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 Article publié le 27 avril 2014.

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La résonance naturelle, ce possible phénomène acoustique qui serait une sorte de diapason commun à tous les hommes quel que soit leur berceau culturel, a une telle importance que la majeure partie de l’art de la musique consent à s’y contempler. Cependant, d’autres styles de conception musicale, qu’on pourrait qualifier de libertins, séduisent et éduquent l’oreille avec un art au moins aussi perspicace, quand ce n’est pas tout simplement moderne. Au fond, s’il n’y a pas d’art du bruit, il arrive quelquefois que le bruit confine à l’art et que du coup tout le monde ne soit pas d’accord sur ce point particulier du jugement du bruit.

L’écriture, qui est à la fois le bruit du silence et de la voix, subit à peu près les mêmes péripéties de l’idée.

Les diapasons utiles à la lecture révèlent leurs différences par l’écart qu’ils s’emploient à marquer par rapport à une résonance qui serait naturelle, laquelle relève de la clarté, du goût et de tant d’autres choses toutes plus raisonnables les unes que les autres qu’à côté de tant de splendeurs classiques on peut se trouver ou paraître aussi peu sensé que bien dans sa peau.

On en est arrivé, au fil du temps qui n’a pas fini de nous dérouter, à écrire avec un crayon, ou à l’aide de machines plus ou moins complexes, sur du papier ou dans des plans moins saisissables au premier coup de gueule. Au fond, on fait toujours ce qu’on veut et on en paye même le prix.

Ainsi, chacun devient l’écrivain de sa possibilité.

On ne va pas engager une conversation sur ce sujet, n’ayant point le goût de la conversation et encore moins celui des dialoguistes distingués du pour et du contre.

Tant il est vrai que l’âge canonique ne concerne que les servantes, nous n’y ferons pas référence non plus, car rien n’est plus facile que de s’y tromper, sachant que les dispositions naturelles des uns n’atteignent pas forcément les ans dont les autres disposent pour marquer leur différence dans le sens de leur primauté voire de leur priorité.

Nous ne pouvons guère parler à la place des autres, de ceux-là mêmes qui, en l’âge où nous sommes, ne sont pas tombés d’accord avec les effets de notre accomplissement, modeste reliquat d’années au travail qu’aucune consécration n’a élevé d’un seul barreau.

Force est de constater que, malgré notre connaissance approfondie de la modernité, nous en sommes resté, pour ce qui concerne le texte, au plan agglutinable des pages réparties en autant de livres que c’est arrivé à la fois par la force du désir et les faiblesses non moins décisives de la volonté, sans compter que l’existence ne fait en principe que peu de cadeau à ceux qui, classiques ou libertins, s’adonnent aux arts comme d’autres choisissent le crime ou la perversion.

Le corpus textuel dont nous sommes l’auteur a été écrit, et le sera encore, avec un crayon et sur du papier, ou peu s’en faut, car le clavier ne sert à rien sans les doigts ou la voix et l’écran est encore loin de l’espace multidimensionnel malgré ses airs quelquefois holographiques.

Ce corpus est donc composé de livres, ou plutôt il en est construit et même reconstruit d’une certaine manière dans ses extensions anthologiques et portables.

La forme retenue est classique. C’est au fond de jouer la modernité sur le tapis de l’échéance.

Nous en resterons donc là et ne pratiquerons sans doute jamais les autres jeux de l’écriture et particulièrement ceux inventés depuis que l’informatique est une réalité initiatrice des compléments les plus prometteurs de l’existence.

Cependant, si le travail littéraire (appelons ça comme ça pour simplifier) n’est pas autre chose qu’une petite bibliothèque accrochable sur n’importe quel mur maçonné, il n’en va pas de même de sa raison d’être, autrement dit de la lecture, activité dont l’écrivain ne possède ou imagine que la répétition, car ce n’est pas lui qui lit, mais l’autre.

Or, l’autre est un classique ou un moderne (appelons ça comme ça pour simplifier).

