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 Article publié le 13 juillet 2014.

oOo

Pensez-vous, les sentiments c’est bien joli. Cela sied bien un moment. Donnant aux joues même un très beau teint de pêche... mais il faut tout de même aussi et surtout une encore plus jolie situation. Cela représente un incontournable impératif pour survenir à ses besoins dans une grande ville. Pour avoir un bel appartement. A Paris tout est si cher... (Et puis, avec sa jolie frimousse, Louise n’est-elle pas bien certaine qu’elle aurait, si elle l’avait seulement voulu, pu au moins décrocher un ministre, voir un ambassadeur ?...)

(c’est comme à la foire, où l’on convoite le plus bel ours en peluche de l’étalage, celui là situé juste à côté des cibles à savoir cribler en vue d’obtenir le maximum de points... pour repartir, sourire aux lèvres, avec sous le bras son lot tant convoité).

Puis elle fut encore trop modeste dans ses prétentions... Fernand c’est certain peut être fier plus que de sa propre vie, de détenir pour lui tout seul un tel trésor de femme... son petit corps blême à pouvoir coucher sous lui, pour en goûter tous les charmes, ainsi qu’une barquette que le voleur emporte, pour en savourer le contenu loin des bourgeois.

...puis se sentir souverain très orgueilleux d’être finalement l’heureux élu... il peut se hausser du col, comme couronné par les anges, le futur cocu ! Il a bien gagné le droit de venir comme cela enfouir son corps meurtri au fond du lit nuptial... lieu ultime des consécrations sans égal. Les pauvres types limités ne connaissent décidément pas leur chance...

Il devrait tous les jours mieux bénir sa fortune, cet abruti ravi de détenir la clef de toutes ses dernières faveurs.

Oui, un ravi de la crèche !

Lui manquerait juste une couronne... c’est bien cela... qu’il se rende un peu mieux compte de son bonheur sans égal. Pourquoi enfin fait-il autant la grimace ? Il a l’air crispé que c’en est étonnant...

Son visage ressemble à un drap crispé d’un poing ennemi de l’intérieur.

 Serait-ce donc que l’amour ne lave pas mieux qu’une bonne lessive la moindre impureté capable de vous gâcher les ambiances ?... Non, décidément, Louise ne comprend pas ce comportement.

À ce moment, elle trouve qu’il n’a pas le droit de faire la tête ainsi. Elle le fixe même avec un air de colère, se souhaitant implacable à la façon neutre ou inhumaine des jurys... cela, espère-t-elle, la rend plus superbe... car cela, paraît-il, confère plus de fermeté à ses joues...

Cela creuse et raffermi à la fois son regard. Elle n’a rien inventé. Ces conseils figuraient dans les colonnes de sa dernière revue sur la santé.

L’odieux malotru rempli de tares insoupçonnées. Elle le hait à présent. De toute la haine que l’on doit à une entrave. Un leurre. Un obstacle. Un poids mort vous empêchant de prendre votre plein essor vers une meilleure vie dans la lumière.

La voilà qui l’observe même avec fausseté... voulant qu’un ami dévoué, un nouveau venu, un colosse et un gentleman, lui en débarrasse enfin, de ce futur mari pourtant si parfait un instant auparavant... mais à présent il est bon à foutre aux chiottes et au plus vite. Cela a pour cause ses angoisses et ses revirements, le maelström de tensions contraires brassé dans son ventre depuis l’enfance...

Il est atroce odieux, bon à pendre, vraiment, de ne pas toujours s’extasier, de ne plus faire le beau, ne donnant plus la papate dès qu’on lui fait la faveur d’un compliment ou d’un petit four.

Il doit se montrer conquis, sans trêve, sans répit se montrer comblé à un point que c’en soit intenable que tant de merveilles lui reviennent et à lui tout seul, lui pauvre loqueteux qui n’en mérite pas un millième... comme dans les contes de l’Orient le mendiant conquiert au croisement d’un souk le sort et le prestige d’un Roi.

