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 Article publié le 27 avril 2014.

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Pour les novices, je signale la double perspective de ce film encore unique dans l’œuvre universellement reconnue de Steven Spielberg qui est, comme chacun sait, un descendant direct de Steven Spielberg par les femmes. Tout le monde aura compris que, par les hommes, il s’agit de Steven Cicada, le célèbre policier qui travailla au service de l’Islam par l’intermédiaire des couches de protection virtuelles organisées par les périphériques d’ambiance du système central. Le lien de parenté avec papa est clairement exposé au générique. Mais personne ne saura si maman avait fauté avant de me donner le jour pour mon plus grand bonheur d’enfant. Il fallait que ce soit dit, sinon je prenais le risque d’être mal compris, notamment par les femmes qui ont accéléré la décomposition de mon système sexuel apparent.

*

Qu’est-ce qu’il savait de ce à quoi je ressemblais quand j’avais les foies à cause de la menace terroriste qui pesait lourdement sur l’avenir de Dreamworks ? J’acceptai de m’asseoir sur ses genoux pour jouer à dada. Qu’est-ce que ça me rappelait ? J’avais connu ce bonheur dans les poils d’une nounou.

*

…le film emprunte deux chemins qui doivent se croiser à un moment donné si on veut se mettre à la portée de tout le monde…

— C’est en effet ce que je veux ! s’écria Spielberg.

— Le contenu est à la fois narratif, ce qui assure, sinon la compréhension, du moins la jouissance — et explicatif, ce qui vous rapproche, en tant que créateur, de cette partie du public qui véhicule votre image de rassembleur. D’une part, vous racontez l’histoire de John Cicada et d’autre part vous nous dites pourquoi vous la racontez. Et c’est en nous disant pourquoi que vous la racontez. En quoi est-ce pornographique ?

*

— J’avais prévu une interruption après les cartons style années vingt, dit Spielberg. Je voulais saisir le bruit de la salle pour le réinjecter en plein drame, vous savez : au moment où papa est censé devenir un assassin selon la thèse officielle…

— Papa est un assassin, dis-je. Il ne se passerait rien sans cet acte inadmissible. Si papa était simplement mort en mission avec son équipage, je serais pas devenu un héros de l’Espace Itératif et vous seriez pas en train de promouvoir un film qui marque un tournant dans votre carrière de Grand Amuseur Universel. Tout repose sur ce crime dont nous sommes vous et moi les héritiers. Permettez que je vouvouvoie ?

*

Qu’est-ce qui arrivait à John Cicada dans ce film ? Et pourquoi Spielberg tenait à expliquer pourquoi il l’avait tourné ?

— En fait, dit-il dans le micro, je le tourne encore. Non pas parce que ce serait une boucle, mais parce que John Cicada est toujours vivant malgré la fin tragique qui l’arrache au film pour le replacer dans sa réalité quotidienne qui est celle, je crois, d’un paisible retraité de la Compagnie des Voyages Cook. Ce n’est pas une mort que je vous propose à la fin, mais une réflexion sur l’opportunité de mettre fin à la fois au film et à son héros…

— Mécépapa le héros… ! m’écriai-je en plein crachat télépathique.

— Cépapa ! Mécétoci vous, mon cher cousin ! Vous êtes le héros parce que vous êtes sur les traces de papa pour que justice soit enfin rendue. Si on imagine assez bien que cette aventure est pleine de péripéties et de frissons, on ne peut guère en conclure que papa est innocent, car alors on s’égare à l’autre bout d’une thèse officielle qui a déjà construit le récit psychologique, à la française, lequel a détruit votre enfance — alors que je passais la mienne à m’amuser d’un rien pourvu que les autres continuent d’apprécier mon approche de l’instant crucial. Voilà tout mon secret enfin révélé au Monde et toute la nostalgie qui vous caractérise quand vous jouez le rôle que vous avez toujours voulu jouer dans mon film !

