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Définitivement proscrit du tableau d'honneur....
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 Article publié le 19 octobre 2014.

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 Définitivement proscrit du tableau d’honneur. Il espérait se caser... Tout couillon d’idéal, et confiant ! Il arrivait, l’œil pétillant de promesses... il flairait la jeune femme... un bouquet à la main. On ne fait pas plus vulnérable, en fait de prétendant grotesque.
Candide à un point que c’en était gênant. Les rapports humains, les emplois du temps... les promesses mignonnes. Les corsages et les faveurs. Les parfums... les fragrances... on n’en finirait plus d’égrainer les pièges. Il se laissa mener tel un bœuf à la crèche.
Il y avait de quoi se laisser étourdir, mais à ce point là... il ne fallait pas trop exagérer tout de même...
C’est toujours très touchant pour le bourgeois, une âme poétique issue de la plèbe. Cela leur rappelle les beaux romans qui leur plurent tant mais qu’ils ne reliront plus jamais, inoffensifs qu’ils sont à présent sur leurs étagères à ne plus endormir personne.
Ils n’en reviennent pas, c’est certain, de pouvoir lire à la fois tant de raffinement et tant d’innocence issus du fumier.
Ainsi, comme l’instinct le plus bas est alors celui des riches possédants, comparés à la splendeur de ce qui les dépasse, ils ne conçoivent plus que haine et violence vis à vis de cette âme de poète imprévu...
Ainsi la bourgeoisie, grosse mygale gorgée d’appétits, ne connaît pas de repos avant d’avoir pu faire sa proie de cet insecte trop libre et si insolent envers ses lourds et rampants instincts de conservation terrestre.
Mais cela ne compte plus. Et puisque le voilà exclu de fait de ces coutumes, il est libre au moins de serrer contre lui ce souvenir d’un corps où ses forces purent trouver où s’évanouir.
On se laisse piéger dans la mousseline. On est tout alangui, assoupi qu’on est sous le gros ventilateur. Ce furent les coups charmants d’éventails à son visage d’invité ne croyant pas devoir montrer de méfiance.
Il n’avait pas encore c’était sûr, tâté le sol de ces ruelles de mort où la vie vous reconduira, quoi que vous fassiez. Ces fameuses ruelles de solitude où s’en venir moisir toute sa patience.
 Il se croyait avec un nouveau chez soi. Charmé jusqu’au trognon. Disposé à poser ses valises à jamais. Il ne savait pas encore qu’il lui faudrait franchir de nombreuses années de vide avant cela. S’accoutumer aux sécheresses... faire la connaissance en lui de sécheresses ou de glaciations imprévues.
(de quoi bien se bidonner, entre soi, lorsque s’absente cette victime si amusante...)
On en riait des heures en secret, de sa crédulité. De ce paria on chercha à se faire un piédestal commode, un élément de comparaison.
(ici je ressent sa détresse... son exil m’est plus grand que la mer).
L’innocent... il avait grand besoin, suite à ces illusions, de se faire reconduire vers des réalités plus indiscutables. Ou de prendre une bonne douche glacée. Le réveil s’imposait à lui. On ne peut pas continuer à croire en la fusion des êtres plus longtemps. Arrivé à bout d’illusion, il faut se voir signifié son congé, et le devoir de s’acclimater à des réalités plus tangibles certainement.
 Il fallait le reconduire aux places vides. Aux endroits sans âme. Qu’il se montre à nouveau capable de faire contrepoids, au moyen de ses richesses intérieures, aux irrespirables et si ternes réalités extérieures.
À des places désertes où pouvoir se ressaisir dans toute sa solitude. Comme on dérobe un joyau vous ayant appartenu qui sait lors d’une vie antérieure.
Sans cela il aurait chuté sans fin dans un abîme inconnu, tous les jours un peu plus diminué dans sa valeur par les compagnies mielleuses et les trompeuses consolations.
Les places où la neige va bientôt prendre sa place. Tout recouvrir. Tous ces endroits abandonnés.
Aux petites rues où souffle un silence sans remède. Celui des vrais désespoirs. Rien du bluff ou de la frime des journaux intimes... ceux qu’on n’avoue pas car ils n’ont rien d’évident pour le vulgaire. Rien de justifié apparemment...
Ces instants de désespoir ne sont pas pratiques à définir... car ils tiennent à cette difficulté à être, problème si vaste et si évident que personne jamais ne s’y arrête.
car rien qui puisse se voir consolé par une simple augmentation.
Rien qui ne puisse en tous cas justifier qu’on interrompe une gentille fête pleine de chants repris en chœur sous la boule à facettes.
Ah, on lui préparait une fameuse période de remise en question. Il n’y avait pas d’erreur. Il en reparlerait, de sa grande période de transition. Accompagné d’anciens fantômes...
Tout allait continuer, comme auparavant. Il se retrouvait dans un autre rail, à devoir faire bonne figure. Une fois qu’on a dévié d’un certain rail, on se retrouve, c’est fatal, à devoir continuer sur un autre.