Ou sinon c’est que c’est un hargneux pourri, lui aussi, un visqueux méchant dont il va bientôt falloir se séparer, hélas, et cela afin de viser mieux, puisque mémé et maman estiment que leur trésor béni mérite quelqu’un de plus important... quelqu’un qui pèse en société, avec un gros magot à la clef, ainsi qu’une propriété très vaste, avec des chiens fidèles et un ou deux cocotiers pour agrémenter çà et là ce trop ingrat ciel de province.

Quelqu’un que l’on cite toujours avec éloge en société. Un gentleman prometteur, et qui sache la rassurer en toutes circonstances.

 

 

Suite aux belles valses,aux accolades

Aucun nuage importun ne doit plus rider son front...

Aucun mauvais transport ne doit tempérer son triomphe sans égal.

Aucun silence ne doit l’absorber vers quelque horreur extérieure aussi importante soit-elle.

Il doit être aux yeux de la jeune fille à chaque instant au service d’un bien être général.

Se montrer infaillible, possédé convaincu du bien fondé et de la splendeur de toute l’affaire...

comme un futur fonctionnaire passant un concours, avec au visage cet air si neutre et moutonnier sans lequel on ne parvient pas à passer le tourniquet sanglant de leur admission...

Les roses de sa conscience doivent fleurir même au souffle glacé des hivers, à ce si bel éphèbe de ses rêves...

Trop d’introspection passerait aisément aux yeux de cette jeune fille et de ses parents pour une lourdeur intolérable.

Sans arrêt singer les béatitude et transpirer les reconnaissances...

Mais ne surtout pas avoir trop longtemps l’air de couver des pensées trop profondes... car on ne ferait pas plus déplacé comme attitude en société. Toujours promener partout l’air d’avoir surpris un miracle... Il faut toujours se montrer frivole, écume au sang, et toutes les humeurs sont une vague aussitôt effacée sur le visage par le vague suivante.

Avoir cet air constant si niais singeant des faux élans vers la dévotion... se voir transportés par la moindre apparence de grâce, comme si l’on faisait une découverte soudaine difficile à garder pour soi. 

Sinon on risque bien de finir pour eux dans la peau d’un banni pour toujours une bonne fois de leurs murs... éjectés de leurs enceintes si précieuses... endroit où ils croient n’avoir laissé pénétrer que des joyaux faits hommes.

On ne doit du reste ici tolérer le moindre temps mort.

Son enthousiasme ne doit pas faiblir à ce jeune homme méritant. Il doit se démener un peu plus.

N’oublions pas qu’il est encore en phase d’essai, et que ses numéros de confiance ne prennent pas sur nous.

Faire ses preuves avec davantage d’enthousiasme. Autrement on lui indiquera la porte, suite à une baisse de régime dans les tendresses. Une baisse insensible mais cependant plus certaine que l’assèchement pressé d’un grand lac.

C’est la règle par ici. Plus aucune raison de se croire confortés, préservés de la rue et de ses horreurs.

Il est sur le gril. Encore en phase de test. Il faudrait qu’il s’en rende compte enfin. Au lieu d’observer comme cela la demeure, d’un air si étranger. Avec ce regard précipité d’un propriétaire déjà bien sûr de plaire pour toujours... non, non, tout cela est par trop précipité, il faudrait pour le rappeler au moins pour ce soir, que sous un motif bénin notre Louise soit contrainte de lui fermer sa porte. Rien de tel qu’un grand lit vide et glacé pour ramener une âme de jeune homme aux plus rudes réalités.

Si on lui offre tous les soirs un joli corps parfumé, instrument pour lui des plus fiers voyages, il finira par se croire souverain dégagé des menaces. Non, il faut de toute urgence, et pour lui rendre enfin service, lui rappeler que tout cet emballement pourrait avoir une fin brusque, et qu’une fois sorti du circuit des faveurs, il ne sera plus question d’y revenir.

 Car pour rassurer le petit cerveau de Louise, il ne faut pas laisser traîner le moindre air d’incertitude... elle serait sinon capable de se mette à subir une oppression abdominale des plus terribles.

