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Revue en ligne
samedi 16 décembre 2017
Revue d'art et de littérature, musique
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait

Entretien
avec LUCIANO MELIS
« L’arbre ne parle qu’aux êtres qui ont le même pas que lui ! » André VERDET.

Luciano MELIS est éditeur à Nice. Éditeur d’André VERDET et de Jean ORIZET, sa passion de la littérature et de l’esprit est une fête. Beau catalogue empreint d’élégance et de netteté : Béatrice BONHOMME, Daniel GÉLIN, Françoise ARMENGAUD, Pierre DELANOË, Victor VARJAC,... Paul CARTA, Jacques MONDOLONI,... Sandrine ROTIL-TIEFENBACH, Laetitia MARCUCCI,... D’abord les poètes avec leur temps, et les romanciers de l’instant, les essayistes aussi, tel Ratimir PAVLOVIC qui reconstruit la connaissance au fil du dialogue. Luciano MELIS trace le chemin dans la broussaille des "parutions". Le moment est d’ailleurs bien choisi... À suivre.

Patrick CINTAS - Notre littérature n’est plus depuis longtemps une littérature de Cour. Peut-on dire qu’elle s’éparpille ?

Luciano MELIS - Notre littérature n’est plus destinée à une élite mais bien à toutes les catégories sociales. Elle ne s’éparpille pas pour autant, elle a maintenant plusieurs visages, plusieurs destinées dans un même corps.

PC - Quelle influence un éditeur peut-il exercer sur la littérature de son temps ?

LM - L’éditeur est celui qui reçoit, sélectionne, imprime et permet ensuite la diffusion de ses choix. Chaque découverte prend des allures de confrontations. Il doit alors faire preuve d’une grande sensibilité qui l’élève au dessus des modes et des courants. L’éditeur a un rôle de voyant. N’oublions pas qu’il est situé à la proue des parutions. C’est donc à lui que revient le choix. Acte terrible et merveilleux. Pour moi, l’éditeur peut permettre à des talents de marquer la littérature contemporaine, c’est à dire qu’il peut, en effet, marquer son temps de ses parutions.

PC - Certains prétendent que la République « se tue » à produire de gentils employés au lieu de susciter l’art, les sciences et même la Révolution. Y a-t-il une responsabilité de l’éditeur ? 

LM - Je crois que certains éditeurs ont une part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui. La littérature en général devrait susciter l’art et non l’endormir. Certaines révolutions sont constructives et permettent à l’homme de se renouveler et parfois, de se révéler.

PC - Comment devient-on éditeur ? Et pourquoi ? Peut-on répondre à ces deux questions sans se contredire ? 

LM - Je ne crois pas qu’on puisse « devenir » éditeur. Je pense qu’au départ on « est » éditeur, souvent sans le savoir. Ce sont les circonstances de la vie qui permettent la découverte de que l’on peut appeler « une vocation ».


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L’attrapeur de rêves
Jean ORIZET Extrait de L’attrapeur de rêves - Melis éditions.
Sans bruit le poème, mon poème, invente jour après jour l’alliage à décourager les golems et leurs fiers cadets les robots.

« Comment as-tu pu croire un seul instant dit Ash, que je voyais en toi un simple sujet d’expériences ! Tu es mon double, ne l’oublie pas ou, si tu préfères, je suis le tien. Nos présences au monde sont liées. Ni l’amour que j’ai pour Luciane ni l’idée de te voir en devenir amoureux ne pourront m’éloigner de toi. Ne sommes-nous pas convenus de tenter l’aventure de la triade ? Je comprends tes réticences face à cette situation peu commune, mais la partie, malgré ses risques, vaut d’être jouée.

— Tu as raison, mais que tout est difficile ! Si la dyade est d’une relative simplicité, la triade, elle, fait problème. Est-il humainement possible d’envisager une communauté dans laquelle trois consciences seraient translucides entre elles de façon simultanée, chacune se tournant vers les autres avec amour afin de recevoir de ces autres une égale attention ?

— Oui, je pense qu’une telle expérience vaut la peine d’autant que notre triade est en fait une dyade particulière : toi et moi, si proches par ce que la nature a fait de nous, complétés d’un « pour elle », c’est-à-dire Luciane.

— Mais le tiers se retourne-t-il vers les deux autres avec la même finesse de perception distincte et sans perdre le contact ?

— Cela, nous ne le savons pas encore. Le moi aimant ne peut traduire sa volonté d’action que par des intermédiaires ; il est séparé du toi par la nature. Pour vaincre cette opacité, il lui faut créer une oeuvre, d’abord pour exprimer son amour et le rendre perceptible à l’être aimé, ensuite pour enrichir l’aimé en lui donnant les moyens de son propre développement. Dans les deux cas, au lieu d’agir sur une autre conscience, le moi aimant — note la curieuse ambivalence du mot « aimant » — opère sur les forces naturelles, et par elles. Bref, nous devrons nous faire artisans. »


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Entretien avec André FRÉNAUD
Ratimir PAVLOVIC
La pensée créative et scientifique contemporaine - Melis éditions.
Pour la réalisation de notre entretien Frénaud m’avait fixé rendez-vous chez lui, à 12h30, au 52 rue de Bourgogne à Paris. Un embouteillage m’a empêché non seulement de venir à l’heure convenue, mais encore de le prévenir de ce retard. Ce n’est que vers 15 h 30 que j’ai pu lui téléphoner pour lui présenter mes excuses et lui demander un autre rendez-vous. Sans aucune ombre dans la voix, Frénaud m’a répondu : « Cher ami, comment pourriez-vous être en retard puisque je vous attends chez moi ! Vous n’êtes plus loin d’ici, venez tout de suite. » Cette étincelle de bon sens faisait partie d’une grande flamme de générosité qui caractérisait sa philosophie de la vie ; elle éclaire cet entretien qui est un vrai testament spirituel : Frénaud, hélas, nous a quittés.

