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Manifeste du priapisme
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 Article publié le 5 octobre 2014.

oOo

La métaphore, c’est bien beau,
Mais ça ne vaut pas le tricot,
D’autant que le lecteur s’habille,
Même si dedans ça frétille,
Et ne s’apprête nullement
A tirer de ce bon roman
Des conclusions qui ne le vêtent
Depuis les pieds à la casquette.
On est peut-être entré tout nu
En se disant que l’inconnu
Ne déçoit jamais ses adeptes,
Mais à la fin, le seul précepte
Est d’en sortir sans attirer
Les foudres d’une société
Toujours encline à la critique
De la nudité priapique,
Au mâle comme au féminin.
Alors trêve de baratin
Et passons aux choses sérieuses,
Qui sont aussi avantageuses,
Car on y gagne en netteté
Ce qu’on perd peut-être en clarté.
Le comment des choses renseigne,
Comme sur le nez la châtaigne,
Ou le vin né pour adoucir
Tant mœurs que douleur de martyr,
Alors que le pourquoi complique,
A tel point qu’en fin de chronique,
Au tribunal comme au travail,
On ne sait plus si le détail
Qui fit pencher de la balance
Le fléau du côté qu’on pense
N’eût point plutôt à l’opposé
Eté d’un bien meilleur effet.
A force de vouloir comprendre
On ne sait plus qui on doit pendre
Et de qui on peut ou jamais
À la folie se faire aimer.
Les livres sont pleins de ces drames
Dont on connaît les amalgames.
Préférons Huck à Lancelot
Et avec lui foutons à l’eau
Le faux cadavre avec nos nippes.
S’il faut aller au casse-pipe,
Autant fumer du bon tabac.
Il n’y a jamais de pourquoi
Qui ne finisse en pirouette,
Ce qui met souvent le poète
Dans un état tel qu’il ne sait
Plus comment avant lui c’était.
Depuis la guerre les écoles
Où on s’adonne à la bricole
Du pourquoi-pas-que-moi-aussi,
La lorgnette sur les mercis
Et le cul dans les bonnes planques,
Ont oublié que saltimbanque
Rime avec comment-que-je-fais.
Et qu’il faut le faire en effet
Avant de se mettre au théâtre
Et même parfois plus qu’en quatre.
Aussi tenons-nous en à l’art
Qui exige de son taulard
Qu’il s’en tienne à dire les choses
Sans en baragouiner les causes.
On n’est pas ici au palais.
Vous saurez tout, je le promets,
Foi d’animal qu’on met en cage
Pour que jamais il ne partage
Ce qu’il sait faire et ne fait pas
Et ce qu’il fait comme papa.
Des décennies que je mijote
Sans que Poésie me dorlote
Dans le verbiage du prolo
Devenu par suite intello,
Sans compter que les fils de putes
Qui de la chaise en parachute
Font des sauts dignes de Jésus
Avec des clous plantés dessus
Comme porche et tapisserie,
Proposent leurs finasseries,
Avec relations et consorts,
Et pas capables d’un effort
Pour ressembler à quelque chose,
Au comptoir de ma porte close.
Je ne l’ouvre jamais pour chier,
Vu que c’est dedans que je fais,
Là où je dors, les mains ouvertes
Parce que la place est offerte
En échange de l’interdit
Que par essai ou par ennui
Il arrive qu’on s’autorise.
Il faut dire que l’entreprise
A un charme fou à lier
Et je ne m’en suis pas privé.
Au trou pour toute l’existence !
C’est ainsi que la connaissance
Subit la froide résection
Des membres conçus pour l’action.
Tu parles d’azur et de cygne !
À la fenêtre on fait des signes
Pour avoir sa part de gaîté
Et de la vie peu profiter.
Mais avec des riens on allège
Le poids sans autres privilèges
Que la rareté des objets
Que sur les doigts on peut compter.
Ce n’est certes pas dans ma tête
Qu’il faut chercher ce qui m’arrête
Devant la vitrine aux jouets
Sans les moyens de m’en payer
Au moins un sans tuer personne.
Ça rend la morale grognonne
Et elle veut savoir pourquoi.
On tourne en rond comme chez soi
Dans ces palais où on vous juge
Pour avoir causé du grabuge
Dans des endroits du tout prévus
Pour susciter les prévenus
Et inspirer les épigones
Faute de la bonne personne.
Violer chez l’autre son enfant
N’a pas en droit d’équivalent
Autre qu’enfer ou purgatoire
Selon qu’on veut ou non vous croire,
Comme on s’adresse à l’animal,
Quand vous prétextez que le mal
Etait déjà là à l’ouvrage,
Avec même ses personnages,
Avant que soi-même on y soit.
Au risque de dire pourquoi !
Alors qu’on n’a pas eu d’enfance
Et qu’on était sous surveillance
Avant même d’avoir tout dit !
Un bon boulot au paradis
N’est pas métier qui bonifie
La chair peu faite pour la vie,
Si la vraie vie jamais ne meurt.