Le nœud des vipères ou des crotales, avide de se voir ouvert une voie vers un jour neuf, par sa bouche, la sortie de cette caverne si sombre où se tait son angoisse.

Comme si elle voyait autour d’elle s’accroître la nuit des supplices.

 Insurmontable oppression... Puis elle risque en conséquence de devenir aussi colérique et susceptible que papa lorsqu’on lui égare ses outils dans le garage...

Elle est bien trop bonne... et puis fut au final si peu exigeante... ce loqueteux de Fernand lui suffirait donc au final... non, vraiment, tout cela est impensable... Mais de quel milieu nous arrive-t-il au juste, ce sagouin si impossible à cerner ?

N’est-elle pas, pour sa part, couronnée de lauriers... de ses chevilles à sa nouvelle coiffure fleurant si bon les arômes les plus exotiques. Lui manque peut-être juste un diadème. Elle se mettrait alors, très racinienne, à marcher d’un air important sur le beau parquet luisant de leur si précieuse demeure.

Tout en faisant rouler ses phrases. Afin qu’elles suivent la même cadence que son fessier exercé à toutes les danses du samedi. 

Phrases scandant un discours à la fois strict et limpide au sujet d’enjeux forts et qui nous dépasseraient tous, nous autres les pauvres loqueteux incapables seulement de pouvoir la saisir dans toutes ses ambitions... (elle abandonnerait sa confusion habituelle pour mieux nous scruter, très supérieure, haineuse elle se mettrait enfin à s’aiguiser un caractère, autrement si terne dans toutes ses gentillesses...)

Mais ne s’en rend-il pas compte, cet abruti prétentieux qui ne finit même pas son assiette... de la faveur que l’on fit neiger tous les jours sur lui à force d’égards et d’attentions... et cela juste en tolérant sa présence puante. Lui notre ennemi, lui cet obstacle intolérable à toute notre quiétude familiale.

Laquelle fait tâche enfin dans notre si auguste maison. Mais ne s’en rend-il pas compte ? C’est une pitié enfin... (ici toute la famille a ce mouvement des yeux marquant son sentiment excédé face au constat d’un évidence assez pénible à rappeler)... Certes il est brillant, ce Fernand, et encore, si on veut... mais enfin, en quoi cela peut-il peser le moins du monde au juste face au prestige d’une famille éminemment respectable, et dont les cousins font du cheval ? Il va falloir revenir bientôt sur tout ce projet de mariage si précipité. Et la mère en y songeant prend sa tête dans ses mains sèches ornées de bagues luisantes.

Il faut se rendre à l’évidence, enfin, notre chère Louise n’allait pas comme cela livrer son corps plus longtemps au premier vagabond pouilleux venu du dernier triple fond de la nuit des misères... une ombre dont la lignée nous est inconnue absolument... un caractère instables, des parents sans doute alcooliques ou à demi fous... un milieu artiste, bohème... de nobles façons, mais qu’est-ce que cela peut maquiller ?

Un pauvre type qui commençait à faire sérieusement tache dans la demeure, en y songeant.

(nous voyons qu’elle mélange encore les personnages. C’est qu’elle les perçoit tels des doubles associés dans son esprit... elle joue avec ses cartes qu’elle disperse...

 

 

G. et Fernand sont sans doute des doubles... ils se voient comme tels...

avec méfiance et respects, ils s’approchent l’un de l’autre, tels des silhouettes aperçus dans des glaces, et qui se démultiplieraient jusqu’au vertige de confins où ne plus pouvoir se retrouver sans folie.

...chacun évoluant dans la sphère qui lui est propre... G. à présent dans les bas-fonds, Fernand en ce moment reçu au sein du meilleur milieu, sans plus de possibilité de se plaindre... du moins le croit-il dans son innocence...

sans qu’il parvienne non plus à saisir toutes ces paroles muettes circulant sous la belle surface. Ces courants fatals. Cette irrégularité des abîmes de la conversation où sa dépouille pourrait rouler au moindre revirement de l’esquif familial à son endroit.