Ratimir PAVLOVIC — L’acte créatif de la poésie et son triomphe sur le temps qui passe sont éternels. Dans ces conditions, peut-on parler de progrès de la vision poétique à travers l’Histoire ?

André FRÉNAUD — Je pense que non. Il y a surtout une grande permanence de l’homme dans ses contradictions, dans ses rêves et dans l’effort qu’il fait pour surmonter ces contradictions. L’ « homo métaphysicus » que le poète prend en compte, et dont il est le représentant, est éternel. Alors cette éternité de la poésie, cette communauté de poètes perpétuée, nous apprend qu’il y a une évolution et non pas un pro-grès. Votre question philosophique le suggère aussi, et je me souviens d’ailleurs de votre amicale petite altercation avec Pierre Seghers à ce propos.

Si l’on examine par exemple la poésie française au XVI° siècle, on constate sa prodigieuse richesse, alors qu’au XVII° siècle, de Racine à Chénier, la poésie s’arrête : il n’y a que de mauvais poètes. À partir de Marcelline Desbordes-Valmore on constate un renouvellement incessant de la poésie.

André FRÉNAUD dit par Alain CUNY - Musique de Jack YANTCHENKOFF
Delta Vision - deltavision.fr/


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Prolégomènes à une théorie générale de l’agonistique narrative
François GUIYOBA
École Normale Supérieure de Yaoundé
N’est-ce pas aussi vaincre l’horloger sur son propre terrain que de reproduire exactement ou mieux les mouvements des aiguilles de l’horloge sans en connaître le mécanisme profond ?

On partira de l’hypothèse que toutes les instances narratives sont susceptibles d’être le siège d’une agonie visant à vaincre les résistances au message, cette agonie pouvant donc se décliner dans les paradigmes antinomiques tels que narrateur/personnage, fiction/Réalité, auteur/lecteur, norme/écart, et histoire/discours. On étudiera, dans cette perspective, Cœur des ténèbres, Voyage au Congo et Voyage sans cartes[1] de Joseph Conrad, André Gide et Graham Greene, respectivement. Il s’agira de voir comment ces auteurs manipulent les pôles agoniques ci-dessus aux fins de créer l’illusion réaliste et, au-delà, de susciter l’adhésion du lecteur à l’idéologie d’une vision méliorative de l’altérité. D’où il pourra se dégager quelques prémices/prémisses d’une agonistique narrative générale.

Appréhendé au travers des perspectives saussurienne, jakobsonienne et narratologique, pour ne citer qu’elles, le texte narratif montre des indices d’agonicité à pratiquement tous ses niveaux d’analyse. L’algorithme Sa/Sé, le schéma de la communication et les divers modèles narratologiques sont des épitomés de cette agonicité. La chose oppose une résistance obstinée au symbole du fait de l’arbitraire du signe, les « bruits » de divers ordres viennent menacer la communication d’entropie, tandis que le récit se déploie en un entrelacs de séquences essentiellement antithétiques.


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Léon Bloy, les leçons d’un entrepreneur de démolitions
Benoît PIVERT

Léon Bloy (1846-1917) s’est-il attiré, par l’effet de quelque secrète justice, l’ingratitude de la postérité en se décernant lui-même le titre de « mendiant ingrat » ? Toujours est-il que l’écrivain fait partie de ces quelques maudits qui, dans ma jeunesse, ne trouvaient place dans aucun manuel scolaire et qui, aujourd’hui encore, en sont toujours exclus comme si aucun espace, ne fût-ce qu’une simple mention ne leur revenait dans l’histoire de la littérature française. Quels ignobles péchés faut-il donc avoir commis pour se voir fermer ainsi les portes des recueils de morceaux choisis ? Pour une école qui se veut laïque, peut-être Léon Bloy n’est-il qu’un assommant cagot, à moins que l’école de la République ne lui pardonne guère de n’avoir porté aux nues précisément ni la République ni le suffrage de la multitude.

Certes, beaucoup ont fini comme moi par découvrir Léon Bloy un jour au hasard des rayonnages d’une bibliothèque et Léon Bloy compte, je le sais, parmi ces écrivains qui, par le biais du bouche à oreille, suscitent des cercles d’inconditionnels mais il est néanmoins regrettable que la jeune génération continue à être privée de la découverte d’un écrivain dont elle aurait pourtant tant à apprendre, que ce soit à travers son journal, ses volumes de critique littéraire tels que Belluaires et Porchers ou encore ses romans comme Le désespéré.


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La calbombe céladone
Patrick CINTAS
Espace d’auteurs : La calbombe céladone

Le bazar de la charité

Benoît Pivert a raison d’affirmer, à propos de Léon Bloy qui connut la misère, que les grandes douleurs ne sont pas muettes. Le cri est un fait. Est-il légitime de distinguer le cri du pauvre de celui du riche ? Quand on évoque la douleur de l’homme, on pense plutôt à ce qui le dépossède qu’à ce qui le possède. Le gagnant ne gagne rien[1]. Le perdant a déjà perdu, c’est moins romanesque. On peut à la limite, dans les traces du roman bourgeois, élever le pauvre à la douleur du riche en le plongeant dans les tourments de la déchéance physique. Car nous ne connaissons qu’un nombre limité de malheurs : ceux qui touchent à la propriété et ceux qui affectent notre corps appelé souvent "enveloppe charnelle" par ceux qui pensent qu’elle contient tout de même autre chose que le propriétaire ou le singe nu. Sans cette troisième personne, c’est l’humanité tout entière qui n’a plus de sens. Tout cela est bien pratique.

