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Le sexe holographique
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 Article publié le 5 février 2017.

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  Les spectacles précédents ont été fort rentables. Enfin l’économie de ma modeste entreprise se voit aujourd’hui à flot. Cela va nous permettre d’entreprendre notre prochain voyage avec une sérénité presque oubliée dans les limbes d’un temps que ma monture et moi savons outrepasser. Il est vrai que des moments furent parfois plus que difficiles ; surtout quand nous avons parcouru les systèmes du cinquième univers où les autorités montèrent une répulsion viscérale au spectacle que ma petite troupe propose. Et pourtant jamais spectateurs ne s’est plain, autant ceux qui s’en sont sorti vivants (pour peu de temps certes) que ceux qui ont disparus en quelque heures. Notre livre de réclamation est resté vierge depuis le grand départ, celui de notre première représentation.

 Mon nom est August Santiago Wittwer. Autrefois, il y a quelques millions d’années lumière dans le sillage de mon chemin personnel, ma noble profession m’avait mis au service du Diable ou de Dieu. Ils m’appelaient leur magicien. Selon les circonstances ces deux loustics associés, indécrottables emmerdeurs des penseurs de tous les univers, m’attribuaient des missions diverses. Devenu homme de spectacle et l’unique artiste du SEXE HOLOGRAPHIQUE, c’est sur le dos de ma monture que mes futurs spectateurs me voient maintenant déambuler en arrivant dans leur lieu de vie. Quelques soient les conditions météorologiques.

 Mon mastodonte scarabée doré, tracte deux remorques. La première est une antique roulotte, un appartement privé où seules mes conquêtes féminines ont droit d’entrée, en ma présence bien sûr. Dans la deuxième, beaucoup plus imposante, sont rangés tous les matériaux nécessaires au montage du sol et du labyrinthe de miroirs. Pourquoi mon scarabée doré se nomme-t-il Popaul ? Une idée farfelue, comme bien d’autres qui passent souvent en l’esprit surchauffé de ma tête toujours remarquablement froide.

  Belle bête que ce Popaul-là ! Nous nous plument dés notre première rencontre. Scientifiquement il a été nommé scarabaeoidea aurata ou encore le cetonia aurata. Ma toute douce bestiole atteinte d’un gigantisme dut à une probable exposition de radiations atomiques, (laquelle et de quelle guerre, il n’est impossible de le préciser), est devenue mon unique employée. Il est probable que l’un de ses alleux fut un redoutable scarabépanzer de Germanie car elle n’a point de pattes arrière comme le plus part de ses congénères, mais des chenilles métalliques indépendantes et autobloquantes. Des bandes de fort caoutchouc aident au respect des sentiers et routes empruntés.

 Popaul n’a qu’un défaut, mais si profondément inscrit dans ses gênes qu’il me coute de contrôler l’animal quand celui-ci se manifeste. Monsieur ne peut résister à la vue d’une crotte de mammouth ! Déployant ses antennes frémissantes, il se précipite sur la délicieuse déjection afin de la mettre en boule et de la rouler de ses puissantes pattes avant. Pour satisfaire au bien compréhensible caprice de ma monture, il m’a fallu inventer un système d’attache largable en une fraction de seconde. Sinon roulote et matériel de montage pourraient légèrement souffrir de l’aventure. Quant à moi, bon cavalier assis confortablement sur une selle fixée à la super glue au sommet de la carapace, à part une odeur parfois désagréable, le spectacle des grosses sphères me fascine.

 Mon descendant de scarabépanzer germain ne roule en fait ses boules que pour jouer. Ses vrais repas le rassasient largement : les disparus de mes spectacles suffisent en effet à son appétit somme toute fort modeste par rapport à sa taille imposante. Combien seront-ils bientôt ? Impossible à préciser, mais jamais ils n’ont manqué. Où que nous allions, les trois mots de notre entreprise attirent moult personnes.

 LE SEXE HOLOGRAPHIQUE. Kézako ?

 -Bon, v’la aut’chose ! Qu’est-ce que c’est encore ce nouveau truc ? Yen a qui n’savent plus quoi inventer !

  Pour les ignares (la grande majorité), holographie » vient du grec« holos » (« en entier ») et « graphein » (« écrire »). Holographie signifie donc « tout représenter ». De nos jours merveilleux, c’est aussi une technique qui permet à de multiples lasers de reproduire une image en trois dimensions afin que différentes machines puissent usiner l’objet initial dans n’importe quelle matière. Mais il y a d’autres significations de ce mot.