...possédé sans s’en être rendu compte... et aussi totalement qu’il s’en rie et sifflote de vagues complaintes, lorsqu’il laisse perdre son regard bleu au grand volet entrouvert.

Mais la mère reprend son inspiration, comme on aspire la fumée dans ses bronches.

Enfin il est disparu, l’autre pouilleux... et il ne sera plus jamais question de lui, et c’est là au moins quelque chose d’acquis pour notre quiétude. Fernand, Fernand, seul notre gentil Fernand doit compter à présent... avec son petit nœud papillon. Ses attentions adorables. Ses jolies bagues et son air soumis et toujours si modeste.

L’heure de la fin de la récréation devait sonner pour leurs oreilles à tous... elle dégagerait alors de l’emprise de l’autre. Notre chère enfant. Allant plus loin exposer le galbe de ses fesses aux assauts d’un jeune homme plus sûr, plus irréprochable.

D’accord, ce fut finalement Fernand... et certes il n’y avait pas là de quoi se relever la nuit.

Mais avec son revenu conséquent on n’allait pas trop faire la fine bouche cette fois. Les temps sont toujours à la crise malgré tout. La misère rode toujours, une mauvaise chanson aux lèvres... Il faut bien veiller au grain, que voulez-vous ?

Il était bien sympathique. Mais les servants de la maison trouvaient que son allure ne cadrait pas avec celle des membres de la famille. Cette si auguste famille dont il convoitait d’enfin pouvoir prétendre faire partie...

Il fut alors ce jour là le premier à se présenter face à eux. Il avait de si belles manières. De longues mains ornées de bagues luisantes. Un très beau costume. Et puis il savait, comble de l’exploit, la mettre bien en confiance, notre Louise si fragile...

 Mais c’était tout de même déjà un fameux bon parti, on pouvait bien s’en féliciter...

Il s’était montré si présentable dans son beau costume (mon obsession)... avec ses airs si prévenants. Sa coupe de cheveux toujours irréprochable. Un ange en somme. Et puis si bien chaussé... toujours chez le meilleur faiseur. On se sentit en conséquence entre soi en sa présence... au final on gagnait au change avec l’autre atroce jamais si irréprochablement vêtu ni si constamment aimable... un bohème en somme... une épouvante faite homme.

(car, manquant de réelle profondeur, comme nous le voyons ici, la haute société s’efforce de se focaliser presque exclusivement sur les dehors faussement parfaits de ses membres. Et en conséquence, telle personne, si elle ne sait pas qui au juste fut Jules César, ou bien qui composala Flûte enchantée, cette personne peut au moins, tout en se donnant des allures altières, palier à ce manque crasse de culture, tout en multipliant les signes d’assurance et les affirmations faciles... tout en recrachant le pré-maché des lieux communs prisés tant par la société et ses usages mécaniques... C’est à dire tout ce qui en imposera le plus sûrement à la fille de la maison).

N’avait-elle pas le droit comme une autre à ses petits rendez-vous avec une nouvelle personne ?...

Car, il faut bien le reconnaître, les meilleurs moments de la relation sont encore ceux des premières découvertes. Passé ce temps, quelque chose ne passe plus si bien. Les natures superficielles, déçues de ne plus trouver ce joli luisant des surfaces, prennent alors les jambes à leurs coups, histoire de se laisser captiver par d’autres éclats semés dans la nuit des comptoirs et des devantures, à se laisser emporter par un bras robuste.

Sur la grande place... dans les parcs... dans la profondeur des bosquets, elle se laissa bientôt conquérir par une autre ombre issue de l’abîme (une de ces connaissances que l’on recroise aux gares, et qui vous connaît... Histoire de se sentir vivante.

Et de pouvoir se sentir aimer hors de tout contexte, de toute discussion. Pour elle même sans qu’il soit plus question d’avenir.