Évoquant l’incendie du Bazar de la charité[2], qui eut lieu à la fin du XIXe siècle et emporta dans son énergie volatile plus de cent personnes toutes issues des meilleurs milieux qui fussent, Benoît Pivert aborde en fait le thème primordial de l’existence telle que l’Histoire nous la lègue : l’amour du pauvre. On peut se demander alors de quoi il s’agit, que s’agit-il d’aimer ? On a vite répondu à cette question si on se demande d’abord quel intérêt un pauvre aurait-il à aimer un autre pauvre en dehors des situations de désir.


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Le zinc
Robert VITTON
Espace d’auteurs : Le zinc
Duos habet et bene pendentes !

Le moutardier

Une légende ? Ce n’est pas une légende. Les années 50… En 850, papaux, nous avions déjà plus de cent règnes. Voilà qu’entre Léon IV et Benoît III, une fille de moine se met en tête de se faire élire pape. Papesse ! Non, pape. Les femmes étaient écartées… Rien n’a changé. Les uns l’appelaient Léon, les autres Benoît, moi je l’appelais Jeanne, Jeannette, Janneton… Je suis née à Ingelheim près de Mayence, mon petit moutardier, m’avait-elle dit. Moutardier, elle ne croyait pas si bien dire. Ma charge de Premier Moutardier du pape ne fut reconnue qu’au XIVe siècle, à Avignon, par Jean XXII qui abusait sans retenue du condiment. Mustum Ardens ! Sinapis ! Amen ! Elle est née en 822. Des études, des voyages, des rencontres… Johannes Anglicus, un de ses noms d’homme. Serre fort. Une longue bande de lin écrasait sa poitrine. Prends garde que ta moutarde ne me monte aux nénés. Elle enfilait sa robe semée de grains d’or et de moutarde. Où sont mes clefs ? Je sens que je vais être obtuse. Elle avait ses Angles. Ses Angles ? Ses Angles, ses Anglais… Tu débarques ? Ses flueurs, ses ragnagnas, quoi. Je chipais des torchons et des serviettes aux cuisines. Où sont tes deux acolytes sujets à la colite ? Mes deux bras gauches ? Ils vaquent à mille chosettes. Autant dire qu’ils ne branlent rien ni personne.


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Librairie du gay savoir
Serge MEITINGER
Espace d’auteurs : Librairie du gay savoir

Montesquieu : « Du crime contre nature », De l’esprit des lois, Livre XII, chapitre VI.

Il est d’abord décevant de découvrir avec quelle précaution et quelle apparente ferveur Montesquieu, homme des Lumières, sacrifie au préjugé ancestral et contemporain bien que ce soit pour introduire, dans ce domaine, une idée de modération… « À Dieu ne plaise que je veuille diminuer l’horreur que l’on a pour un crime que la religion, la morale et la politique condamnent tour à tour. » Nous aurions bien tort de sous‑estimer « l’horreur » ici évoquée : elle est vivement ressentie et agissante et, d’ailleurs, elle continue de nos jours à opérer ; il faudra tenter d’en comprendre le ressort. Montesquieu toutefois veut aussi montrer que le crime contre nature, certes « horrible, très souvent obscur », est « trop sévèrement puni » : « Ce que j’en dirai lui laissera toutes ses flétrissures, et ne portera que contre la tyrannie qui peut abuser de l’horreur même que l’on doit en avoir ». L’analyste rigoureux des lois, des délits et des peines, est surtout sensible aux méfaits de l’arbitraire et il dénonce partout et toujours les excès en la matière conduisant à l’injustice et à une horreur qui redouble et aggrave la première : « Comme la nature de ce crime est d’être caché, il est souvent arrivé que des législateurs l’ont puni sur la déposition d’un enfant ». Dans la perspective de l’époque, le témoignage d’un enfant, être encore hors raison, tout comme dans l’Antiquité (ou même plus près) celui d’un esclave, être placé hors de l’égalité civique, n’est pas recevable comme justement fondé et d’évidents abus résultent de la sollicitation (souvent intéressée) de tels garants. Mais le vrai problème est la nature « obscure », « cachée », dérobée de ces actes et c’est elle qui suscite communément « l’horreur » dès le début évoquée, c’est elle qui induit la propension à un châtiment démesuré par rapport à la faute.


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La “grande vitesse” dans les contes de Cesare Pavese
Ettore JANULARDO
« Il se sentait si las qu’il aurait voulu s’affaler dans une des rues de sa jeunesse et ne plus se relever. »}}.

Né en 1908 à Santo Stefano Belbo, près de Cuneo, d’une famille petite-bourgeoise, Cesare Pavese étudie à Turin, où l’un de ses professeurs de Lycée est Augusto Monti, grande figure d’intellectuel antifasciste. Ses études de littérature anglaise lui permettent de commencer une significative activité de traduction d’auteurs américains : Sinclair Lewis, Henry Melville, Sherwood Anderson. Directeur en 1934 de la revue “Cultura”, Pavese est condamné par le régime fasciste à la relégation en Calabre, où il passe une année et commence à écrire son journal, Il mestiere di vivere (Le Métier de vivre), publié posthume en 1952. Rentré à Turin, il écrit en 1936 les poèmes de Lavorare stanca (Travailler fatigue), continue de traduire des auteurs anglais et américains et collabore de façon intense avec la maison d’édition Einaudi, dont il devient l’un des principaux animateurs. À la fin de la guerre, il s’inscrit au Parti Communiste Italien. Il se suicide à Turin, en août 1950.