Il continuerait d’errer, par la ville, n’ayant plus dans son abandon qu’à espérer n’y plus trop penser, puisque n’y plus trop songer est le seul remède à une détresse rêche et sans recours.
En conséquence il retournerait vers l’ombre. Vers un passé de choses somptueuses à se souvenir.
Puisqu’au moins il conservait par devers lui certains visages, certaines esquisses de gestes. Des paroles. Tout un grand reliquaire, en son esprit reposant, chargé de trésors, de joyaux, de beautés plus diverses que les étoffes d’un conte oriental.
Un passé qui vous attendrait, toujours, plein de sourires qu’on reconnaîtrait, des souvenirs qui vous interpellent, comme au travers de la brume des choses et des ans... brume insensible mais si totale que passé un temps on ne peut plus l’ignorer, tant elle s’emplit d’anciens visages, tous à s’entrechoquer avec le son des crânes dans un sac.
Car elle recouvre tout à mesure que vous avancez. Comme la pluie fait du quai froid... jusqu’à se confondre avec le morceau d’océan qu’on croit voir encore au travers, mais qui n’est pas l’océan... non, plutôt une vieille flaque uriné par tous les fêtards du quartier. Surprenants Mirages !
Vieilles légendes. Anciennes perspectives... vieux livres qu’on ré ouvrera lorsque la solitude nous tendra ses bras suite à ces dissipations sordides.
 On ne l’a pas raté, c’est sûr. Ah, mais il ne fallait pas trop venir jouer avec nous.
Nous avons un certain rang à tenir. On ne peut pas continuer de faire comme si les choses n’exigeaient pas un certain sens des distances.
C’est que l’instinct de reproduction des classes sociales exige que l’on se soumette à toutes sortes de manigances... que l’on rentre bien dans les grilles de convention à ne pas négliger. Sous peine de voir ses membres broyés sous leur pression superposée à tous nos gestes... (non, il ne fallait pas omettre une seule d’entre elles... de ces conventions... sans piger où elles nous mènent exactement ces grilles, ces cartes, ces règles ou conventions incontournables... mais n’importe, c’est là une autre histoire bien assez vaste et que ce récit ne pourra aborder en détails... et puis les principes de base ne doivent pas être discutés, relisez donc les philosophes établis... c’est comme ça et pas autrement). Puis, crac, au coin d’une rue, on vous étourdie, et blam ! on vous verse, avec votre joli costume, votre smoking. Tout droit dans une petite trappe... portant votre linge fin, tout empreint de fragrances si suaves... avec vos fleurs... vous finissez droit dans la benne à ordures... sans l’avoir vu venir... libre de pourrir tant qu’on voudra dans une décharge. Charmant charmant. C’est une scène à peindre en vérité.
Mais cela ne nous regarde plus.
Car toutes ces histoires, comme elles sont abolies, n’ont aucune espèce de réalité tangible, de fait.
Mais cette désillusion est tout de même âcre et profonde.
Par une nuit sans lune à ne plus se reconnaître soi-même.
Ensuite, et bien réveillé des romances... on pourra toujours s’en revenir, bien loqueteux la gueule en sang sur la route ensoleillée, sans injure rieuse à consacrer à toute cette faillite de nos projets...
nos vœux irresponsables. On en ferait des chansons. De tous nos échecs. Ainsi qu’une vieille folle un peu sourde ne voyant plus que souvenirs flous mais colorés.
Marchant dans une campagne solitaire et nue... comme on arpente le sol de sa détresse si banale à tant suer dans sa chemise. Oui, on en ferait des refrains, carrés, précis. Harmonie. L’essor dans les fines évocations.
Même pas de quoi trousser une histoire où les critiques retrouveront leur compte d’intrigue ou d’états d’âmes. L’épure aux désastres.
À peine un air frondeur aux lèvres, et tout le décor de toute cette peine à devoir reconsidérer...
On pourra toujours aller plus loin faire l’épris fiancé de service, cela pour que dalle nos burnes.
Ces façons vous auront affranchi, pas d’erreur, à la fois sur votre crédulité, puis sur la duplicité totale et invétérée de tous rapports humains...
on est renseignés, à présent, merci bien. Le tranchant, on l’a senti sur notre peau. On n’y reviendra plus comme cela. Bien enregistré. Et salut.
Il s’y voyait, ce G., pourtant, enfin intégré, choyé, béni, invité à toutes occasions, à humer les roses de la table ad eternum. Et de belles et si fines conversations... si riches conversations, plus inépuisables que des cartes richement détaillées lui dérivant des contrées où s’en venir vivre à l’aise. Toujours si bien reçu pour toujours... loin de la crasse et des malveillances pourris de la ville en convulsée dans ses violences...
préservé pour toujours... sous cellophane, l’oiseau. Avec sa fiancée si délicate. Une allée des rois ressuscitée pour eux d’eux sous une pleine lune éclairant le tout mieux qu’une féerie jamais tarie.
