras,
elle t’avalera.

De ce côté-ci : " OUI ! "
De ce côté-là : " NON ! "
(La fontaine du " NON ! " n’est qu’un filtre à " OUI ! ")

Ce que tu vois là
tu l’entendras ici,
comme un moindre soupir
derrière toi,
dans le témoin des miracles.
Sous la rive rompue du nom,
tu t’apprendras par coeur,
tel un peuple de saints
avant qu’ils ne montent au ciel
(Une rosée inconnue emplira
la bouche des saints,
ombre rose rôdant dans le delta du corps,
dans le delta de l’ombre,
corps de leurs corps dans le corps
de ton corps pour ton corps,
le tien du sein, ton corps aura des remords,
rose rosée, il se souviendra de toi,
il te scrutera, t’épiera, t’interrogera,
il ne t’appartient pas, il appartient à,
il s’appartient,
tu le reconnaîtras d’après la chaleur,
d’après tout le bien gelé en lui...
Corps de ton corps à son corps, ouvre-toi,
ouvre-lui !
Il tombera follement amoureux de lui-même,
il tombera follement amoureux de toi-même,
ne rajoute rien à ce pays de chair,
la douleur du geste va parler ainsi :
" De la même pierre vous vous frapperez,
il y aura de la perte,
pierre de perte de la perte
(Le choc est un jeu de blasphème),
pierre de la perte de la perte "
La prière de la perte contre la perte
pour la perte commence par " SOIS ! "
Non pas parce que tu n’existes pas,
mais puisque tu saignes et que tu n’as pas de sang...
Ne te photographie pas !
Il y aura un lac de blanc,
ne creuse pas dans le blanc,
il y aura un lac de noir,
ne creuse pas dans le noir,
il n’y aura que TOI !
Enfouis l’oreille dans ta chair,
chante ta peau,
chante ta chair,
chante tes os,
 chante la chaleur froide,
chante la froideur chaude,
chante ton sexe,
il n’y a pas d’amour,
il n’y a que le RESTE !
Il n’y a pas d’amour,
il n’y a que le reste,
pierre de la perte de la perte,
et la prière de la perte pour le reste
commence par : "SOIS ! "
Au- dessus- de- toi-en -toi- sur -toi
SOIS !
L’AMOUR DU RIEN,
L’AMOUR DE LA PERTE !
 Tous les fauves se changeront en berceuse pour toi.
chante, chante, chante,
chante ton mutisme,
chante tes bleus,
chante tes ennemis,
chante ton noir,
chante-toi, toi-même,
au -dessus -de- toi-en-toi-sur-toi...
.

Hé toi ! Toi-sans-toi, viens à toi !
Tu te promèneras dans les champs,
mi-jour, mi-nuit, mi-silence,
mi-bruit, solitudinette,
bête triste, solitudinette...
Il n’y a pas d’amour,
il n’y a que le reste...

(TOUT EST ENTROUVERT ET FUME)
...
Tu peux.
Pas plus loin...
(UN COIN VIDE RIDÉ PAR L’ÉCUME DE L’AIR,
UN VIDE À 100ºC)
Hé, toi, toi-sans-toi,
à 100 degrés n’entre pas,
tu bouilliras tes parents-enfants-fantômes fraternels,
lopin, CV, ciel, par la faute de ton nom, Rodica,
ne fais pas de leurs corps tes propres forgerons.
Dans ton dors, au verso du coucher,
mets-toi aux fers de tes veines, toi-même,
quand tu dors, au verso du coucher,
mets-toi aux fers de tes veines,
Il n’y a pas d’amour,
il n’y a que le reste...
Lève ton sang de ton sang,
ne fête pas son passé,
lève ta chair de ta chair,
ne fête pas son présent,
cours et vole dans tes vers,
sois vide et frénétique,
invisible et claire,
sois petite et frappante,
laisse tes vers devenir
ce qu’ils sont.
Tu es vide,
le vide sera plus courageux avec toi.
TU ES VIDE,
LE TENDRE DE TON VIDE SE FROTTERA CONTRE TOUS.