Le lecteur classique se sentira à l’aise dans le corpus textuel pourvu que le contenu ne remette pas sur le tapis une dispute qu’il n’a en principe plus le désir ni même la nécessité de reprendre où elle se laisse toujours quoiqu’on en fasse. Et si donc rien ne s’y oppose, il ne pénètrera dans l’aire de la lecture que par une simple extension, laquelle lira le texte, possiblement dans son intégralité, ou partiellement si l’ennui ou le manque de temps s’en mêlent. À ce niveau de la lecture, le classique utilisera un bouquin ou une liseuse, peu importe le plan pourvu qu’on y tourne les pages à son gré. L’un appréciera la souplesse du codex, l’autre les possibilités de stockage de l’électronique, peu importe pourvu que la lecture de l’œuvre linéarisée par la pratique propre de l’auteur puisse être assumée en feuilletant comme on l’a toujours fait depuis qu’on ne colle plus les pages bout à bout.

Ainsi, le lecteur classique tâtera du bouquin ou de la liseuse, jamais les deux en même temps, mais il n’aura pas exploré le domaine de la lecture telle qu’elle se présente aujourd’hui, c’est-à-dire non seulement de manière classique, que ce soit sur l’écran ou sur le papier, mais aussi dans toutes les autres formes que la modernité et même la fantaisie ont imaginées sous l’influence de certains auteurs et pour en inspirer d’autres.

Cette aire totale de la lecture, celle du lecteur classique ne l’étant pas par nature voire idéologie, nous n’avons pas non plus espéré l’inspecter aussi précisément qu’elle nous suggérait, par sa richesse même d’inspiration, d’en rendre finalement compte. Cette faiblesse tient à la fois de la paresse, dont il ne faut jamais négliger la fatalité, et, non pas d’une idéologie, car nous ne sommes décidément pas classique, ou encore d’un désir à satisfaire au détriment de la sincérité, des résultats (appelons ça comme ça pour simplifier) intervenus tout au long de l’élaboration de l’œuvre. Ni plus ni moins.

La structure de ce corpus Ecriture/Lecture n’est donc point scientifique et c’est là tout ce qui nous éloigne des principes de l’éducation. Nous n’avons guère songé qu’à nous éditer, c’est-à-dire à nous donner à lire dans les meilleures conditions possibles compte tenu que le lecteur classique est rare, que le lecteur moderne ne l’est pas moins et que le lecteur butineur, mis à la mode par la pratique des réseaux, est le principe même de la règle.

Nous satisfaisons donc le lecteur classique, qu’il aille au bout de la lecture de l’entier corpus ou pas.

Nous décevons le lecteur moderne car nous n’avons pas écrit avec les outils de la modernité (la nôtre l’a été mais ne l’est plus vraiment). Par contre, nous mettons à sa disposition, comme palliatif d’une écriture moderne, un outil de lecture qui l’est : la lecture aléatoire.

Mais c’est là supposer, à tort, que le lecteur moderne use et abuse de l’aléatoire comme son pendant classique s’intoxique de séquentiel avec ce que cela suppose de sériel et donc d’interruptions plus ou moins définitives.

Car rien ne dit que le lecteur moderne tient le séquentiel à distance comme produit des insuffisances classiques.

Nous avons donc réservé le fond comme source de la modernité.

Mais c’est là prendre le risque de décevoir le lecteur classique attiré par la forme séquentielle de l’ouvrage et d’inspirer au lecteur moderne une défiance qu’il justifie justement par cette apparence au premier abord peu compatible avec les exigences de la modernité. Un casse-tête que nous ne souhaitons pas à notre pire ennemi. Nous laissons donc là cette discussion possible, bien qu’elle n’ait eu que de brèves occasions de nous honorer de ses lumières. Cela viendra peut-être, qui sait ?

Nous n’avons donc pu, malgré la canonicité de nos usages littéraires, éviter de tomber dans le panneau de la contradiction qui invite en principe, et c’est le cas, au silence de mort.

Soulignons que notre conception de l’édition de notre ouvrage ne ferme pas la porte au lecteur classique ni au moderne. C’est déjà ça. Et c’est déjà bien de se soucier de classique et de moderne, ou de cultiste et de conceptiste et de toutes ces dispositions qui s’opposent sans conciliation possible, provoquant l’impatience des juges en instance.

Quoi de plus naturel alors, pour revenir à notre propos, de nous tourner vers ce lecteur promeneur que nous avons qualifié, par congruence, de butineur.

Car butineur, nous le sommes nous-mêmes, non point comme lecteur, — de ce point de vue-là nous sommes plutôt classique — mais comme auteur, comme écrivain. Et notre champ de fleurs, celui que nous explorons chaque jour pour tenter d’y trouver quelque chose à écrire, nous l’avons intitulé l’Héméron.