On voit à quel point on peut déconner dans l’idéal lorsqu’on a été sevré des ans à ruminer dans son cabanon sans une bonne paire de fesses à pouvoir pétrir... la tête roulant ses rêves inexacts et sans consistance... c’est une pitié... on en ferait des poèmes.
Oui, la chair et les discussions. Le festin ravivé des jeunesses. Le philtre enfin à disposition.
Un beau fessier à portée de plaisir, et pour toujours doré sur tranche. Des attentions !
De la connivence au coin du feu... et des épanchements... avec vue perpétuelle, de biais, sur une belle poitrine souvent discoureuse... de la neige et des roses... délicat, délicat...ou soulevée d’un souffle rieur fixé soudain... dans les ravissements... que demandait donc le peuple...
Il s’y croyait. De surcroît le piano aurait continué comme cela, et pour lui seul, de dévider les sonates et les mazurkas. Sans fin entraîné dans les mélodies. Hors des pesanteurs tristes.
Pourtant il crut dans sa délicatesse devoir frôler des périls.
Cette tristesse sur commande des âmes repues de coïts et d’orgasmes très distingués.
Mais foutre enfin que bénéfique est cette lumière sur nos joues brûlant d’émotion.
L’air des harmonies de confiance... ça ne sentait c’était certain ni la rue ni la prison ni la soupe populaire... non... jamais, jamais !... il suffisait de se laisser dériver... de glisser sur un calendrier de confort, avec ce faisant la grâce d’un alligator entraîné entre les roseaux.
(il n’avait pas vu les rochers, mauvais pilote donc).
Pour saupoudrer de belles musiquettes toute cette patience où il laissait son sang se bonifier. Sans plus d’inquiétudes à se forger tout seul. Il lui manqua, pour s’éviter l’épisode du refus et des désillusions, de savoir tout observer comme au sortir d’un bain glacé.
Faute de quoi toute sa conduite fut fragile, son tempérament celui d’un touriste surpris par un vent desséchant.
On l’aurait mit en bouteille, ainsi qu’un génie des contes, pour qu’il repose dans la cave, parmi tous les grands crus. On l’aurait dégusté, son millésime. Ce vin si fort de la mémoire.
 Naïve projection de son désir couvé de paresse rudimentaire.
Car il ne souhaitait pas s’offrir aux incertitudes de la rue... non, cela il ne le fallait plus...
c’était pourri, toutes ces situations, puis les besoins, puis les affreux aux coins des rues prêts à vous faire votre affaire. Puis la concurrence, non pas seulement hypocrite et toujours procédant crabe de biais, mais une concurrence des rues, nue et sans détours. Frontale de haine rance. Dans une si jolie ville pourtant...
Cela il avait cru pouvoir le bannir... ne plus devoir se sentir puer de tout son passé... ne plus devoir se commettre en de sales compagnies... bien à l’abri.
Dans un cadre à pouvoir humer, embaumé sans tourment, sans plus avoir à s’en faire.
Il faut croire que pour miser aussi aisément sur ces plaisirs sans fin disponibles, il faut avoir en soi bien plus de ressource, c’est certain, et ne pas seulement faire reposer son assurance sur des échanges somme toute futiles avec une jeune fille bien comme il faut et ses gentils parents.
Merde... Bien dépourvu, dépité, de sentir la jolie mignonne se métamorphoser...
Son visage fut celui d’un vampire en plein minuit des caresses... sa peau laiteuse, soudain ternie de honte, fut couverte alors de soudains bleuissements. Rendu translucide, presque diaphane par la honte diffuse de sa conduite si nulle, elle parut chercher aux derniers moments à se rendre immatériel. Comme pour tendre, par l’issue de l’immatérialité, à l’énigme vaporeuse d’un démon disparu de la place. Cela comme pour nimber de prestige tout le pitoyable constat de ses reculades.
On lui préparait toujours un plat infâme qu’il allait falloir se bouffer tous les jours, sans en rien laisser dans l’assiette... des fayots froids et des nouilles au ketchup immonde.
durant les solitudes l’invariable menu des remords moisissant
 le plat de l’absence et de ses questionnements sans terme...
Toute une jungle amazonienne. De fait, recouvrant les commodes, les tables d’apparat, les buffets, les canapés, les impasses... toute une végétation qui menace sans arrêt de vous engloutir... dans son débarras des remords touchant le passé poussiéreux... vous et tous vos égards stériles... car vous êtes un simple passant dans ce décor. Tout au plus un étranger, un étranger absolument à ce joli monde (car dans les pauses de votre ivresse, vous le sentez, vous ne pouvez vous aveugler ainsi longtemps vous même : vous êtes indésirable ici, vous avez tout du futur exilé... ou du chien d’ivrogne que son maître devenu brutal par excès de piquette ne tardera pas à piétiner pour le faire fuir enfin... une fois que la fête sera finie... qu’on ne sera plus obligé de se montrer aimable... qu’on pourra à nouveau laisser librement parler sa sale vérité.

 

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