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 Article publié le 12 octobre 2014.

oOo

Monte en lui, depuis si longtemps, l’envie de plonger dans la noirceur la plus vive,
La plus intrigante,
Une noirceur jamais assez noire
Crocs de boucher, pal et bûcher

L’ancien temps veille dans la mémoire des hommes
On fabriquait des montagnes à la chaîne il y a peu encore
La nouvelle faisait des vagues jusque dans les légions des anges

Perles roses des montagnes magiques,
Rien n’égale votre vertu enfantine
Sauf peut-être les sables d’Arizona

Quand tu reverdiras, ami, il faudra qu’on te trouve un nouveau nom
Pour l’heure pas un arbre à l’horizon,
Pas même un arbre foudroyé

Monsieur Silence nous a quittés hier
L’enterrement est prévu pour après-demain
En tête du cortège sont prévues madame Arrogance et ses acolytes
Mademoiselle Fragrance a décliné l’invitation à s’asseoir auprès du mort-vivant
Les murmures indécents qui perlent de ses oreilles lui enjoignent de garder le cap
Elle ira droit là où la conduit son instinct
A l’instant, je reçois des nouvelles d’une nouvelle déclinaison
Trouvée dans les papiers de monsieur Silence
Ca va relancer le débat sur sa capacité à se taire
Il n’a jamais su se faire tout petit
Il voulait l’empire
Il était l’empire à lui tout seul
Imposant à tous le même vœu de silence
Mais comment gouverner dans et par le silence ?

Ce peuple porte le deuil de demain
Il porte dans ses yeux les fleurs d’hier
Les graines essaiment de par le monde enchanté
Qui se prépare dans les mains des géants aux longs pieds

Pas de couronnes de fleurs pour fêter la naissance des montagnes
La nouvelle de la mort de Monsieur Silence a fait grand bruit
Jusque dans les rangs des plus bavards
Nous formions tous le vœu secret
Que la parole qui nous habitait s’abîmerait avec son départ
Dans les eaux tièdes des larmes
Aperçues de loin sur les joues rebondies de ses épouses morganatiques

Je demande le silence
Je demande la parole
Je parle pour demander le silence
Le silence est toujours pour les autres
Ecoutez-moi bien !
De deux choses l’une :
Ou vous vous taisez et faites silence,
Où je me tais
A vous de voir
A vous de choisir
C’est tout vu
Personne n’écoute personne
Tout le monde parle

J’ai pris le silence au sérieux des années durant
Ah dures années !
J’ai gardé le silence dans plusieurs langues
Je suis fatigué d’écouter et le désir de parler m’a passé
Mais le mutisme n’est pas encore le silence attendu
Où celui qui écoute de tous ses yeux parlerait enfin au nom de tous
Dans la langue de tous
Le cercle vertueux de la parole et du silence est vicié
Alors respirer l’air pur de la pensée
Pour cela marcher longtemps sans aucun but
Sans autre désir que de laisser à la parole le temps nécessaire à sa respiration en pensée
Les pas ne guident pas, donnent le rythme que le cœur impose aux muscles des jambes
Qu’un chant se défile dans les fourrés est un risque à courir
Pour l’amour des bois et des êtres qui les peuplent
Ceux-là, comme moi, veulent ignorer l’image du Supplicié dont on nous abreuve
La terre serait sans valeur
Voilà ce que disent les bonnes âmes
Seuls comptent les hommes et les femmes de ce pays et d’autres encore
L’entre-deux qu’est la terre, l’abîme qu’est le ciel diurne et nocturne,
L’assise mouvante de la parole,
Tout cela foulé aux pieds par nos ingénieurs et consorts
Comment en est-on arrivé là ?
Tout se traîne et se tord
Rien ne tient
Tout s’éclaire
D’une lumière qui n’est pas intérieure
L’air libre, le froid mordant, le rire des blés au printemps,
Et mille choses encore nous disent de tenir bon jusqu’à l’hiver
Nous sommes tous des arbres en hiver
Notre saison ne convient pas à l’espèce de silence qui s’impose entre les lignes
A celles et ceux qui ne veulent rien lâcher
Tout est affaire de volonté et d’organisation
Depuis que l’humanité est sortie de sa gangue d’animalité
Doucereuse animalité qui se croit encore porteuse d’un certain avenir
La vérité chemine ailleurs
Entre ciel et terre
Dans le mouvement des astres
La connaissance précise des mystères de l’univers
Mais pour que tout tienne ensemble,
Pour qu’arbres et forêts,
Pour que champs et blés mûrs,
Pour qu’hommes et femmes enfin s’entendent,
Il faut plus que des lois, fussent-elles universelles
Manque l’amour et la parole, l’amour de la parole et des paroles d’amour
Amour qui tient tout ensemble
Bouleverse et maintient tout ensemble
Depuis que la nuit s’est faite,
Depuis que le jour est jour dans le regard des hommes de cette terre
La terre suppliciée regarde le Supplicié,
Murmure que ça suffit, qu’il est temps que s’arrête le carnage
Rien ne s’arrêtera, pas même la terre-témoin,
Longtemps après que les hommes auront disparu de la surface de la terre
Pensée et paroles, technique et terre,
A ce point mêlées
Qu’un trait de plumes suffit à les faire coexister
L’arbre à plumes fleurit sous la manne digitale
Etre et néant compulsifs
Spasmes de jour
Le monde hésite entre oui et non,
Joue de ce jeu
Se joue des joueurs
Que nous sommes tous et toutes

Jean-Michel Guyot
28 septembre 2014

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