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 Article publié le 21 septembre 2014.

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A des années-lumière de tes buts, dans la vie, mais comme à l’écart, perdue entre ici et nulle part, tu as vécu bon an mal an des années durant, butant, croyais-tu, sur d’autre obstacles que toi-même, obstacles plus ou moins vite franchis, plus ou moins péniblement écartés, pour, en cours de route, le poids des années venant, en venir à l’évidence que le plus vif obstacle sur ta route, c’était toi.

Ignorer les attentes des autres à ton égard quand elles ne sont pas conformes à ton désir profond, ne plus jamais agir pour faire plaisir, ainsi être appréciée, chérie, aimée même pour des actes, des pensées et des manières d’être qui ne correspondent pas pleinement à tes attentes, à qui tu es foncièrement, à ton ethos, et ne jamais te laisser entraîner dans la spirale de la pensée impersonnelle qui se demande en toi ce que tu penses qu’en pensent les autres, tel est désormais le moyen le plus sûr que tu aies trouvé pour tendre vers ton but.

Outil tranchant à ne pas mettre dans toutes les mains, outil qui exige prudence et audace mêlées, car avant tout il s’agit de ne pas blesser en se blessant.

But indécis, mais pas vague, indécis comme la vie qui chemine le long des allées qu’elle invente pas à pas, avec pour seule mesure la vérité du cœur, pour unique boussole le bon sens et l’instinct de survie, but tenace comme les vagues de la mer toujours une, même furieuse, même démontée, but qui te transit, tant ce vers quoi tu tends tient autant de la parole impersonnelle-solennelle que tu aimes depuis l’enfance que de la parole amène de l’homme qu’il te prend l’envie d’aimer pour ce qu’il fait résonner en toi le meilleur de toi-même, quand il accompagne ta vie en partageant avec toi le pain et le vin.

But premier, but ultime, c’est même chose pour la femme vivante que tu es qui ne demande qu’à vivre sa vie de femme.

Les débuts difficiles liés à l’éducation stricte que tu as subie en silence et qui t’aura conduite à te soumettre aux attentes des autres pour ne pas les fâcher, pour leur plaire et ainsi avoir la paix, c’est fini.

De débuts en débuts, on se découvre des buts étrangers aux attentes de notre entourage, et l’on met des années à sortir du labyrinthe de la mauvaise foi, de la soumission, de l’auto-aveuglement.

A présent que l’amour te dure dans un corps et un cœur, en dépit des avanies, des revers et des reculades passagères, à cœur ouvert, corps offert, tu prends le temps long de l’initiative singulière qui chemine dans tes actions de tous les jours.

Rose en bouton que le printemps de ta sagesse nouvelle appelle doucement. Dans une ardeur mesurée à l’aune de tes manquements passés, dans une ferveur toute tournée vers le divin qui nous habite tous et toutes.

Tes seins et ton sexe le savaient depuis des années, depuis que, voyageant d’étoile en étoile, tu nageais, comme malgré toi, dans ce bonheur constellé vécu au plus près dans l’amour de ton corps de jouissance, les battements de ton cœur et la tendresse de ta pensée.

A présent que tu désires te sentir aimante-aimée, tu veux enfin pouvoir aimer sans rien abandonner ou délaisser de qui tu es, comme si désormais s’imposait à toi l’évidence sacrée que ta vie dans la vie ne souffre aucune lâcheté.

Tu laisses les étoiles à leur apparente fixité. Elles guident tes pas dans le sourd dédale de ton passé. C’est bien ainsi. Il faut des points de repère et des jalons pour bien voyager.

Mais tu le sais : toute lumière qui te vient du ciel est d’hier et d’avant-hier, et pourtant c’est l’instant présent de ta présence à toi qu’elle éclaire.

Ainsi donc tu vas, à la lumière de ton passé, au-devant d’un avenir inconnu. Douce fatalité de l’incertitude qui n’effraie pas.

Toi seule pouvais décider d’accorder un peu de jour à la nuit qui s’était faite en toi, quand tu ne cessais de tourner autour d’une étoile qui ne t’était pas destinée, dont tu pensais faussement qu’elle déciderait pour toi de ton destin, de la marche à suivre, des voies à emprunter et des buts à se fixer.

Au lieu de quoi une comète traversa ton ciel nocturne.

Tu le sais, à présent qu’une comète-amie parcoure la voûte céleste, c’est la lumière en provenance des autres étoiles qui t’amène à comprendre que la lumière que tu es, dans le rayonnement discret de tes joies, n’attend que son heure pour rayonner pleinement, et ainsi, dans l’hier et l’avant-hier de sa provenance, faire de ta joie présente le présent renouvelé que tu offres à qui se présente à toi le cœur pur.

Main dans la main, passer le petit pont de pierre, d’une rive à l’autre sentir frémir la même terre, la même espérance pour tout ce qui est vivant, souffrant, aimant.

Illumination qui n’éblouit pas, mais réchauffe le cœur, clarté toute humaine par où la terre et le ciel, les dieux et les hommes en toi se réconcilient pour le meilleur.

 

Jean-Michel Guyot

17 septembre 2014

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