P.S. : En sortant de l’entrée DU, DE LA, DE L’, DES, moi, je frémis de moi-même et m’appelle MYOSOTIS !

Stutgart, le 20 mars 2002

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Mélancolie sans rendement
(besoin d’un mur mitoyen)

ELLE chargeait l’avenir avec les lèvres. Ainsi (...). Avec les lèvres. Ainsi (...). Tel un moulin à vent. Elle renouvelait l’avenir. La partie supérieure recouverte de la partie inférieure, vite, tel un moulin à vent, à ce que la bouche réchauffe la seconde et refroidisse la minute. Des plaintes sous des rires dans des plaintes, en train de rire ou de pleurer. Non-stop. Apportant la minute au ventre de la seconde, jusqu’à l’explosion finale. Un mécanisme divisé, tel un premier accouchement. Vite. Sans crier. Négligeant le cri, la plainte, le halètement. Vite. À la place du fœtus, le sang vidé, manqué de contenu et d’importance, le sang trop simple, vite, le sang de qui ? Mais qui puisse naître ou mourir, s’il n’y a personne de ce côté-ci, ni de ce côté-là ? Vite. À la place du fœtus ou du mort, la substance marron, rouge-marron, tel un gâteau aux myrtilles, au chocolat et à la crème Chantilly. Vite. Ses dents coupaient des mots trop longs, comme un appareil électrique ou comme un système à mâcher ce qu’on lui donne à mâcher : objets, phénomènes oubliés, délicats, duveteux, moelleux, histoires, poèmes en action.

À l’aube j’entendais ses slogans pessimistes. Au coucher du soleil, les mêmes slogans devenus optimistes : " Le présent est olfactif, l’avenir du futur existe, mais on ne connaît pas sa raison. Le passé n’est que l’horloge en retard de dire l’heure exacte. Tout regard fixe du tic-tac cherche un endroit meilleur pour ses aiguilles mortes ".

Elle flairait chaque objet, chaque trépidation d’objet, fermait et ouvrait les yeux , pêchait des riens dynamiques, vents légers, couleurs criardes, sons forts, échappés de leur propre sens ou de leur propre source. Elle mettait la main dans la bouche, mordait son identité, en la relâchant, afin qu’elle tombe tâchée de sang sur la feuille enceinte. La main tombait, comme une grosse pierre. Boum ! Et le sang s’écoulait , écrivant des histoires rouges.

J’ai toujours associés ses petits yeux d’automne au jaune d’œuf. Une écrivaine aux yeux-jaune-d’œuf c’est moi torturée par la langue ou par la lampe. Oui et non. Qui ? Son écriture rouge.

Elle m’expliquait des bizarreries, sur la vue et l’odorat des sons, sur l’ouïe des couleurs, insistant sur (...) et justifiant les (...) champs du cœur dont les racines étranglaient la conscience d’un homme heureux. Tirets et groupes de tirets, tirets et groupes de tirets, elle parlait des tirets et des groupes de tirets qui séparent les couples de mots, surgissant quand il n’y a plus rien à dire, comme les amants pervers ou bien comme les insectes d’un sens malade.

Chaque jour. Chaque jour. Elle parlait à tort et à travers, s’absentait de soi-même. Sa folie égalisait mon manque de courage. Elle était LUI. Lui, il était le fou de celui qui n’existait pas, mais qui faisait tout le temps entendre ses cris : " Moi, à cause de toi et de vous ! "

J’ai eu et j’ai encore de bonnes intentions, comme celles d’écrire un poème pur, pour vous, vite, vite, pur et pour, purement et simplement pour vous, mais chaque poème commence pour lui et devient elle. Ca détruit le lecteur, l’auditeur, l’intermédiaire.

J’ai associé ses yeux verts, automnales, au jaune d’œuf. Une écrivaine aux yeux jaune d’œuf c’est quoi ? La métaphore en chair et en os ?

Contrainte et forcée, avouerait-elle son sort ? J’écris des mots sur elle-à-lui. Il pipe les mots. Il triche les mots, il fausse les mots.

