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dimanche 19 novembre 2017
Revue d'art et de littérature, musique
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait


FEMME(S)
&
CRÉATIVITÉ II*note
Numéro coordonné par Valérie CONSTANTIN

oOo

Marie SAGAIE-DOUVE
Sujet : Elle(s)
Depuis des années, j’ai compris qu’écrire c’est se livrer, donner ce que l’on est.
C. Juliett, Au Pays du long nuage blanc

Sur la porte par laquelle j’entre dans la différence, cette inscription : « n’y touche pas ! garde ton âme pure ! » Ce double impératif m’a structurée.

Dans la maturité de l’âge, mon ambition de situer un sujet au féminin - comme nous y entraîna l’analyse grammaticale- , ou d’en percevoir l’effacement, au gré des codes culturels.

De cet effacement relève la pratique de l’excision, qui éloigne la femelle humaine de l’expérience du plaisir, par l’ablation du clitoris et parfois d’une partie des lèvres.

La phrase entendue au sortir du bain : « n’y touche pas, c’est sale ! » fonctionne comme une amputation. Pudiquement appelée « le bas », à la manière d’un emballage, la zone s’associe à l’enfer. Il s’en faut éloigner, si l’on souhaite, comme demandé, se garder pure.

Sur la porte de ma différence figure aussi : « c’est pour les bébés ! »

Serais-je, n’ayant pas enfanté, une semi-femme, peu respectueuse du code et peu tentée par le fruit défendu ?

De la maternité, je connais l’hémorragie annonçant une fausse couche. Le mot n’est pas prononcé par celui qui décide d’un curetage. Son silence m’accompagne.


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Marie SAGAIE-DOUVE
LES TRACES DU FÉMININ

Clairvoyance du féminin

A la suite d’Artaud, je préfère croire que nos corps ne sont pas anatomiques mais « atomiques ». On peut être une multiplicité, ni vivant ni mort, ni homme ni femme et l’un et l’autre.

Image : León FERRARI

Flaubert mentionne, dans Bouvard et Pécuchet, cette idée reçue : « le style épistolaire ne peut s’apprendre, car il appartient exclusivement aux femmes » [1]. Celles-ci auraient donc le monopole d’une parole écrite, spontanée.

Mais Baudelaire réduit la femme au silence, dans « Semper eadem » [2] :

« Taisez-vous, ignorante, âme toujours ravie !
« Bouche au rire enfantin !

Face à ce paradoxe, mon ambition est de rendre compte des traces du féminin, en distinguant l’appartenance sexuelle du genre. Celui-ci sollicite l’imaginaire individuel et social, à la manière de l’androgyne primitif - que suppose Platon dans Le Banquet ou, plus tard, de Freud découvrant la bisexualité psychique. Les traces de cette indivision scanderont, de façon alternée voire altérée, l’indécision sur le chemin de la créativité.


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Habiba DJANINE
LOINTAIN ET SI PROCHE

Une stratégie

Elle regarde le monde se fixer à des murs

Elle regarde sa peau, ses yeux...

Elle questionne ses mains, sa bouche...

Imprime en elle ces temps immémoriaux,

Quand la bougie était allumée, témoin et compagne.

 

La plaie reste lointaine ce soir,

C’est la nuit d’amour qui chasse les démons,

Tait la tempête et ravive la flamme.

La plaie oublie la douleur...


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Véronique BUSSIÉ
AYAHUASCA

Une pratique

Recueillie, j’avale "le vin de l’âme" d’une traite ; le goût est amer mais pas si affreux...

Images : Véronique BUSSIÉ

Juillet 1999

C’est en 1995, par un article de psychologie magazine que pour la première fois j’ai entendu parler de l’Ayahuasca plante maîtresse hallucinogène et purge, "outil" du chamanisme péruvien. Le rôle de l’Ayahuasca est d’induire une modification de conscience, tant chez le patient que chez le chaman. Un second article, cette fois dans nouvelle clé, m’a cette fois conduite a vouloir tenter l’expérience, non sans avoir lu "le serpent cosmique " de J.Narby pour tenter de me familiariser avec cette pratique.