Parmi les œuvres de jeunesse de l’écrivain piémontais, une trilogie de contes – dominés par les thématiques de la vitesse, des machines et des paysages urbains – constitue un ensemble spécifique qui mérite notre attention.

La force évocatrice du vol et du monde de l’aviation est soulignée dans un récit de 1928, Le Pilote malade. Pavese y décrit les derniers mois de vie d’un homme qui “semblait être né tout exprès pour épouser les formes parfaites et nerveuses d’un aéroplane”.[1]

D’une manière cohérente au développement ultérieur de l’œuvre de Pavese, ce conte présente une interprétation mélancolique et décadente de l’existence du protagoniste, dont la maladie permet de mettre en scène une antithèse mortelle à son amour du vol et de la vitesse.


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Peinture et discours au maroc
Ahmed BENHIMA
Le discours sur la peinture marocaine est l'œuvre de critiques de l'art et d'artistes. Ce discours recommande à l'artiste de peindre et de s'abstenir de commenter ou de se justifier. Il réclame une critique élaborée et professionnelle et assigne à l'art un rôle d'instruction plutôt que de divertissement.

I

La femme qui me déconterta

Le point de départ de cette réflexion est une anecdote qui date du temps où j’étais encore étudiant à la faculté des lettres et que je rapporterai ici en guise d’introduction.

Un jour, je visitais une exposition de peinture abstraite dans la galerie de BAB ROUAH de Rabat quand une femme en « haïk » et en voile m’interpella et me demanda :

- Dis-moi mon fils, qu’est ce que vous regardez sur ces planches ?

Je lui répondis : Ces choses, madame, concernent les gens instruits. »

Sur quoi, elle me dit :

- Alors, explique-moi, mon fils, toi qui es instruit, ce que tu comprends.

Déjà, la présence de cette femme dans ce lieu me paraissait anormale. Quant à sa demande insistante, elle me déconcerta. J’étais extrêmement embarrassé et je lui avouai :« Je vous jure, madame, que je n’en sais pas plus que vous ».

Cette histoire fut probablement le début de mon intérêt pour cet art devant lequel je restais souvent admiratif, parfois perplexe. J’entamais donc la recherche du secret des « planches », persuadé que chaque fois que je visite une exposition, la voix de la femme qui me déconcerta revient de loin pour me m’interroger sur ce que je vois et ce que je sens et/ou comprends.


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II

Quels sens pour la couleur?

Crépuscule
de Jamal Boumahdi

Sang ocre

Dans l’horizon

Noir

Le ciel n’est pas bleu

Ce soir

Le bateau

N’a plus d’ombre

sur la mer

ses vagues vertes

demeurent blanches

Dans un écrit précédent (1), nous avons tenté d’appréhender l’œuvre picturale, particulièrement abstraite, par l’entrée thématique que nous avons désignée du nom de « repère » selon une approche que nous avons qualifiée de pédagogique, c’est-à-dire, une démarche qui vise la précision possible et écarte les détails et les profondeurs professionnels qui sont hors de notre portée.

Nous avons abouti à une conclusion, provisoire pour le moment, qu’un tableau abstrait ne contient aucun repère, ne représente rien et ne véhicule aucun message, d’aucune nature. Tout au plus, une peinture abstraite vise à susciter des sensations, des émotions ou une réflexion esthétique.

Cette fois, nous testerons, selon la même approche, l’entrée par les couleurs qui constituent le langage privilégié, voire exclusif du peintre. Mais commençons par quelques remarques préliminaires sur ce sujet.

 


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Un temps pour la poésie

Le but de cet exposé n’est pas de faire un cours sur la poésie.

Il s’agit plutôt de rendre hommage à cet art et à ses créateurs car c’est toujours un plaisir d’honorer un printemps.

Il s’agit, ensuite, de profiter de cette rencontre pour réfléchir à des problèmes qui ont un lien avec les activités professionnelles des professeurs de français dans les espaces d’enseignement public. Aujourd’hui, j’en ai retenu deux en rapport avec l’enseignement/apprentissage de la poésie.


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La poésie d’ÉRIC BROGNIET
Rodica DRAGHINCESCU
Quand on est jeune il ne faut pas hésiter à s’adonner à la philosophie, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser d’en poursuivre l’étude. Car personne ne peut soutenir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l’âme. Celui qui prétendrait que l’heure de philosopher n’est pas encore venue ou qu’elle est déjà passée, ressemblerait à celui qui dirait que l’heure n’est pas encore arrivée d’être heureux ou qu’elle est déjà passée. Épicure ( 341 - 270), Lettre à Ménécée.

Le vide est justifié

Les philosophes ont eu souvent besoin de leurs amis les poètes et notamment de leur langage sensible pour parler philosophiquement, de bout en bout jusqu’au bout, car, sinon comment faire survivre jusqu’au bout toutes ses théories plus ou moins (f)rigides, plus ou moins issues de la mémoire et de l’histoire des temps ? Tous les noms qui ont fait, qui ont dit ce qu’est, ce que n’est pas, ce que devrait être et ne pas être la vie et la philosophie, les Socrate, les Platoniciens, les Aristotéliciens, les Épicuriens, et la Scolastique et Descartes et Kant et Leibnitz, et puis les hégéliens, et tous les autres, les Philosophes des Lumières, et Nietzsche et la modernité, les existentialistes et les nihilistes qui nous ont déjà quittés, le néopositivisme, et les Foucault, les Deleuze et Guattari, et tous ceux qui existent encore, tous ceux-là qui ont écrit et écrivent l’histoire de la philosophie, sans qu’on oublie la contribution de Shakespeare et Brecht, et le cri d’Antonin Artaud, et surtout ceux qui ont conçu la philosophie à travers la poésie. Car qu’est-ce que la philosophie sans la poésie ? Et qu’est-ce que la poésie sans souci de la philosophie ?