 Regardez autour de vous, touchez les objets qui vous entourent. Et posez-vous avec insistance une toute simple question : Quelle est la vraie nature de notre univers ? Serait-il possible de le percevoir d’une autre forme ? Peut-on sortir du tout expliqué jusqu’aujourd’hui par un enseignement obtus, aveugle et sans la moindre parcelle d’imagination créative ? Un enseignement indiquant que l’univers n’est rien d’autre que ce l’on peut voir et ce que les calculs de grands savants, mathématiciens et astronomes, nous en disent. Et pourtant !... Certains d’entre eux entrevoient par le petit bout de la lorgnette une nouvelle façon d’aborder le chemin de la connaissance. Les mathématiques quantiques sont leurs prédilections.

 Comme meilleur exemple : avant qu’il soit prouvé que la minuscule Terre d’un lointain univers était une sphère,…elle était donc plate ! Ce qui avant-hier fut un acquit pour la science a été désapprouvé hier. Ce qui hier était une certitude aujourd’hui se révèle un tissu de bêtises. Pourquoi donc demain ne viendrait-il pas prouver la perpétuelle ignorance humaine ? Pour certains, l’univers est une matrice holographique intelligente. Une réalité non palpable qui nous éloignerait de notre potentiel. Celui d’être réellement à l’image de Dieu. Pénétrer cette réalité ferait de l’homme un petit morceau d’univers à deux pattes. Il n’est encore qu’un triste et minable petit morceau de société à deux pattes. Ma conception des choses, pardon mon savoir des choses (ceci est fort différant), me pousse à reconnaitre la matrice holographique intelligente. Surtout intelligente de ne pas connaître les mots bien et mal, surtout intelligente de refuser le terme d’imperfection.

 L’univers est parfait. Si dans un coin reculé de la savane une gazelle naît avec seulement trois pattes, elle constituera un met de choix pour le lion qui passe.

 L’univers est parfait. Il ne posera jamais de questions philosophiques en une perpétuelle masturbation de l’esprit.

 Mais ne nous éloignons pas trop de mon gagne pain d’aujourd’hui…

 À la lecture de mon identité commerciale ambulante, les esprits lubriques entrent dans des suppositions….vertigineuses. Les braguettes qui le peuvent encore se gonflent et que de petites culottes qui s’humidifient soudain. Pour bien des individus ayant dépassés l’âge des cabrioles sexuelles, cerveaux et cervelet entrent en ébullition malgré tout. Et, langue pendante mains tremblantes, ils se repaissent d’images, celles que les hommes d’église qualifient d’infâmes. Celles qui sont interdites, y compris à la pensée. Pour tous ces « trop vieux », le spectacle des autres, bien évidement payant, sera une unique possibilité de satisfaction.

  Et oui, rien jamais n’a changé, ici comme ailleurs la religion a tissé ses liens, posé ses baillons, hautement construit les murs de ses innombrables prisons. Ici comme ailleurs les ensoutanés interdisent absolument tout. Et pour contrôler ce que pourront ou non voir leurs ouailles, ils passent toujours avant quiconque pour réserver l’intégralité des places du premier spectacle.

 Les dignitaires religieux eux aussi, s’étant pourtant proclamés auto castrés, veulent pénétrer une réalité plus palpable, une matrice plus en chair, avec ardeur et joie…Ils n’ont pas encore la notion de l’holographie, mais pour tout concept du sexe, ils n’en réfèrent qu’à ce qu’ils définissent eux même comme de la bassesse, un péché dont ils ont honte. Alors que cela peut être si beau !

 Notre visite belle et inespérée va donner à ce vilain monde d’hypocrites une joie dont il se souviendra longtemps…très longtemps…foi d’August Santiago Wittwer !

 Le montage de l’ensemble labyrinthe et des gradins qui surplombent ses flancs ne dure qu’un jour. La bonne douzaine d’ouvriers, tous des costauds biens payés, des gars ayant un minimum de connaissance de la mécanique (en fait d’assemblage pré marqués de codes relativement simples) aura droit à la gratuité lors d’une représentation.. Au choix en temps que spectateurs ou encore s’ils le désirent comme participants actifs. Etant tous dans un âge de grande potentialité et dotés de robuste constitution, à de rares exceptions ils choisissent la deuxième alternative. Ils constituent souvent le plat favori de Popaul qui s’en délecte. Comme il m’arrive d’être malin et que leur paye est versée à la clôture du spectacle auquel ils participent…pas de petites économies dans le budget de mon entreprise…

 Une fois satisfaits religieux et autres politiciens, les simples quidams de tous sexes peuvent entrer dans le labyrinthe.

 Trois conditions pour se faire. Avoir payé l’entrée, pas de chèque, pas de carte de crédit, l’anonymat est ainsi plus complet. Se dénuder et passer une cagoule munie de deux orifices pour que les yeux cherchent. Cherchent et trouvent. Certains de rester inconnus plus tard, les hommes comme les femmes font alors ce qui leur plait. Sans d’autres retenues que celle des coups ou autres violences strictement interdites. L’acceptation est de règle. Le plafond transparent permet aux spectateurs, quant à eux anonymes ou non, d’assister aux ébats. Il arrive parfois qu’une frénésie inattendue s’empare des gradins, qu’une énergie oubliée se renouvelle et qu’en un parfait mimétisme tous se mettent à imiter le spectacle de mon bel assemblage de miroirs. Et pour ces messieurs, si la pleine vigueur sexuelle n’est plus tout à fait celle d’antan…ils trouvent vite d’autres solutions pour satisfaire ces dames.