Enfin en 1999, j’apprends qu’un séminaire a lieu du côté de Nantes et je profite de cette opportunité pour découvrir cette pratique qui me tient déjà à coeur...


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María José PALMA BORREGO
CRÉATIVITÉ ET HISTORIQUE DE LA LITTÉRATURE FÉMININE ESPAGNOLE CONTEMPORAINE

Corpus

Le manque de référence aux femmes auteurs dans les livres scolaires met en relief la croyance masculine à la stérilité littéraires des femmes.

Tout au long de l’Histoire de la littérature espagnole -au moins en ce qui concerne l’histoire connue et officielle, il faudrait bien faire une recherche profonde sur l’œuvre de très bonnes auteurs femmes qui n’ont jamais été publiées- la femme auteur n’a été qu’une anecdote, c’est-à-dire, elle a toujours été marquée par le statut d’exception.

Les critiques hommes, les institutions scolaires et universitaires, les manuels de littérature, les maisons d’éditions, ne font référence dans son corpus qu’à une vingtaine d’écrivaines parmi les neuf cents ou mille écrivains depuis le poÈte médiéval Gonzalo de Berceo jusqu`à nos jours. Dans tout cela, il faut prendre en compte que la moitié de ces femmes littéraires correspond aux générations postérieures à la guerre civile de 1936-1939. Les femmes espagnoles et, en considérant encore celles qui sont inscrites dans l’histoire de la littérature, en faisant preuve d`un caractère d`exception, comme par exemple Maria Zayas de Sotomayor au XVIième siècle, n’ont pas commencé à écrire en Espagne qu’à partir des années 50. Un silence historique qu’il faut remettre en question.


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Béatrice BONHOMME
JEUNE HOMME MARIÉ NU

Poèmes 1993-1995
MELIS Éditions

Rien de léger à vivre par Salah STÉTIÉ

C’est une femme jeune qui parle d’une voix éveillée mais qui parfois retombe à demi-dormeuse. Elle parle de quoi ? De l’intensité d’un amour si mélangé de corps, et des parfums d’un corps, qu’on ne sait pas, qu’on ne sait plus ce qui est de l’ordre de l’amour et ce qui est de l’ordre du désir. Elle dit, cette voix, la fièvre de la femme qui a tout et qui a peur de tout et ce tout dont elle a si peur, c’est la totalité de la perte toujours possible, c’est la métamorphose jamais évitée ni jamais évitable du rêve en cauchemar. C’est pourquoi la voix est brève, vibrante, apeurée bien sûr, avec des accents d’enfance parce que l’enfance, au sein de l’amour adulte, est le dernier refuge. Ici, en pays d’enfance, la douleur hésitera peut-être à venir nous chercher : la mort a scrupule à ternir, fût-ce d’un peu de sang, la pureté nuptiale d’une colombe.
Mille ruses sont tendues par le plus simple langage de Béatrice Bonhomme : oui, trembler. La langue, les petits mots de chaque jour et de chacun, se sont mis à trembler pour faire peur à la peur, pour que l’aimé ne soit plus sous la menace de la grande pourvoyeuse.
« Voyez, dit Béatrice à celle qu’elle sent venir, à quel point nous sommes innocents, combien les mots que je vous adresse en bouquets de violettes sont purs, sont désarmants, sont désarmés et purs. »


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PHOTOGRAPHIES

Journal, 1992-1995
MELIS Éditions

Avec Béatrice Bonhomme par Serge RITMAN

Je savais bien ce qu’il y aurait dans ta lettre, c’était déjà presque toujours entre les lignes dans les autres, c’était également dans tes yeux - que ne lirait-on sur leur fond transparent ? - c’était dans les rides de ton front ; je le savais comme quelqu’un qui a passé la journée dans un abîme de peur, de rêve, de sommeil derrière des volets fermés, et qui ouvre sa fenêtre le soir, n’est pas étonné de voir, il le savait, que maintenant la nuit est là, une nuit profonde et merveilleuse.Franz Kafka à Milena Jesenska (17 juillet 1920)

Ton amour cherche quoi dans la forêt des mythes. S’y cogne. Son expérience les renverse tous, les refait dans un futur du passé. Si ton amour est déploration, mes pleurs coulent toujours maintenant pour que ta cicatrice soit vivante.