« Tout commence à partir de ce manque » - dirait le poète belge Eric Brogniet. Cette magie interrogative, capable d’accueillir toute entité, sillonne les expériences des philosophes et des poètes.


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Tout ça pour ça…
Nacer KHELOUZ

Inclinant la tête

D’un acquiescement sordide

Tout se règle et se fige

Entrelacs de rues

Que le regard expulse

Au loin.

Le feu du Sud qui brisa les lignes

Faites d’œillades magnanimes

Au lendemain du pacte

Avec le diable.


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Vivre dangereusement.
Dans la violence de la paix.
Cristina CASTELLO
À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, assassinée à Moscou le 07/10/06, et de tous les journalistes disparus avec une branche de semences dans la bouche : La passion par la vérité.

 - Cristina, oublie l’entrevue avec « Carlitos ».
 - Pourquoi ? Je suis cette affaire depuis deux mois, et pour la faire j’ai cherché énormément d’informations, et... toi, tu le sais...!
 - Evidemment, je le sais.
 - Alors ?
 - Il ne veut pas te recevoir, mais il accepte d’être interviewé par Renée (Sallas), ne t’en fais pas
 - Bon, mais... que s´est-il passé ?
 - Il dit qu’il nous accorde une entrevue exclusive, à condition que tu ne la fasses pas toi. Mais… Allons, Chris... tu devrais en être fière ! Tu es un point de repère dans le journalisme et lui, il te ferme la porte.
 - Mais qu’est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas.
 - Que monsieur le Président de la Nation Argentine craint et refuse absolument que tu l’interviewes ! Il ne sait pas répondre à tes questions.

Ce fut mon dialogue téléphonique avec Jorge de Luján Gutiérrez, directeur de la revue « Gente » (« Gens »), où je travaillais. La date : la seconde moitié de juillet 1989.

« Carlitos »… n’était —n’est — autre que CARLOS MENEM, celui qui était président de l’Argentine depuis le 8 juillet de cette année-là.

Celui qui m’a informée de la décision présidentielle était alors le chef de la SIDE (Secrétariat d’Informations de l’État), Juan Bautista « Tat » Yofre.


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Onze personnes sont mortes de dénutrition... Grande l’Argentine ! ... pour les touristes.
Cristina CASTELLO

Auschwitz AÑO 1944

Chaco argentino 2007

Lire Aliens among us de Victor A. GRAUER dans la revue L’ancrage.

 

 

L’impossibilité du possible
Rodica DRAGHINCESCU
En attendant [TERANOVA - teranova.fr/ : Festival International de Performances Poétiques

Avec Jean-Pascal BOFFO


jeanpascalboffo.com/]

Rodica DRAGHINCESCU dans la RAL,M

 

 

Dessins de Dix mille milliards de cités pour rien
Patrick CINTAS
Dix mille milliards de cités pour rien roman - Le chasseur abstrait éditeur.

Je n’aime pas l’écriture, cela se sent. J’apprécie la littérature, mais elle est inconnaissable. Par contre, s’il est une activité qui ne me pose aucun problème moral ni esthétique, c’est bien la pratique du dessin, que j’associe quelquefois à la composition musicale. Je me sens libre alors, je n’éprouve aucun sentiment de pouvoir mieux faire, mieux dire ou pire de mieux me faire comprendre. La série des dessins est comme un film, un diaporama parallèle aux sonorités que je peux tirer d’une partition où règnent les superpositions, en toute liberté de ton, de mode, de tempo et de tout ce qui limite en principe l’expression musicale et par glissement toute l’expression dont on peut paraître l’origine incontestable. Je retrouve ainsi les deux clés de mon petit savoir : une herméneutique où l’inspiration est caressée dans le sens du poil et une rhéologie où les changements de géométrie sont vécus dans la douleur, mais pas sans une certaine satisfaction sans doute reliée au rire plus qu’à l’hummour..


Voir le diaporama [...]

 

 

Catalogue du Chasseur abstrait éditeur
Voir la Boutique pour les commandes
ou téléphoner : 05 61 60 28 50 / 06 74 29 85 79
email : patrickcintas@lechasseurabstrait.com
12, rue du docteur Jean Sérié 09270 Mazères

Consulter [...]

Avec pas loin de cinquante titres d’ici la fin de l’année, on peut dire que le Chasseur abstrait est entré dans la jungle littéraire. Digne fils (ou fille...) de la RAL,M (qui est peut-être un homme...), il est chargé du passage de la mise en ligne, toujours un peu frustrante, au livre en papier qui demeure tout de même le meilleur lit de la littérature. De moins en moins abstrait, le Chasseur, me souffle Paul de Maricourt.


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Nous serons au rendez-vous du 17e salon de la revue à Paris en octobre :

Espace des Blancs-Manteaux
19, 20 & 21 octobre
Paris

[Infos - entrevues.org/

Nous aurons l’occasion de présenter nos Cahiers de la RAL,M accompagnés des livres publiés dans nos collections et de quelques autres volumes qui seront publiés d’ici là. Sans oublier nos CD de musique, y compris ceux qui se préparent en ce moment.

 

 

Article écrit par les animateurs du site Framasoft auquel je tiens à rendre hommage, comme à tous ces créateurs de l’Internet qui travaillent gratuitement dans l’ombre pour créer les logiciels qui nous sont utiles et nécessaires et les sites sans lesquels nous serions condamnés au silence et sans doute à la solitude.

