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Le château
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 Article publié le 31 octobre 2009.

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Extrait de «  Le pamphlet mystique  »

La machine qui vendange planquée sous son toit, mourant. Le toit du hangar mourant. La terre battue sous le toit, bosses et creux, le puits. Vestiges d’une villa gallo-romaine au milieu du champ qui borde la cour. L’histoire  : «  On a fait venir le sourcier et ses baguettes ont deviné le tracé exact des murs de la villa mais tu comprends qu’on n’a pas entrepris de véritables fouilles archéologiques parce que des villas comme celle-ci il y en a beaucoup dans le coin y a qu’à voir le camp de César.  » Effectivement. Tout crève les vieux sa vieille, les gens habitués, les cordons emmêlés qui tirent leurs morts jusqu’ici. La cour elle l’a vu crever dans les bras de sa fille d’une crise cardiaque. Dieu sait qu’ils ont pleuré. Dans son cadavre il avait l’air froid tassé entre ses 4 bords et les gens habitués dans la partie 17ème du château. Au-dessus les chambres d’hôtes. Mon premier mort. Heureusement, mes gens habitués étouffent leur vie avec leurs morts. J’ÉTAIS DONC MORT. ( Les moyens se superposent parfois jusqu’à troubler l’absence d’être. )

Les chambres elles servent surtout quand l’été vient avec les autres, les mêmes. Qui partagent pendant deux semaines au mois d’août la mort des gens habitués. Le petit-déjeuner est offert monté par la dame qui travaille. Du grenier on peut mater la baignoire de la salle de bain, Paris-Match et Point de vue. Les planchers troués la crainte rare de passer au travers, d’autres planches placées en travers du vieux parquet pour marcher dessus, l’idée du solitaire. [ Fonctionnel ] pour se branler  ! Le vitrail étonne encore parce qu’il donne la lumière. Je n’ai pas regardé les motifs, sans doute des fleurs. J’étais donc mort. Face au mort. Deux cadavres qui s’aiment et il faut ça pour rejoindre l’autre. Mes gens habitués crèvent d’empathie. Le pallier des chambres d’hôte accueille l’espace en bois ciré et la balustrade prévient l’accident. Petit j’étais dessous. La sœur du mort portait en procession son deuil entretenu jusqu’à l’autel. Un deuil qui résistait depuis longtemps à la mort révélée donne de l’estime et naissent les jalousies. Le prêtre catholique suspect de complicité ajoute sa fin sans prévenir.

Il partait dans sa Talbot rouge l’odeur d’un bidon d’essence de 5L et d’huile 4 temps. On quittait ciel et terre pour les ruines d’une cité ancienne. J’aimais la confusion le paysage côtier le moulin. La ravissante guide. J’étais amoureux. Loin d’une habitude que déjà je décelais. Sous les chambres d’hôte le corps réfrigéré prêt à la découpe. Le traiteur est venu il a installé le corps dans sa cantine la tête à l’Est les gens habitués au Nord et au Sud, ils fixaient la viande et déjà ils se partageaient les morceaux bien sûr tout le monde voulait la cuisse. C’était l’hiver. Premier souvenir dans la salle de jeu ( ma chambre ) celle qui se trouve pile entre la salle à manger et la chambre des parents, à genou elle était grande comme moi jaune j’aimais être à sa hauteur. Pourtant c’était le printemps, mon anniversaire. Naissance l’année de la mort de Silesius qui lui-même naît l’année de la mort de Jakob Böhme. Le privilège d’apprendre à crever quand on naît, au destin familial. Le mort dans sa cantine pâlit ( de honte )  : des générations exercées par ses aïeux et lui-même missel à la main, tel le missionnaire en terres hostiles tel un coach de football d’un mauvais bourg chrétien. Tentative avortée du frère du vieux qui échoue en quittant Sigmaringen. La littérature n’a pas sauvé. Ni les gracquises de Christophe.

La mère du mort succomba le jour de son mariage son purgatoire, le château en attendant la survie. Elle s’enlaidit en grandissant, prenant la taille de son fléau dévorant d’autres gens habitués plus faibles autour. S’éloignait d’une naïveté bretonne. Elle grossit la conne. Invitation à la crêperie du port du mauvais bourg mes gens attablés mangeaient une complète œuf-jambon-fromage. La fille prenait toujours sa scandinave à cause des crevettes, elle savait tenir tête aux coutumes. Christophe, névrosé absent, mangeait sa complète. La vieille tante, à table, qu’on dit qu’elle est insupportable pour pas dire qu’elle est folle jusqu’en bas. Pas une portion de raison. Elle supporte. Ces regards de gens au mépris habitué pour s’enfoncer sous la terre là où celles et ceux qui l’écoutaient chrétiennement taisent qu’elle existe. Les paroles prononcées sont des lames de boucher qui lacèrent à vif sa crainte et les parleurs des merdeux qu’il faut accroupir les paupières entamées au sécateur devant la grande boucle. Elle crie comme la truie qu’on égorge mais on n’entend que les soupirs. Pause.

Au séminaire j’ai goûté la verge supérieure, christique, mi divine mi humaine l’orgasme cosmique. Saturne à portée de main la giclée traversa la rue des frères pour se loger dans la pinte d’un allemand occupé au comptoir d’une winstub. La gorge profonde du bavarois sa déglutition allemande déclencha le second tir. Atterrissage sur les seins léchés d’une ravissante étudiante. Christophe éjaculateur féru de mystique rhénane hésitait  ; face au vieux, mort. Mélange de plainte et merci. Constamment tourmenté il interroge le corps pulsionnel, «  je veux être moi et mon corps ( les organes et le manque et la volonté et le rire sous la peau ) simultanément  ». Il lui faut saisir avant d’exister, c’est urgent, l’oubli de l’animalité en lui, identifier la nature, l’animal rationnel est mort. La nécessité d’inventer l’après du religieux mort, l’après de l’animal lumineux, une eschatologie vulgaire touchant la chair originelle sous le corps. Son mutisme artificiel le coince entre 4 bords solitaires il pense vieillir et grisonne. Il psychanalyse. L’acte d’adoration.

Devant Tarkovski il frétille et Ezra Pound qu’il n’a pas lu. Il traînait dans sa bibliothèque accueillant le génialissime Dictionnaire de Théologie Catholique un trésor jalousement conservé. Non découpé vierge par idolâtrie. Dans son cercueil en bois noir il avait l’air triste. Mais rigole  ! il n’a pas su. Sur les premiers bancs évidemment les gens étaient assis. Ils pleuraient comme des tombes. Au cimetière j’ai pleuré je me vidais si j’avais pu vomir. Le caveau dégueulasse sentait la bourgeoisie. Autour, les imprudents, je leur aurais marché sur la gueule. Et puis on a tourné dans le cimetière autour des tombes on est rentré dans sa voiture. Devant l’autel, on se tenait en rang d’oignons dans l’allée centrale pour éloigner le diable.

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