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 Article publié le 6 juillet 2014.

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Le désir, épuisé de lui-même, perd sa course et se fait plus lâche, moins tendu vers son objet.
L’arc n’est plus bandé avec une force suffisante pour atteindre la moindre cible.
On revient vite de sa fièvre alors. Il n’est pas question de maintenir le même air de folie. Passé un moment on reprend sa marche lente. On rentre sagement faire la sieste ou se restaurer.
Un bon bain de solitude sert alors à nous faire récupérer du tourment mielleux de l’amour.
On retourne au quotidien, se faire reluire la conscience avec une plus grande douceur.
On n’est plus si partants pour les folies d’usage. On a refermé pour cette fois le roman.
Les jours en filant vous imposent par leur routine une forme de raison qui quadrille, corsète tous vos élans. Vous vous retrouvez empêchés.
De fait les conventions agissent sur vous à la façon d’une grande chaleur. En causant alors c’est une énergie méditerranéenne.
Tous vos mouvements sont comme plombés par des usages à vous de fait totalement étrangers. Mais ces usages de fait vous tiennent bien. Vous ne leur échapperez pas aisément.
Puis il faut bien aussi enfin savoir verser d’autres folies au sommeil.
Au matin elle ne savait plus si son égarement était réel ou illusoire.
(tous les objets de sa chambre et des autres pièces... par leur fixité impassible, l’empêchaient de faire un drame de ces variations d’humeur. L’inquiétude continuait à tout investir. On ne lui échappait guère. Mais ce fond d’inquiétude, funèbre et total, ne pouvait être perçu distinctement. Il échappait à la conscience... ainsi qu’une nuée impalpable. Une ombre dont on ne sort pas une fois éteinte en vous la musique...
 En tous les cas les beaux mâles avaient disparu, la laissant seule, triste comme au sortir d’une fête où l’on s’est vidé de tout son entrain pour un gros vide de conséquence.
Comme si souvent.
Et cela plus sûrement qu’un tube de dentifrice écrasé par le talon d’un farceur cruel.
Les derniers rires s’étaient effacés pour jamais du vestibule. Il ne serait plus question de les entendre retentir un jour.
Plus question de rapports.
Aussi distants à présents que les premiers cris poussés dans la nuit des temps, ces instants... Ils appuyaient par leur distance tout son abandon... comme l’intuition nous confirme une difficile situation vécue comme injuste...
En fait de corps nombreux dédiant leurs forces à la faire frémir toute entière dans son grand lit à baldaquin, elle trouva alors le gentil et si serviable et si courtois Fernand.
Compagnon providentiel. Réservant ces emportements au secret de ses rêves.
(on sentit qu’il devait aussi, tout comme l’autre, être parfois la proie d’emportements mystérieux... mais lui au moins avait le tact de souffrir en silence, sans infecter la pleine joie de vivre des autres convives).
Il n’était de fait pas question de se voir brusquée ainsi très longtemps dans la réalité.
Il lui fallait un gentil complice. Pas un sauvage. Ni quelqu’un de trop original.
Mais la difficulté cruciale était d’obtenir à la fois un camarade de jeu afin d’étrenner sa dînette de Noël, et puis quelqu’un de sérieux grâce auquel pouvoir se sentir épanouie véritablement...
Une longue relation de fait nécessitait selon ses vœux une forme de camaraderie... ou du moins une certaine affinité dont ses liaisons jusqu’alors ne lui avaient pas fait espérer rencontrer la vérification.
Fernand se profila alors... et cela au bon moment. Elle commençait à se désoler de sentir ses charmes se flétrir. Rose desséchée d’un vase empli d’eau morte.
Un compagnon plein de douceurs et de bonne humeur. Il était grand temps.
(ainsi pourrait-elle se sentir plus supérieure, lorsqu’elle prendrait le thé avec une de ses confidentes favorites... une de ses bonnes copines devant subir l’influence d’un compagnon médiocre... ses pauvres copines...)
 Dans la brutalité de ses désirs, elle se laissait parfois gagner par une soif de complicité. Son compagnon, pour elle serait donc un être fragile aussi, quelqu’un que l’on pourrait dorloter, materner. Une sorte de raté attendrissant.
Un jouet toujours disponible aux plus profondes caresses...
 Il faudrait qu’il se laisse conduire, qu’il ne se permette point trop de sursauts ou d’initiatives..
Elle rêvait d’un tel compagnon. Pour partir sur des routes de campagne. Livrer toute sa confiance à un garçon somme toute étranger à son monde (...son paradoxe), mais qui par ses douceurs et son maintien toujours stable saurait la rassurer, en plus du fait indispensable qu’il aie un bon revenu et une humeur aussi égale que possible.
Après s’être un temps livrée aux assauts les plus directs, après s’être sentie la cible soumise de toutes les violences amoureuses, trouver un gentil garçon inoffensif lui parut ainsi la meilleure façon de s’assurer une vie commune où son instinct de domination, caché la plupart du temps sous des mimiques feintes de modestie, pourrait en toutes circonstances, et tous les jours se voir offrir les coudées franches.
Elle voulait triompher d’une âme faible et quelconque. Modeste, si fade triomphe. Mais déjà capable de lui offrir assez de surprises et de revirements pour l’occuper bien assez pour les cinquante années à venir.
Louise avait le triomphe modeste finalement.
De toutes façons, son imaginaire nourri de romans phraseux sur les sentiments, tout l’épanchement vulgaire des nunucheries, saurait bien insuffler dans ce pantin médiocre assez de fantaisie, pourvu qu’il suive sans sourciller tous ses conseils, puis que son comportement soit toujours exemplaire, sans agressivité, à table surtout (lieu coutumier des confrontations ou des drames ordinaires dans les familles... car c’est souvent à table, où l’âme carnassière se révèle toute entière, qu’éclatent rixes ou confrontations).
Il fallait avant tout savoir bien présenter en tous points... Mâcher la viande comme dans un doux recueillement. Toujours s’adresser à elle en mettant dans ses phrases cette intonation propre aux aristocraties. Ne jamais jurer, ni tutoyer de façon un peu trop franche.
Le moindre impair à ces impératifs aurait signifié le malaise, le tourment discret, en tous cas l’impossibilité de revenir à une quiétude coutumière...
Bien terminer son assiette, ne pas en laisser un atome, de cette tambouille parfois franchement ratée des bons dimanches en famille. S’en foutre plein la bouche, mais avec tact, et sans rien en laisser jamais, de ce bon plat prospère que tous les gentils pauvres du monde, ceux là sans défaut, se seraient fait un honneur de venir terminer, avec la plus touchante reconnaissance.
En dépit de son air constamment ravi. En dépit de ses façons un peu trop tendres puis de son manque absolu d’imagination, Fernand avait donc rapidement obtenu sa préférence sur tous les précédents éconduits.
Il était bien gentil, bien tendre, incapable de mauvaises pulsions, enfin elle se plût un temps à le croire... et au lit, avec une douceur tressée d’égards parfaits, il avait su dompter en elle les revirements d’humeur possibles, cela tout en pressant le mouvement entre ses cuisses lorsqu’elle l’exigeait soudain du regard. Un ange à son service.
Une perfection faite homme. Pas comme l’autre ordure, cet intrus parfois grossièrement perdu dans ses introspections... au lieu de se mettre au service de son bien être.

 

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