Et de vibrer de l’entrecuisse à l’unisson de tous ses rêves sur papier glacé... car je le conçois, il n’y avait pas de vie à moins de le sentir plus humide et plus brûlant, son petit giron mielleux... l’abricot miraculeux à nouveau tout trempé de miel assez chaud pour y faire glisser un beau membre complice. Au sein pâmé des dentelles... À tant se le frôler durant les après-midi ternes, sa conscience excédée n’y tint plus.

Et tout cela pour un nouvel homme, cela se conçoit ! Plus le même bien sûr. Plus la répétition sordide des phrases remâchées. Un nouvel être. Un autre sang.

Plus cette identité de l’autre dont elle ne voulait plus, puisque cette identité n’avait plus la fraîcheur nécessaire pour captiver ses goûts d’adolescentes.

Rester avec quelqu’un... pour elle c’était une répétition intolérable avec tous ses rituels lui lacérant le corps mieux que des lames tranchant ses fragilités.

 

 

Se retrouver face à cet être ne put ainsi longtemps charmer en elle toute cette angoisse.

De la nouveauté avant tout, c’est là notre axiome. Nous papillonnons, si fières de nous trouver inaccessibles. Comme lorsque, suite à nos allures revêches de maîtresses à peine conquises, nous sautons goulûment sur la rougeur timide d’un beau membre décalotté. Il est bon de sentir alors en nous fondre la brûlure des sèves, tout en nous sachant si respectables par ailleurs, et si méritantes du fond de nos ébats et de nos fièvres après tout involontaires. Car nous sommes domptées, terrassées à ces moments là seulement d’un œil. Aussitôt le spasme franchi, nous redevenons revêches, plus conquises pour deux ronds.

(car une union trop prolongée est vécue par certaines consciences telle une forme d’oppression...

Au bout d’une période, mettons six mois, cela n’est plus tenable. Il semble à la jeune fille qu’elle se voit piétinée par cet être inconnu en face d’elle... être qui n’est plus pour elle un ange alors, ni un chevalier servant... puisqu’en son esprit cet emballement chimérique uniquement façonné de phrases ne peut tenir à court terme face à la réalité exacte et précisément définie d’un être-... son engouement se laisse comparer à la curiosité que l’on doit aux changements atmosphériques imprévus dans l’azur... comme si cet être, si solide dans son étrangeté face à son regard, présentait la dureté de ses reliefs une fois la brume dispersée de la surface de son marbre... on ne peut subordonner totalement ses désirs sans fin à la sobre réalité d’un individu dont les phrases sont semées d’énigmes... car il resterait pour elle une énigme à jamais, c’est certain... et cela parce que la jeune fille se sent incapable absolument de sortir fusse une seconde de la contemplation de sa pauvre âme ou de ses si pauvres principes taris de tout attrait solide...).

Mais enfin, ce G. si inconnu, c’était somme toute quelqu’un qui n’était pas de notre monde... Horreur ! Effroi ! Tristesse morne et désolation ! Et puis aucune perspective solide d’avenir, avec tout ça... aucuns plans retraite ni obsèques déjà planifiés à l’avance suivant les plus justes prévisions... Pas de quoi assurer une union brillante à faire choir un à un les ans dans le calendrier couronné des perfections...(on voit que Fernand se confond pour elle avec le précédent, -de même que le visage de la fille prend la forme de celui de la mère, voir aussi les intonations de sa voix...

Car tous les personnages de ce roman, à force de prendre la parole les uns des autres, finissent par se confondre avec eux, jusqu’à devenir leurs doubles...

 G... Mais cela est naturel à ce récit où les doubles sont nombreux... Tout pour la mère se confond d’ailleurs sur le même fond de détestation alimenté de tout un passé tissé de rancunes...)

…Non, voyez-vous, il était grand temps que ce Fernand survienne au plus vite... on n’aurait pu aisément se passer de lui... on se sentait défaillir, sans l’aide de ce jeune homme parfait.

Aucun projet de carrière bien arrêté chez le précédent. Aucun emploi du temps dont la grille soit dédiée à gagner sa vie de la façon la plus convenable qui fût et tout en prévenant toute forme d’impondérable par un labeur concerté et incessant...