J’ai eu et j’ai encore de bonnes intentions, comme celles d’écrire un poème pur, pour vous, vite, vite, vite, purement et simplement pur et pour vous, mais chaque poème commence pour lui et ca détruit le lecteur, l’auditeur, l’intermédiaire.

 ?

 J’avais entendu toutes ces aberrations, telles la prise de conscience noire, la feinte du bonheur, le purgatoire de la mélancolie. Vite. Chaque jour.

J’écris des mots à travers lui, pour elle. ELLE pipe mes mots, elle triche, elle fausse, elle ment. Contrainte et forcée, elle regrette d’être un poème nu face à son maître ou à sa maîtresse.

Pourriez-vous dire que ce que vous aimez chez moi n’a pas été longuement torturé par ce bourreau d’identité ?

Post scriptum :

1. Je dédie le reste du (...) que je n’attends plus, à tous ceux qui ne comprennent rien de ce communiqué de (...).

2. Ensuite, je ( ... ). Gardez le secret. Merci.
 
Stuttgart, le 30 janvier 2003

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comme le poète de la poétesse

mon écrit ne rit pas
mon écrit ne pleure pas
il me casse la gueule
me casse les oreilles
ferme mes yeux
lèche mon bonheur
crache ses sentiments sûrs
sur mes sentiments sûrs
à quoi bon mentir ?
mon écrit ne se vend pas
il me vend
 à quoi
bon faire semblant de pleur
nicher ?
vous dire des mots sucrés sûrs
sur la mort de quelqu’un de sûr
si tous mes "quelqu’un"
vivants beaux féminins viriles sont
m’appelle pas michel
sylvia andré guy
valérie marie julie
ni jean-michel
quand je m’appelle j’appelle ma mère
je nomme le nom de ma mère et ma
mère s’appelle magiquement annepetiteétoile
cela signifie que je vous vois
même quand vous ne vous voyez pas !

vos noms mettez-les dans ma paume
bougez leurs lettres comme les seaux des fontaines
combien de petits diables nageurs y a-t-il ?
combien de petits anges morts y a-t-il ?
combien ? combien ?

tire au clair vos anges perdus
afin que vous les trouviez


à quoi bon parler des pivoines tulipes
beaux oignons carottes noms de fleurs-légumes
faisant concurrence à vos brumes
à quoi bon écrire malbien ?
il faut dire autre chose autrement sans
dessiner la franchise au courant de la plume

n’ai ni le plaisir ni le temps de bailler
et de fermer la bouche après
ma bouche après tout n’est pas
 métal bon conducteur d’électricité
elle n’est pas maître de vos idées
elle est la pomme de pin de visage
et basta ! ma montre
de gousset montre ma peur

cher lecteur
cher auditeur
cher éditeur
bavard amant charmant que je n’ai pas
suis le triste chevalier d’été
triste chevalier d’hiver
triste chevalier d’automne
triste chevalier de printemps
picore pas les dentelles de vos manches
ni la mémoire des morts coulants
je suis l’étoile filante
j’ai la curiosité de rendre malheureux
et de donner vos sentiments à nettoyer
si je dis sentiments ou miroirs comme tous
les aiguiseurs de sentiments et de miroirs
ma conscience se rue sur moi et crie
" t’es une comme toutes les ovairiennes
tu chasses amants cultivés "
non je ne dis jamais miroir comme miroir
ni sentiment comme sentiment
suis brave méchante
sais pas bailler poétiquement
(fermer et ouvrir la bouche en 4000 exemplaires + CD+vidéo)
ni embrasser d’un coup d’oeil désastres désastreux et autres
suis brave méchante
à ce que je fasse disponible la bouche
à ce que je fasse disparaître la bouche
et que je parle entièrement
la ligne de perte
kabakubi kabakuba
 kabakubi kabakuba
tout recommence
en (de) travers
obliquement
en (de) biais couteau hé
moi tiré à quatre épingles moi
 mon couteau mets-toi en travers

Stuttgart, le 26 mars 2003

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