- framablog.org/index.php/post/2007/06/26/Concours-de-tee-shirt

paris-libre.org/index.php ?option=com_content&task=view&id=193 - Framasoft vient de recevoir un Lutèce d’Or à la récente manifestation Paris Capitale du Libre. Et pas n’importe lequel celui de la meilleure action communautaire. Nous sommes heureux et fiers de partager donc ce prix honorifique avec tous ceux et celles qui de près ou de loin ont un jour collaboré avec nous. Un énorme merci à vous qui depuis cinq bonnes années avez contribué avec nous à faire connaître et diffuser le logiciel libre et son état d’esprit au plus large public possible.

Mais paradoxalement cette distinction arrive à un moment où nous sommes si ce n’est à bout de souffle en tout cas en fin de cycle.

Il est très délicat de distinguer des individualités dans une communauté, et nous savons bien que personne n’est irremplaçable, mais il n’en demeure pas moins que la réussite de Framasoft, aussi communautaire soit-elle, repose également sur les épaules de quelques uns.

En effet pour que ça marche il faut une conjonction de facteurs favorables. Il faut entre autres une bonne idée de base (pour nous cela a été l’approche originale et frondeuse des logiciels libres à partir de Windows), une bonne ambiance, une bonne organisation, de bons outils, plein de bonnes volontés... mais surtout et quoiqu’il arrive il faut nécessairement quelques fourmis en coulisses prêtes à donner beaucoup de leur temps... libre pour animer et coordonner le réseau Framasoft dans son ensemble.


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Qu’en pense Socrate ?

Un nouveau blog sur la toile

LES HUMEURS DE DIOTIMOS
Penseur et poète, solitaire et méditatif
lire - écrire - penser - admirer et pester - contempler - rêver - bâtir

diotimos.blogspot.com/

 

 

 

Livres reçus

 

Le Sens du langage visuel - Essai de sémantique visuelle psychanalytique - de Fernande SAINT-MARTIN
Cette étude ambitieuse offre au lecteur un panorama des grands courants qui ont traversé l’herméneutique. En particulier la philosophie, la linguistique et la psychanalyse au cours du XX° siècle, avant de proposer des « Eléments de sémantique visuelle », lesquels trouvent leur application sur une œuvre du peintre Alfred Pellan.
Dès l’avant-propos, l’auteur précise l’orientation de sa recherche : « présenter une méthode d’interprétation du langage visuel, une herméneutique des représentations offertes sur un support continu ».
Le chapitre final met en regard « comprendre » et « interpréter ». Il résume la fonction de l’œuvre pour l’artiste : « aménager des regroupements perceptuels qui lui permettent de prendre conscience de diverses zones internes pulsionnelles et de tenter d’unifier un monde interne en conflit ».
Pour le spectateur, la possibilité de comprendre une œuvre semble limitée à des univers comme en miroir, avec une fonction d’apaisement.
L’auteur poursuit dans cet ouvrage une réflexion initiée en 1958 par La Littérature et le non-verbal. Elle s’intéressera ensuite aux Structures de l’espace pictural (1968), son domaine d’élection. Plusieurs distinctions ont couronné cette recherche, qui place l’écriture dans le champ de la peinture, comme en témoigne Marouflée la langue (1998), son dernier recueil de poèmes. Marie SAGAIE-DOUVE

 

Le Sens du langage visuel - Les Guérisons imaginaires - de Niculina OPREA
Version française : Letitia Ilea - éditions Brumar 2007
Dès son titre, ce recueil de Niculina Oprea, traduit du roumain avec quelques maladresses regrettables, annonce un projet : si l’écriture guérit, elle le fera dans le champ de l’imaginaire. Ainsi en témoigne « la jupe de la fleuriste » :

je peux effacer avec elle tous les souvenirs

je peux couvrir avec elle
les yeux des passants et les miroirs
qui empruntent mon visage d’essai.

Peu étonnant donc qu’un essai à paraître s’intitule : Entre Le Réel et l’imaginaire / Hypostases de la poésie actuelle. Cet auteur a déjà publié six recueils de poèmes, parmi lesquels Sous La Tyrannie du silence (2000) suggère un enfermement, que les mots se chargent de déjouer. En témoigne cet extrait : dans un temps propice à la vengeance
ma sœur rompt le silence

elle fait flotter une langue de feu

je ramasse les restes de la nuit.

Cette langue transmise révèle son envers, blessé, que l’écriture répare. Marie SAGAIE-DOUVE

 

La vie est un être - de BOCAMPE
escarboucle.ch/ - Les éditions de l’escarboucle
Que dire de l’auteur ? Voici qu’il débarque chez vous pour la première fois, un tantinet réservé, singulier, calme, curieux. Il est en quête de photographies qui parlent de la vie en secret, dit-il. Ainsi, à l’affût de ce qu’on lui montre, propose, il piste formes et couleurs, musiques et images. Et soudain, à souhait, il s’anime, enjoué par des mélodies littéraires qui déjà, trottent dans son « existé ». Il trie, choisit, classe, hésite longuement, car il souhaite que ce quinzième ouvrage, « la vie est un être », clôture une première période d’écriture. A travers ces images des quatre coins du monde, dans un sentiment de poésie et de spiritualité vivante, botté sur son imagination, l’auteur a fait don d’une âme à chacune d’elle. Comme à son habitude, il va au-delà du cadre et nous questionne sur l’homme tout entier. Les photos illustrent un seul geste face à l’insondable instant. Les textes simples, parfois poignants et touchants nous emmènent sans un fla, fla, fla de trop. En effet, telle une plumée d’encre qui survole l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du sud, l’Europe, écritures et clichés appellent au vivant, du moins pour ressentir que sous ses airs d’inventeur, la « vie est un être »… Alors, bon vent ! Pour l’équipe des photographes : Mireile Perrin.
BOCAMPE publie chez Le chasseur abstrait éditeur, dans la collection djinns, un roman : Quentin la brousaille, et un essai-témoignage : Alcool.