 Diantre ! Mais où est donc l’hologramme dans ces coïts à grande échelle ? Cette partouze géante serait-elle une porte d’accès à la connaissance universelle ? Que nenni mais ces cons d’humains légèrement conditionnés par un discourt préparatoire sont capables de gober, en restant poli, n’importe quelle bêtise. Il y eu sur cette fameuse Terre dont nous avons déjà parlé des gourous qui, consultés sur le thème, avaient affirmé qu’avec le sexe le nirvana pouvait être accessible. Et tous donc de forniquer en d’immenses orgies. Se prenant pour des privilégiés, ils sont retombés dans la dure réalité peu après. Aucun n’a rencontré Dieu mais le Diable en aurait rit à chaude larmes.

 Ces deux larrons aiment bien les sectes. Ils puisent leur vitalité dans les louanges accompagnées de tabassages. Car sous prétexte d’un « Qui aime bien châtie bien » faisant pratiquement loi, l’accès à la connaissance universelle est assuré…Ben voyons !

  Tabous relayés aux fonds des oubliettes, dans mon labyrinthe on baise, on nique, on fait l’amour ou le n’golo golo selon la latitude, on s’accouple en de multiples positions, pénétrant de multiples orifices. Et nous l’avons déjà vu, à l’extérieur aussi ! Quelque soit le sexe qui fait face, s’il est consentant, la partie continue. Certains osent prétendre que ce spectacle insensé est d’utilité publique et que la sécurité sociale devrait le rembourser. Mon opinion y serait d’ailleurs favorable. Mais l’hypocrisie politicienne a toujours mis son véto au projet. Quant à mes intentions qui furent un jour de changer la nature des hommes, elles ont précédé les tabous en leurs lieux de villégiature. Que la race humaine reste donc conne ad vitam aeternam !

 Mais encore une fois…où est donc l’hologramme du sexe ?

 Si ma profession était d’enseigner ma réponse serait très vaguement celle-ci. « Dans l’univers, absolument tout est parfait, il n’y a pas de bien pas de mal…

 -August Santiago Wittwer tu te répètes !

 ….cela signifie donc que tout est interactif. Ce fameux vol de papillon que tout le monde connait maintenant a pourtant bien fait rire en ses premiers battements d’ailes !

 Tout est hologramme. A tel point qu’un minuscule incident dans les entrailles du corps humain provoque une réaction cutanée, à tel point qu’un froncement de sourcils chez feu monsieur Nikita Khrouchtchev provoquait la panique de millions d’Américains. A tel point et vous allez le voir qu’une partie orgiastique de jambes en l’air aura des conséquences vraiment inespérées sur toute une population.

 Si tout est hologramme, alors pourquoi pas le sexe ?

 Pour mieux vous précisez les conséquences fâcheuses qui vont s’abattre autour de mon lieu de spectacle la vérité enfin va sortir.

 August Santiago Wittwer, votre serviteur, lassé de montrer les chemins d’un bonheur certain, a lui aussi replongé dans les méandres philosophiques et a repris, en tant que travailleur indépendant, la quête d’une idée de justice. Un concept paraissant digne, valable seulement pour ces animaux à deux pattes, orgueilleux sans commune mesure, ayant l’outrecuidance de se prétendre les seuls dans l’univers et les plus intelligents des êtres connus. Une idée donc qui veut l’élimination du mal.

 C’est ca qu’ils veulent ? Ils vont être servis !

 Peut importe que la grande baise ait laissé de bons souvenir et quelques remords pour certains. Peu importe les sentiments cachés de culpabilité, la honte intérieur face au péché personne ne souffrira très longtemps.

 Popaul et son cavalier tractant leurs deux remorques, voyagent sur les chemins de l’espace des univers. Le temps tel qu’une montre peut le donner n’existe pas pour ces deux là. Ils portent et en sont immunisé, le vertigineux virus PB 3. Celui que des petits plaisantins avaient nommé « Peste Bubonique au cube »[*]. Période d’incubation très courte, le temps d’un démontage de labyrinthe par exemple. Ensuite la fièvre monte, monte inéluctablement. Le sang bout alors que l’individu est parti rejoindre ses ancêtres un jour auparavant.

 

  Si vous voyez demain un scarabépanzer…méfiez-vous !


* Lire ET LE SANG VA BOULLIR sur le fabuleux site Douce plume acariâtre.

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