La mer la plus noire est l’éblouissante clarté de ta nudité. Y fument les cendres de ton volcan : nuages doux pleins d’orages. Tomber dans tomber : volons dans le bleu clair de ton nom que j’appelle partout toujours.

Les nuits noires mettent toute ma vue dans ton apparition. Double toujours : imprévisible comme la lumière de l’étoile insaisissable. Ta main étoilée : noire claire.

Je t’aime ouvre toutes tes aubes, tes petits cailloux pour te trouver au coeur de l’énigme. Je t’aime vient te dévorer infiniment : ma famine, ma famille qui affame et rassemble mes rêves dans ton matin.


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Marta CYWINSKA
LA POÉTIQUE DE LA BOULIMIE

Au moins en double.

Les poétesses maudites n’ont pas les mêmes privilèges que les poètes maudits.

Nous vivons à l’époque d’une franchise absolue, c’est-à-dire d’une franchise nue dans la lumière des caméras. La folie est acceptée par la foule et exclut la notion de folie artistique de jadis. Touché ne veut pas dire aliéné, mais collaborateur d’une nouvelle normalité.

Toutes les poétesses souffrent de boulimie émotionnelle. Elles absorbent substituts, fragments, attentes, non-accomplissements, métaphores, prétentions et plaintes. Les attaques périodiques de la voracité entrent dans un stade aigü quelques mois avant la parution d’un suivant recueil des poèmes. E. M. Cioran disait que le mode de l’autodestruction montre le genre de l’homme du type : dis-moi quelle facon de tomber en ruine tu choisis pour toi et moi, je te dirai qui tu es.


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Denise PELLETIER
RODICA DRAGHINCESCU

L’embossage de la langue

Je pré-pare, me pré-pare à faire état de cette écriture, j’entamerai ce projet quand mes mains auront reçu tous ces maux, quand l’oiseau blanc aura franchi ma frontière des pays froids.

Je suis arrivé à l’œuvre de celle-ci par un heureux hasard, une intuition magnifique. 
Les mots de Rodica sont irritants ou séduisants ; des mots qui courent, qui tombent, qui roulent, qui frappent, qui cognent, qui cassent, qui fendent, qui éclatent, qui blessent. Des litanies pour dire sans bride, sans détour, sans voile, noir sur blanc. 
Pour l’artiste graveure faire irruption dans ce langage cru, c’est trouver l’écho d’une pointe sèche singulière. Ce vocable exaltant invite à la flânerie, à goûter l’espace de soi en soi, en l’autre. Je me noie dans chacune de ses pages, je viens écouter, dialoguer, échanger, inventer à mon tour, réagir et dire autrement cette prose femmilière.
Je pré-pare, me pré-pare à faire état de cette écriture, j’entamerai ce projet quand mes mains auront reçu tous ces maux, quand l’oiseau blanc aura franchi ma frontière des pays froids. 
Déjà je sais que je pourrais passer sous presse un barbelé, étalé ses déchirures à la surface du papier, l’embossage de la langue prendrait forme ... mais, il y manquerait les résonnances, celle de l’âme, celles du cœur de l’auteur. 
Il y manquerait ses contrastes, ses lumières et ses ombres criardes, rouges. Il y manquerait ses douceurs, les sons de la vue, de l’odorat... gâteau de terre, gâteau au chocolat ... 


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Benoît PIVERT
FLANNERY O’ CONNOR, LA SOLITAIRE DE MILLEDGEVILLE

Correspondances

« J’écris tous les jours mais, pour Dieu sait quelle raison, la mayonnaise n’a pas encore pris. S’il vous plaît, priez pour qu’elle prenne. Parfois, cela n’arrive pas »

C’est peut-être une curiosité malsaine qui m’a poussé à me plonger dans la correspondance de la romancière et nouvelliste américaine Flannery O’ Connor. Je connaissais et j’appréciais son œuvre de fiction, les portraits grinçants de ses personnages, le décor du Sud des Etats-Unis hanté par des prédicateurs ambulants, des petits blancs ségrégationnistes et quelques illuminés à qui le soleil et les prêches avaient tapé sur la tête.