Si cela se trouve, elle aurait terminé dans un taudis ! Chue définitivement du prestige de sa belle existence passée... Obligée même sans doute de faire le trottoir... quelle perspective atroce ! elle serait morte, notre Louise adorable, sans doute alcoolique, pleine d’injures à la bouche adressées dans son agonie à son passé si digne, à toute la foi qu’elle nous aurait renié, là, comme ça, comme on fait sa crotte en riant au milieu d’un lieu sacré, face à nous... du grand n’importe quoi... en confiant sa vie à n’importe qui. Un voyou. Un paria. Une horreur faite homme. Toute l’allure sournoise d’une fâcheuse engeance... mais nous l’avions flairé... nous ne sommes pas de la dernière averse, ça non.

 

 

On l’aurait perdue corps et bien. Il était plus que temps de redresser le gouvernail. De clore le chapitre des dissipations, pour reprendre pied dans les réalités les plus strictes.

Un auguste conseil de famille eut évidemment lieu, pour bien marquer la gravité de cette situation.

Une perspective terrifiante nous fut ainsi évitée, oui, on s’évita de sombrer sur les récifs.

De voir le vaisseau de la famille se mettre à chavirer.

Il fallait faire sonner juste avant ce désastre un sévère coup d’avertisseur... on allait droit dans le mur sans cela... ah, mais... au loin, et pour toujours, les dangereux importuns ! Foutez nous le camp...

 Non, non, il fallait au plus vite se ressaisir, pas d’erreur... (tout en exposant ainsi les motifs cachés de cette famille, je stimule en moi une forme d’exaltation qui n’est pas étrangère après tout à la danse des indiens stimulant l’ardeur de leur flamme léchant la panse de la nuit...)

 

 

S’éviter le virage des périls et les gouffres incertains. Annuler tout ce qui précédait. (Faire de cet intrus, G., un paria représentatif de tout ce qu’il faut s’éviter comme impasses dans la vie...)...

Alors, sonnait l’heure de ravaler nos promesses. De remballer les éléments du décor.

De ne plus faire en tous cas comme si les paroles devaient déboucher sur la moindre vérification possible... Faire se perdre enfin dans l’ombre du port tout ce faux sérieux de la relation précédente, lequel n’était pas destiné à durer. Pas plus qu’un nuage passager vous masquant un temps le soleil.

Ne pas voir non plus les blancs petits os de Louise, notre fleur délicate, se fracasser sur le fond d’un gouffre sans espoir...

Mais sa méditation redevient pure à présent... lààà... Vierge de toutes broussailles. Dégagée enfin de ces impuretés capables de parasiter toute pensée sereine... Son front pur semble venir de baigner dans un bol de lait.

On pourrions à nouveau voguer bien loin de tous ces mirages trompeurs...

Comme si elle était une sultane. Bien au chaud préservée au sein de son imposant palais... une noble vision d’opéra, pour le moins.

Préservée comme par le pouvoir d’un génie familier de toutes les trahisons possibles à devoir endurer... (en des contrées austères sans le moindre magasin de fringues ou de portables... au milieu d’un trou obscur, la vie malsaine qui l’effraya tant dans cette relation possible avec l’autre éconduit).

 ...cependant les hommes ne connaissent pas leur chance de nous avoir ainsi à leur disposition... il faut savoir au moyen de fines allusions... de petite fâcheries... de caprices inexpliqués, constamment la leur rappeler, leur chance inouïe dont ils disposent, tout couillons satisfaits soient-ils, de nous avoir comme cela à disposition, oiseaux rares et chatoyants pour eux dans leurs cages...

Et puis on peut bien se permettre une petite infidélité ou deux, histoire de se divertir au moins du spectacle désolant de tant de crédulité. Car nous haïssons, et c’est tout naturel pour des jolies plantes gorgées de vie, toute forme de prison mentale, dont une fidélité à tout crin n’est pas la plus supportable réalité.

 

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