Ce nom l’indique peut-être, il ne s’agit pas là d’un journal, comme en tiennent quelquefois les capitaines de l’industrie littéraire, mais d’un plan, ou plus exactement d’une grille aux allures résolument géométriques et cinétiques, car nous avons à la fois le goût des parcours et celui des comparaisons.

Tout le corpus textuel en sort et il en sort encore.

Ce mode référentiel est peut-être utile au lecteur classique qui y trouvera quelques explications et même des preuves. Le lecteur moderne en appréciera peut-être les hyperliens et la structure connexionniste qu’ils semblent interposer entre l’idée d’écrire et l’acte de lire. Mais le butineur s’y perdra peut-être ou n’aura pas la patience de s’y perdre comme il convient aux esprits voyageurs. Alors… ?

C’est que cet Héméron n’est qu’une des entreprises construites pour une lecture moderne du corpus textuel. Et c’est là que nous touchons à notre contemporanéité, non point de l’intérieur en tant que créateur, mais de l’extérieur comme mécanicien soucieux de motorisation pour ne pas pousser. Nous entrons de plain pied dans l’informatique, nous programmons, bref, nous nous amusons beaucoup, au risque de n’amuser personne, voire de provoquer l’irritation de ceux qui y travaillent sérieusement pour notre plus grand bien. Mais nous installons quand même. L’Héméron est une de ces installations. D’autres sont en construction et particulièrement ces jeux, « jeux d’oh », qui approchent la programmation pour en tirer les leçons, si c’est possible, encore possible, les plus à même de faire avancer notre projet.

Un de ces jeux, c’est la proposition de lecture aléatoire.

Le jeu est simple : on appuie sur un bouton et un fragment de texte apparaît. On le lit ou pas. Et on a envie ou pas d’en lire plus, voire… voire de lire le texte intégral. Rêvons… Il n’en reste pas moins que ce mode de lecture est une manière plus facile de suivre le texte que cet Héméron qui peut fatiguer les yeux, convenons-en.

Il apparaît maintenant clairement que cette aire numérique, comme nous l’avons appelée, associe l’écran ET le papier, alors que l’aire classique ne peut envisager que l’un ou l’autre, ce qui paraît presque inconcevable. Pourtant…

Pourtant, alors qu’il est clair que le lecteur classique lit dans sa liseuse OU dans un livre, mais jamais dans les deux à la fois, le lecteur numérique, qu’il soit moderne ou moins facilement butineur, pratique à la fois le papier, c’est-à-dire l’Héméron, et l’écran des lectures aléatoires. Et encore faut-il ajouter à cet inconcevable constat que ladite lecture aléatoire, pratiquée sur l’écran au moyen d’un sous-langage de programmation, n’est qu’une imitation du geste qui consiste à ouvrir un livre avec un doigt au hasard, comme Dada, ou à jeter en l’air les feuillets du manuscrit pour les récupérer au petit bonheur sur le tapis, voire de les tailler en pièces pour les recoller sans les voir.

Si la lecture numérique engage à la fois le papier et l’écran, c’est parce qu’elle est une imitation de la lecture classique et qu’elle ne se contente pas d’imiter, mais de tirer les conséquences de cette imitation avec les moyens du hasard ET de la programmation.

 

En conclusion, il ne faut pas déduire de ce schéma et de ces quelques commentaires que nous venons d’établir une nouvelle doctrine littéraire. Loin s’en faut ! Nous avons plutôt décrit notre aventure et offert au lecteur, quel qu’il soit, des possibilités de routage de sa propre personne à la surface d’un travail donné. Nous ne pensons pas qu’un ouvrage soit le moment bien choisi de faire la leçon. Un mode d’emploi est toujours le bienvenu. Plus il est schématique et mieux on se porte ensuite quand il s’agit de lire. Même le lecteur le plus commun est de mieux en mieux informé de la teneur littéraire, et pourtant son impatience ne le sert pas vraiment. Butiner est une activité peut-être un peu désuète comparée à la lecture, la classique comme la moderne, mais c’est en butinant qu’on devient lecteur de nos jours. Et c’est très bien ainsi. Toute la pédagogie de la lecture est à revoir. Ce n’est certainement pas du côté du pédagogue qu’on travaille le mieux à cette réforme. Il faut être un butineur né pour savoir ce que c’est que d’apercevoir enfin l’apparence d’un chemin. Cela ne s’invente pas. Ou alors ça se découvre, ce qui n’a plus tout à fait le même sens de nos jours.

Patrick Cintas

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