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Les vôtres et les leurs
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 Article publié le 21 juin 2014.

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Les vôtres et les leurs, arpenteurs d’évangiles
Qui ne jurent que par le Jugement dernier,
Entre eux, s’écharpillant comme des chiffonniers,
Ces dresseurs de cabots, de vigies, de vigiles,
Nous jettent tous en vrac dans le même charnier.

Les vôtres et les leurs, âmes du purgatoire,
Non contents d’étouffer nos idées et nos cris,
De brouiller nos chansons, de brûler nos écrits,
De tremper nos habits dans leurs sales histoires,
Mettent notre caboche et nos couillons à prix.

Les vôtres et les leurs étranglent nos délires,
Bâillonnent nos pensées, nous poussent sous les tirs,
Enragés de nous voir mourir sans repentir.
Les nuits d’avant, était dans mon rêve une lyre
Qui faisait la part belle aux héros, aux martyrs.

Je ne suis pas des leurs, encore moins des vôtres,
Les miens, vous le savez, n’ont hymne ni drapeau,
Ni bannière, ni croix, ni cocarde au chapeau,
Ni pâtres, ni patrie, ni juges qui se vautrent
Dans la merde et le sang en habits d’oripeau.

Les vôtres et les leurs, laquais des prépotences,
Plantent comme toujours des fastes fastidieux,
Poteaux, potences, pieux, pals, carcans odieux,
Aux ordres d’une voix qui parle par sentences.
Les miens, vous le savez, n’ont ni maître ni dieu.

Les vôtres et les leurs ramènent leurs fanfares,
Leurs chants estropiés sous les arcs triomphaux
Et sur tous les parvis dressent des échafauds.
Nos cris, nos calicots, nos rêves, vous effarent.
Vous avez le bon sens et nous tous les défauts.

Les vôtres et les leurs, devant mes vers, renâclent.
Paieront-ils en nature, en tresses de lauriers ?
Mettront-ils au rebut plumes et encriers ?
Qu’ils gardent leurs trépieds, leurs chaires, leurs pinacles.
Je n’écris plus que pour les rats et les beurriers.

Les vôtres et les leurs ont toujours des remèdes,
Emplâtres et sangsues pour les jambes de bois,
Baumes et remontants pour les cœurs aux abois,
Grains d’orge et de mil pour le cul des Ganymède.
Badigeonne, inocule, applique, mange, bois !

Les vôtres et les leurs, tous débatteurs d’estrades,
Tous batteurs de tambours, rabatteurs de troupeaux,
Marchands d’armes, de glu, d’attrapoires, d’appeaux,
De médailles, de glas, de grabats de parade,
Vous vendez bon marché nos os et notre peau.

Les vôtres et les leurs triturent les cervelles,
Bédanes, scies, marteaux, vilebrequins, trépans,
Rengaines nues et crues d’un âpre harmonipan…
Avec eux, c’est toujours la même manivelle
Qui nous vrille les reins, le crâne, les tympans.

Les vôtres et les leurs, du haut de leurs échasses,
Regardent d’un sale œil les joviaux dimanchiers,
Ces forçats qui en ont plein le cul d’en chier
A bâtir, à porter vos écrasantes châsses,
A servir de faquins, de crocs, de patachiers…

Les vôtres et les leurs traînent des casseroles,
Vos crieurs de baveux réveillent les badauds
Qui reviennent de loin pour prendre leur credo.
De la une à la der, ils boivent vos paroles,
Tant pis si vous cassez du sucre sur leur dos.

Les vôtres et les leurs fêtent les armistices,
Les amnisties, les paix - plan plan ran rantanplan -,
Les trêves, les traités sous l’Etendard sanglant,
Nous nous sommes les fous, les repris de justice,
Les barricadeurs, les venants et les allants.

Les vôtres et les leurs misent sur la misère
Pour chérir les moissons, pour trimballer leurs croix,
Pour vénérer les saints, pour couronner les rois,
Pour étourdir ces faims, rien de tel qu’un rosaire,
Une messe, un sermon, un somptueux arroi.

Les vôtres et les leurs dégomment les arondes,
Les oies, les goélands, les moineaux, les pigeons…
Vous bâtonnez les buis, les broussailles, les joncs…
Vous croyez être craints à cent lieues à la ronde
En passant la flamberge à vos blafards surgeons.

Les vôtres et les leurs nous veulent déconfire,
Piler comme de l’ail dans leurs grands bénitiers,
Mesurer l’échine et les côtes sans quartier.
Les tumultes rangés n’ont pas dû leur suffire,
Ni les pertes au front des armées de métier.

Les vôtres et les leurs voient tout couleur de rose.
Ils pensent qu’ils auront toujours le ventre plein.
Sur le quai de Conti, vêtu comme un moulin,
Je tanne la Matronne et ses quarante proses
Plus ou moins frais teints en vert chez les Gobelins.

Les vôtres et les leurs dénigrent les apôtres,
Les anges violets, le jésus de Morteau,
Saint Roch et son clébard, les vierges de Giotto.
Pour nous cueillir au bas de notre pouilleux peautre,
Il faudrait pour cela qu’ils se couchent plus tôt.

Les vôtres et les leurs sans doute me séquestrent
Dans une haute tour, dans une garnison,
Au fond d’un puits à sec, d’une ancienne prison,
D’une mine de sel, d’une fosse d’orchestre,
Dans la bosse d’Esope où je perds la raison.

Les vôtres et les leurs, vantards de leur naissance,
Font nargue aux besogneux, la nique aux galvaudeux.
Que faire de ces gens impies, que faire d’eux ?
Que tous on les attelle au char de la puissance !
Et d’un ! Qu’on les contraigne au cilice ! Et de deux !

Les vôtres et les leurs aux gueusards chantent pouilles,
Les poussent dans l’étang, dans la fosse à purin.
Vos cannes à pommeau cassent les dos, les reins.
Fuyez galefretiers, fées, factotums, fripouilles !
Fuyez fous, fabliers, boute feu, boutes en train !…

Les vôtres et les leurs, si nous n’étions pugnaces,
Traiteraient les sans-grade au fouet, à l’aiguillon,
A la schlague, à la fourche, au glaive, au goupillon,
Les pendraient par les pieds, le col ou la tignasse,
Leur feraient avaler la langue et le bâillon.

Les vôtres et les leurs nous menacent du pire,
Le hère pour son bien est un souffre-douleur
Et les suppliciés n’ont pas un pauvre pleur.
Je ne m’empêtre pas même pour un empire
De vous, vieux maquereaux, des vôtres et des leurs.

Robert VITTON, 2014

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