De l’auteur, je ne savais pas grand chose si ce n’est qu’elle était catholique, qu’elle ne s’était jamais mariée et qu’elle était morte seule dans d’atroces souffrances, recluse dans sa ferme d’Andalusia à Milledgeville (Géorgie), emportée à trente-huit ans par un lupus érythémateux qu’elle savait incurable et qui avait déjà emporté son père. D’elle, je ne connaissais qu’une photo, reproduite par tous les éditeurs, sur laquelle on la voit rayonnante et espiègle, avec un sourire à l’américaine, un rouge à lèvres un peu trop vif et un tailleur un peu vieillot. Cette photo en soi était déjà un mystère. Comment cette femme trouvait-elle encore la force d’adresser un sourire radieux à l’objectif, de faire bonne figure alors qu’elle se savait condamnée ? Etait-ce l’impératif catégorique du Keep smiling ou l’énergie hors du commun d’une femme décidée à ne pas se laisser abattre, fût-ce par un diagnostic sans appel ? Ce n’était là qu’une interrogation parmi tant d’autres car la vie de cette femme dans sa brièveté et sa souffrance ne manque pas de susciter la curiosité. Peut-être ma question première fut-elle la projection d’une angoisse toute personnelle : trouverais-je la force d’écrire si je me savais condamné et si oui, quelle serait la matière de mes livres ? Réussirais-je à sublimer ma souffrance ? Flannery O’ Connor y est de toute évidence parvenue. J’ai lu quelque part qu’elle avait écrit jusqu’au bout, que sa créativité avait résisté à la maladie. C’est en soi déjà un sujet d’étonnement mais n’est-il pas plus étonnant encore que cette femme qui, coupée du monde par la maladie, qui n’avait pas connu d’hommes et que l’on dit vierge ait pu dépeindre ce qu’elle n’avait pas vécu et un monde dont elle ne connaissait guère que les limites de sa propriété ? On pourra toujours invoquer le foisonnement de l’imagination féminine ; la créativité recèle décidément bien des mystères. C’est ces mystères que j’avais quelque espoir d’élucider en ouvrant L’habitude d’être, volume dans lequel Sally Fitzgerald a réuni des extraits de la correspondance de Flannery O’ Connor.


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Voici le deuxième numéro consacré au thème Femme(s) & Créativité. Ceci en vue de la création d'une nouvelle rubrique de la RAL,M. N'hésitez pas à y proposer vos textes: essais, poésie, récits, et vos oeuvres graphiques et musicales. Un Cahier de la RAL,M pourra être bientôt publié sur ce thème (janvier 2007?).

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NOUVEAUTÉS
dans les autres rubriques
Espaces d'auteurs, Collections, Galeries, Musique, Art & Thérapie, etc.

 

Espaces d'auteurs

Comme un miroir 

Valérie CONSTANTIN & Marta CYWINSKA




Espace de Valérie CONSTANTIN 

 




Atelier de traduction 

Marta CYWINSKA




Side effects 

Nacer KHELOUZ




Avec l'arc noir 

Pascal LERAY




Chronique du péristyle

Serge MEITINGER




Lettres vagabondes

Benoît PIVERT




Línea de sombra

Oscar PORTELA




Le zinc

Robert VITTON

Collection Hors série
  
Jean-Louis DALÉS
Chansons
Poésie
 
Jean-Louis DALÉS
Homenaje a Paco
Poésie
 
Marie SAGAIE-DOUVE
traces de trame
nouvelle version

Poésie
   

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Janvier YEMELE . Fédération de la guerre

. 2 contes africains
 
Kathy FERRÉ 2 poèmes
 
Kacem LOUBAY 2 poèmes
 
Éric DUBOIS Poèmes inédits
 
María Eugenia CASERIO Poèmes
 
Adriana SERLIK Andaremos
 
Francisco AZUELA . Tenochtitlan y el fuego nuevo

. El escritor y académico mexicano Arturo Azuela en Bolivia
 
Doina Mihaela SAVA Poésies
 
Sylvie SIMONELLI Écrire
 
Carmen VASCONES Un solo de mujer
 

 

Galeries
  
Patrice MÉROT
L'Hyper-Dynamisme

 

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2004/2017 Revue d'art et de littérature, musique

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