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 Article publié le 21 septembre 2014.

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Étudiant au Collège Royal de Curepipe, Aqiil Gopee est né le 22 juin 1997. À l’âge de 14 ans, il publie son premier roman, La Pièce (mention, prix du Livre d’Or 2011). Sa participation au concours de poésie Point barre pour la jeunesse en mars 2013 lui vaut une mention spéciale. Son premier recueil de poésie, Fantômes, paraît au mois de juillet de la même année.

 

Dawn

 

J’écris au bris de l’aube. Je n’ai jamais fait ça avant. Je fais rarement l’effort de me réveiller à une heure si délicate, où les regards restent léthargiques, à demi endormis, et où le désir est engourdi. Ne me méprenez pas, j’ai toujours désir de corps, d’amour, de peau, mais ce n’est plus qu’un désir étouffé, un désir qui peine à se réveiller, un désir qui ne se réveillera qu’avec le soleil, une boule de feu au ventre. Après tout, qu’est le désir sans soleil et sans lune ? 

Il n’est rien.

S’il s’était réveillé en même temps que moi aujourd’hui, il aurait eu à attendre comme un enfant capricieux, les yeux rougis, que je termine mon poème avant de m’occuper de lui.

 

 

II

 

Des chiens aboient. Leur bruit provient de partout. Je me demande pourquoi ils aboient. Est-ce leur façon à eux de saluer l’aube ? Non ce n’est pas ça. Je les vois maintenant, à travers les barreaux. Une horde de chiens sauvages. Je n’ai jamais aimé les chiens. Qu’ils se taisent. Ils feront peur à mon aube.

 

 

III

 

Qu’y a-t-il de plus assurant que le chant des ovipares au moment de l’aube ? Leur cacophonie n’a pas de sens. Mais au moins j’ai une certitude, l’aube apprécie leur bruit car elle cascade lentement du ciel, ses doigts étreignant la cime des arbres et le corps endormi des hommes. Sa lumière se fissure et se déverse sur le monde comme un caramel sucré.

C’est alors que se réveille le désir.

 

 

IV

 

Je suis quand même content d’avoir pu me réveiller sans lui pour une aube. Généralement, c’est lui qui brise mon sommeil, il attend que les brins d’hélios viennent l’effleurer hors de sa cage de chair, et il m’enlace tout entier. Des frissons et les images de mes fantasmes. Le désir du matin est le plus puissant.

 

 

V

 

C’est curieux comme je parle de l’inexistence du désir face à l’absence du soleil et de la lune. Je les définirai comme mes deux amants les plus intenses. Et les plus enfouis.

Soleil, pour son mystère. Il donne beaucoup de lui mais si on s’approche trop on risque de brûler. De désir, de rage, de haine. C’est un détourne-cœur. Il a le regard qu’il faut pour attirer, mais il ne regarde jamais assez longtemps pour assouvir un orgasme. Il les garde pour lui seul.

Lune. J’aime sa joie de vivre, sa peau blanche comme un éclat. Elle est très différente du soleil, mais n’en reste pas moins troublante. La lune souffre en silence, comme moi. C’est là toute la différence. Allez comprendre.

 

 

VI

 

L’aube vient de mourir. Je contemple d’un rire triste ses derniers filaments qui s’enfouissent loin sous la terre. Le soleil, en haut, a pris sa place. Il brûle de désir. Son regard avide se nourrit du corps nu de l’aube échancré, mais il sait qu’il ne pourra jamais l’effleurer de sa langue de feu, car dès qu’il la touche, l’aube se brise.

 

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