 

Esteria - de François RICHARD
Le grand souffle - legrandsouffle.com/livres_atom.html
. Lire des extraits [...]

 

Le Bordel apostolique. - ANONYME -
gaykitschcamp.com/ - Éditions QuestionDeGenre/GKC
Bordel apostolique institué par Pie VI pape, en faveur du clergé de France qui ouvrira le lendemain de la Nativité, dans la Salle des Grands-Augustins. Notes et présentation Patrick Cardon.

L’intrigue en est simple : les prélats démunis par la confiscation de leurs biens ne peuvent plus entretenir leurs maîtresses et décident de se contenter entre eux. Ils attendent du Pape, fâché de ne plus recevoir l’impôt de l’Église de France, sa bénédiction. Le Pape y consent à condition qu’on lui réserve la meilleure part. C’est sans compter sur l’abbé Maury qui, accompagné de religieuses libérées des voeux monastiques, leur intime de retourner à l’ordre hétérosexuel.Tous les personnages cités ont existé et étaient réputés pour la plupart hostiles aux décrets de l’Assemblée. Ce texte, complémentaire des Enfans de Sodome, est une vraie boîte de pandore lexicale sur la sodomie au XVIIIe s.

 

Poésie homosexuelle en jobelin, de Charles d’Orléans à Rabelais. - Anthologie bilingue de Thierry Martin. -
gaykitschcamp.com/ - Éditions QuestionDeGenre/GKC
La confirmation d’une présence importante de l’homosexualité dans l’oeuvre de Villon avait ouvert des perspectives prometteuses. Thierry Martin applique ici la même grille de lecture à d’autres virtuoses du double sens, comme Charles d’Orléans ou Marot. Et bien sûr Rabelais : en effet, pourquoi ne s’est-on jamais risqué à traduire des textes aussi capitaux que les énigmes de Gargantua et les plaidoyers fatrasiques de Pantagruel ? A-t-on craint la décoction d’un clystère, la matière fécale, la poche culière, la fressure boudinale dans les bourses des usuriers, les trous de taupe ? En fait de trous, nos chastes commentateurs n’étaient pas au bout de leurs surprises :

Leur propos fut du trou de saint Patrice,
De Gilbathar, et de mille autres trous :
Si on les pourrait réduire à cicatrice
Par tel moyen que plus n’eussent la toux,
Vu qu’il semblait impertinent à tous
De les voir ainsi à chaque vent bâiller...

On ne sera pas étonné de voir revivifier ici des textes que nous avons tous visités à l’école sous l’aeil vigilant de la République. Celui de Thierry Martin, éclairé par une utilisation de la langue (ancienne pour le décodage, contemporaine pour la traduction) nous délivre enfin la poésie de Charles d’Orléans à Rabelais de sa gangue hétérocentrée. Dans cette édition bilingue, T. Martin illustre avec bonheur la formule de Rabelais : « On ne fait que bander aux reins et souffler au cul ! »

GayKitschCamp propose depuis juin 2000 un Centre d’Archives et de documentation sur le passé et le patrimoine des populations homosexuelles, bisexuelles et transgenres ; Les Editions QuestionsDe Genre/GKC dont le but est notamment de rééditer des ouvrages disparus ayant un intérêt historique et documentaire, mais aussi des fictions, chroniques, catalogues… ; Le Festival QuestionDeGenre qui se déroule tous les ans en novembre et décembre à Lille.

 

La chasse spirituelle. - Fulvio CACCIA -
Éditions du Noroît
Il n’y a plus d’alternative. Me voilà réduit à cet étroit balcon, à cette avancée qui surplombe le réel. Que vois-je ? D’abord un terrain vague et les montagnes très bleues dans le lointain. Ensuite une fermette abandonnée, des oliviers, les chèvres qui vont avec et un chemin tout blanc. Puis, au bout de la voie, comme s’il avait été posé là intentionnellement, les restes lacérés d’un grand pantin de carnaval. Les mûriers flagellent son tronc décrépi et l’herbe folle se déploie parmi les décombres, sous le vol zigzaguant des hirondelles.

Merci, Fulvio, pour cette chasse aux frontières du palpable. Certes, la spiritualité mise en jeu ici n’a qu’un lointain rapport avec celle du Chasseur abstrait de Picasso. Comme tu le sais, Picasso n’appréciait guère l’art abstrait, pas plus d’ailleurs que les provocations du génial Duchamp. Un chasseur abstrait, parce qu’il est abstrait, ne chasse rien à la fin. C’est toute la différence avec le choix poétique que tu promeus. Ton poème côtoie allègrement, si je puis dire, ceux de Pierre Emmanuel et de Saint-John Perse. Tu peux compter sur moi pour t’aider à le faire connaître. Patrick CINTAS.

 

Sur-vivre. - Aaron COULIBALI -
arhsens.com/ - Éditions ArHsens
Issu d’une banlieue favorisée, exerçant sur les plateaux télé un métier qui lui procure les plaisirs faciles que permet l’argent, marié à la femme qu’il aime mais toujours à l’affût d’une aventure, Aaron Coulibali s’est confortablement installé dans une vie de "marginal mondain".
Pourtant, le jour où sa femme le quitte, sa vie s’arrête. Cette rupture le laisse seul face à la vacuité de sa vie, dans un état de manque affectif qui le ronge. Hypnotisé par l’image obsessionnelle de cet amour perdu, désespéré de n’avoir pas su simplement vivre son bonheur, il trompe son angoisse d’être seul par la fréquentation des paradis artificiels.
Dans ce livre poignant de sincérité qui nous entraîne au rythme de phrases syncopées, dictées par la fièvre des drogues dont il abuse, Aaron Coulibali met en scène sa propre déroute. Il dresse le portrait sans concession d’un jouisseur acharné qui découvre trop tard sa raison d’être, et au-delà d’un vécu personnel, c’est l’histoire universelle de la passion qu’il nous raconte avec la profusion d’un Kerouac.