On peut penser que le chômeur
Finit par trouver ce qui manque
Pour arrondir son compte en banque
Sans crever de ne pas trouver
Autre chose pour en rêver.
Mais le vrai poète assassine
En commençant par la voisine,
Ou le voisin s’il a du goût !
Ça ne l’avance pas beaucoup,
Mais ce qui est fait l’emprisonne
Dans les limites de la zone
Qu’il trace sans savoir pourquoi.
Et il s’y sent plus qu’à l’étroit,
Surtout si vous fermez la porte
A clé pour que jamais il sorte
Prendre l’air et les biens fondés
Que la loi ne veut accorder
Au cynisme et à la licence.
Il faut soigner les apparences
Sans négliger les fruits cachés.
Mais je vais tout vous avouer.
Je ne suis pas fait pour l’aisance
Que connaît l’homme que la science
Promet au bonheur de l’acquis.
Mon ouvrage n’est pas requis
En cas de question essentielle.
Je ne veux plus faire la belle
Et risquer de recommencer.
Vous faites bien de m’enfermer.
Me condamner à la paresse
Et aux attentes de l’ivresse
Vaut mieux que tous les jugements
Ordonnant que le changement
D’air porte fruits sains et matures
Comme il est bon que l’aventure
S’achèvent devant les enfants.
On peut tout faire comme avant
A condition que ça avance
Dans le sens de la connaissance
Qui est utile même au fou,
Pour le prix qui vaut bien le coup.
Seulement voilà le salaire
N’a pas le bonheur de me plaire.
Je tue, je vole et je fais tout
En dépit de votre bon goût.
Pas moyen que je réfléchisse
Comme un miroir que la Justice
Brandit au-dessus du malheur
Des hommes voués au bonheur
Sous peine de connaître pire.
Il faut vivre dans un empire
Ou n’être plus considéré
Comme un homme en tous points formé
Pour être à la fois fils et père,
Et ce dans la paix ou la guerre,
Ce que Dieu ou qui on voudra
Ordonne à tous les bons États
Qui n’ont rien laissé à la terre.
On soigne les propriétaires,
Sans quoi le monde est animal.
Il faut lutter contre le Mal
Et non point avec la paresse
Qui fait du bien et bien nous laisse
Où le hasard fait des petits.
On n’est rien sans un bon parti.
On pratique l’autocensure,
Car le mérite est la mesure
Et le nez l’outil du salaud
Qui met à l’abri bibelots
Et petits riens que l’héritage
Veut voir fleurir dans les étages.
On élève des monuments
Pour mettre à l’œuvre le manant
Dont la chair est très appréciée,
Après l’avoir bien dépecée,
Car l’os n’est bon que pour meubler
En attendant de repeupler.
Achetez sinon on vous vire
Par-dessus les bords du navire,
A droite, à gauche et au milieu.
Et bien mesdames et messieurs,
Cette existence de primate,
Pédant, salaud ou diplomate,
Je n’en veux point pour mes enfants !
Et c’est en vous assassinant
Que je retrouve mon office,
Ma dignité agitatrice
Et la saveur de mes chansons.
Excusez-moi, si la leçon
Vous a paru longue et diserte,
Mais chaque fois que je disserte
Avec le juge ou le bourreau,
J’y mets ce que j’ai sous la peau
A défauts d’y rendre les tripes
Comme un qui se plaint et qui flippe
Parce qu’il a perdu le Nord.
Ça ne me coûte aucun effort
Et j’ai même envie qu’on m’empêche
D’utiliser mes antisèches.
Ah ! faites de moi un muet
Même sans couper mon caquet.
Ma langue lèche les fenêtres.
Pas de télé, d’applaudimètre.
Ma rue donne sur le soleil
S’il est levé dans mon sommeil,
Peinture sur un paysage
De vitrines et de voyages,
Et s’il dort je rêve de nuit.
Je passe ma vie dans mon lit,
Léchant les mouches de la vitre
Qui ont des ailes sans élytres
Comme mes rêves de taulard.
Mais je ne suis pas très bavard.
J’écris des draps et des salopes,
De près parce que je suis myope.
Dans la rue passent des oiseaux,
Des nuages, des hélicos.
Rien ne s’arrête en transparence.
Je rêve, il faudra que je pense.
Je pense, il faut recommencer.
Que ton œil soit aussi rincé,
Mouche sans langue dans la bouche.
Entre deux nuits, je me recouche.
Mon angoisse cherche un emploi.
Ma langue est au bout de mes doigts,
Comme la mouche sur la vitre,
Pattes de sang, fin de chapitre.
Demain il faut recommencer,
Tout récrire sans se presser.
Je donnerai de mes nouvelles
Aux morceaux de votre cervelle,
Eparpillée sur le carreau
Dont ma langue lèche la peau
Sous le regard des drosophiles
Qui passent dans ma rue tranquille.
Voilà ce que je sais de vous
Et je me jette à vos genoux
Pour mordiller vos doigts agiles
Et vous rendre la vie facile.

 

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