*

— Je vous présente le vrai John Cicada, psalmodia Spielberg. J’ai raconté son histoire. Et j’ai dit pourquoi. Que demander de plus quand on n’a pas le cerveau d’un universitaire ? John Cicada savait que Dieu existait et il connaissait son nom : Gor Ur ! C’est donc par hasard qu’il s’est retrouvé sur la piste de son propre père, le célèbre et oublié Joe Cicada qui assassina tout un équipage pour aller au bout de sa psychologie. Je ne vous raconte pas la suite. Vous saurez ce qui est alors arrivé à notre ami en sollicitant une place dans les meilleures salles et ce, dès ce soir ! Car Saint-Trop’ est en fête. Rendez-vous sur le Môle pour la tombola ! Il y aura des billets gratuits pour certains et des réductions pour d’autres. Ici, il n’y a pas de malchanceux : les perdants verront aussi le film s’ils ont payé comptant ! Courez, mes amis ! De Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Ángeles del Río de Porciúncula à Saint-Trop’, la Compagnie des Voyages Cook prévoit un arrêt à Sainte-Hélène pour les admirateurs de Napoléon et ceux qui ne l’ont rencontré que dans les hôpitaux psychiatriques made in US. Une carte postale à l’effigie de Longwood House est offerte à ceux qui n’ont vraiment aucune idée de l’importance de ce personnage historique et de son influence sur le cinéma hollywoodien.

*

On s’émerveilla quand la navette se posa dans les jardins de Xanadu, portée par un Shuttle Carrier Aircraft qui vrombissait comme un insecte un jour de printemps. Spielberg monta sur une chaise pour voir le spectacle de la foule qui retenait les chapeaux et les foulards. La navette, c’était pour la frime et aussi pour le souvenir d’une grande époque de l’Histoire des États-Unis d’Amérique. En fait, je f’rais semblant de piloter le Pathfinder au-dessus de Huntsville où Dreamworks se chargeait des projections holographiques. Personne me disait qui était aux manettes du Shuttle. Je redoutais le pire, d’autant que la catastrophe prévue devait à tout prix faire des morts. On les avait même choisis. J’en faisais partie !

— C’est bien c’que vous voulez, non ? Mourir pour ne plus être de ce Monde…

— J’pensais plutôt à une pendaison sous l’effet d’une dose mortelle de morphine…

— Cessez de penser à ma place, cousin !

*

— Voulez-vous qu’on se souvienne de vous, John ?

— J’ai encore l’espoir de rencontrer la femme qui me donnerait une raison de vivre sans me demander ce que je fous sur cette Terre de merde. La dernière seconde, je la consacrerai à cette observation douloureuse.

— Donnez-nous une idée de votre souffrance…

— On vous a déjà arraché les couilles ?

— Jamais !

— Vous pouvez donc pas savoir ce que ça fait de les perdre dans un combat que vous avez engagé contre l’Administration qui estime que vous avez produit trop d’enfants pour être crédible. Ils m’ont laissé la queue et les oreilles, mecs !

*

Je retournais donc au CSM* et cherchais tout de suite la porte du service qui me concernait. Une star du porno me reçut dans un petit salon où elle entreprit d’examiner mes organes qui pouvaient poser des problèmes s’ils étaient directement connectés au système.

— Ça arrive, dit-elle. Les mecs savent même pas qu’ils sont connectés. Et cette connexion prend un sens qui réduit l’émasculation à l’anecdote. Mince ! se dit le mec. J’étais connecté et ça avait un sens. Qu’est-ce que j’vais devenir sans le système ? Il faut alors diagnostiquer une psychose connectiviste et attendre que le mec se suicide ou accepte son destin. Vous n’êtes pas connecté. En tout cas pas par les couilles. Vous allez tourner avec Spielberg ? Géniale cette idée qu’il a eu de donner un sens moral au porno. Mais j’ai raté mon audition. Une dernière érection complète avant le grand saut ? J’vous promets pas une éjaculation morbide, le top du top, mec, mais c’est pas à la portée de tout le monde. Par ici la monnaie !

 

* Centre des Solutions par la Mutilation.

 

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