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 Article publié le 4 mai 2014.

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Son corps n’a pas dit son dernier mot.

Nulle épitaphe ne viendra couronner cette part d’ombre qui accompagne cette viequi est la sienne, menée en toute connaissance de causes.

Causes et conséquences connues de quelques rares personnes qui en savent plus sur lui qu’il n’en sait sur eux.

Patience et endurance le caractérise, animé qu’il est par le clair refus d’accorder le moindre crédit à une nostalgie de mauvais aloi.

Il n’a pas mauvais genre. Ne se fourvoie pas dans des justifications stériles.

Il vit sa vie. Refuse de vivre sous la loi opaque de la nostalgie mortifère.

*

Je me moque bien des grandes portes ouvertes sur l’avenir. Je préfère les sentiers qui cheminent à l’ombre des grands arbres, menacé par le fouillis des taillis.

Prendre le temps de ne pas seulement regarder, porter le regard ici et là, et non çà et là, aimanté par une odeur, une forme, une lumière qui se présententà l’instant, et aller vers elles pour voir.

Le corps des arbres fascine. Immobile, néanmoins frémissant.

Le corps mobile des femmes et des hommes, quand il ne frémit pas, quel ennui ! A moins qu’il ne parle, ne s’ouvre au risque de la parole.

Mais qu’on ne vienne pas me parler de racines !

Je ne suis pas un arbre.

Comme eux je désire m’offrir durablement au bénéfice de l’air, à la confusion des vents, et jusqu’aux tempêtes, plutôt que de rester là, mobile, mais prisonnier du cercle vertueux des habitudes et des inclinations, à scruter le ciel en charge d’une réponse qui ne viendra pas.

L’ordre du monde est en marche.

Les sociétés humaines, constructions historiques lentes et pesantes, altèrent, modifient en profondeur ou détruisent l’ordre du monde premier qui n’est plus qu’un mythe, une bribe de souffle, un paysage heureux façonné de mains d’hommes ou ruiné par son industrie.

Les comètes et les météorites, les volcans et les océans, les tremblements de terre et les cyclones, voilà qui n’est pas rien, et l’on voudrait que je trouve ces forces sympathiques !

Le volcan, ce grand pollueur ! Ce grand fécondeur !

Ainsi, ni la marche du monde humain ni les forces naturelles ne satisfont pleinement.

Les sociétés humaines sont perfectibles, et les forces naturelles, pour certaines d’entre elles, déchaînées par l’action des hommes.

Voilà ce que je sais, sans rien pouvoir y changer. Je subis et je mets mon grain de sel dans cette gigantesque cuisine.

Je cultive assidûment mon jardin céleste, le rabat sur terre, l’enracine dans ma demeure de cristal invisible.

Le temps stérile, le temps fécond, c’est tout un.

A qui est transi par la vanité de toutes choses et de toutes entreprises il reste l’acuité du regard, la prolifération des signes non interchangeables, et les traces durables ou éphémères qu’il laisse dans l’époque jamais tout à fait la sienne.

Dans les marges du temps, au cœur du temps, c’est pareil.

Le corps du texte n’a pas dit son dernier mot.

Frémit dans les lignes encore à venir.

 

Jean-Michel Guyot

22 avril 2014

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