 

La rue de la soif. - Grégoire DAMON -
arhsens.com/ - Éditions ArHsens
« Sauver qui ? Changer quoi ? Avec mes quinze jours de premiers métros, je me fabriquais des vertiges à la pensée de ceux qui en avaient vingt ou trente ans dans les pattes. (.. j La nuit se retirait comme un rideau de théâtre, crasseuse et déchirée. Les pauvres gars qui traînaient encore dans les escaliers du métro en oublièrent de me proposer leur came. La ville, du haut de son lit d’hôpital, s’appliquait à rebouger un membre. »
Aube, jeune fugueuse de 17 ans, est recueillie dans leur dérive par deux inséparables qui s’abîment nuit après nuit dans l’alcool pour chasser leurs fantômes : Stroheim, charmeur, poète, provocateur ; et Victor, pianiste mutique et manchot. L’énergie qu’elle va déployer pour les sauver d’un caïd de la pègre locale et sa soif de vivre agiront comme un révélateur sur les êtres qu’elle rencontre : chacun est renvoyé face à sa propre existence, à ses choix, entre rédemption et condamnation. Dans son premier roman, La rue de la soif Grégoire Damon renouvelle les codes traditionnels du roman noir, où le réalisme le dispute à la poésie pour nous envoûter.

En créant arhsens.com/" - arHsens édiTions, nous souhaitons remettre au premier plan un principe de base quelque peu oublié : celui du plaisir de publier des livres. Plaisir pour le lecteur, pour l’auteur et pour l’éditeur. Ceci exclut la publication de masse, au bénéfice d’une production réalisée en partenariat avec chaque auteur, pour obtenir un objet en accord avec son contenu.
Partant de ce principe, nous avons baptisé la société « arHsens édiTions, livres d’auteurs », allant à contre-courant de la vague des "livres d’éditeur" qui semblent n’avoir pour vocation que de promouvoir une maison, indépendamment, et parfois même au détriment, des textes.

 

Le marchand de torture. - Jacques MONDOLONI -
Éditions Melis
Il y a une station d’autobus dans la banlieue marseillaise qui évoque à la fois le voyage et son renoncement : c’est Rimbaud-Baumettes devant la prison du même nom. Parce qu’il a lu en prison une biographie du « poète aux semelles de vent », le héros du roman, Toni Bonneveine, trouve cette association insupportable. Sa première idée d’homme libre est d’effacer le nom de Rimbaud du panneau de l’abribus. Cette obsession, d’autant plus violente qu’il ne parvient pas à passer à l’action, va le conduire à entrer, par l’intermédiaire de son avocat, en relation avec des malfrats pour qu’ils réalisent son étrange projet. Il est loin d’imaginer qu’il va devenir le cobaye d’un truand mégalomane et pervers, Joseph Carco, qui a abandonné le trafic de drogue pour se recycler dans la torture « clés en mains ». Grâce à des « expériences scientifiques », « le Marchand de Torture » espère monnayer les résultats de ses recherches auprès des dictateurs et autres services secrets.
Dans la lignée des grands maîtres du roman noir français, Jacques Mondoloni nous tient en haleine jusqu’au bout. Luciano Melis

« ... l’un des rares livres qui m’aient fait peur » - Roger Martin - (Quoi LIRE)

Jacques Mondoloni est l’auteur d’une vingtaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles qui abordent tous les genres littéraires.

 

Géographes arabo-musulmans du Xe au xive siècle. - Elisabeth MOCKERS -
Éditions Melis
« L’Espagne a été pendant près de huit siècles marquée par la présence musulmane », et « en ce qui concerne le xe siècle, il marque un tournant dans la géographie arabe qui s’affranchit alors peu à peu de l’héritage grec et de celui de ses propres prédécesseurs arabo-musulmans. Les géographes de l’époque font preuve de curiosité et sont les auteurs d’ouvrages de cartes d’une qualité exceptionnelle », écrit Elizabeth Mockers.
Le retour permanent des jeunes générations aux sources du savoir est essentiel en ce qu’il dépasse, et rend dérisoires, les soubresauts de l’Histoire fondés sur l’avidité et le mensonge.

Un beau, un très beau livre dans tous les sens du terme : des cartes en couleurs qui se déplient, un papier impeccable, volume bien broché et puis le contenu : un texte clair comme de l’eau de roche, une aventure de la connaissance et de la reconnaissance, l’Arabie dans sa splendeur esthétique et intellectuelle, la mystique poignante de l’Islam, mare nostrum, l’Espagne au coeur... merci Luciano pour ce cadeau de style et de classe. Et n’oublions pas Iben Batuta dont les Voyages appartiennent à l’oeuvre universelle de l’homme. Patrick CINTAS.

 

 

 

Nous avons aussi mis en ligne les textes des auteurs suivants:


 

Prochain numéro le 15 Octobre 2007:

Bocampe l'essarté

Cahier de la RAL,M consacré à Bocampe qui publie chez le Chasseur abstrait plusieurs romans, essais et récits de voyage. Un monument à découvrir le mois prochain dans la RAL,M et sur le stand des Cahiers de la RAL,M au 17e Salon de la revue à Paris.

Venez nous voir au Salon de la revue

2004/2017 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

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Direction: Patrick CINTAS

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