Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
nouveauté : N3
roman in progress

En ligne : cliquez
J'vais m'acheter un yacht et j'en ferais une poubelle en moins d'deux !
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 13 avril 2014.

oOo

Elle connaissait ma joie au moment de provoquer l’inattendu. Elle me prenait pour un pervers.

*

Pourquoi le verre ? chantonnait la fille sans changer un mot à la chanson.

Parce que c’est toi, baby ! grogna le Prince.

*

Elle dégoulinait de sueur. Ses strass m’arrachèrent un peu de peau. Elle tira sur le prépuce pour me faire mal. J’avais très mal et ça me rendait gor. Qui était-elle si j’étais rien pour elle ?

— Ça t’regarde pas, mon chou. J’fais mon boulot. Me gâche pas la soirée !

Je tordis un sein sans conviction. Elle gueula comme si je lui avais arraché un œil, clignant de l’autre pour m’encourager.

— John-nie ! John-nie ! John-nie ! John-nie !

La foule croissait. J’en ramenais pas large. Je m’souvenais pas d’avoir pratiqué en public. J’avais même jamais filmé, même pas avec Spielberg du temps où je couchais dans son lit pour imiter la voix de Michael Jackson.

Wannabe startin’ somethin’ ! susurrai-je pour participer.

Je devais pas avoir la conviction. J’ai jamais été fort en variété.

Keep hope alive, John-nie !

*

C’était quoi, ce lieu de permissivité sans limite que le fric ? J’avais plus qu’à me rasseoir. Le Prince apprécia de son œil noir. J’avais besoin d’un autre drink, avec de la fumée cette fois, précisa-t-il au garçon, comme dans The nutty professor. C’était peut-être ce qu’il cherchait, à me transformer au rythme de The Way You Make Me Feel. J’étais passablement gris et je pensais aux voyages qui m’avaient été épargnés pour que je survive le plus longtemps possible au bonheur de l’enfance. Le film commençait par cette scène à la limite du porno. J’avais mal joué parce que j’avais honte. Et Spielberg m’avait fait greffer une bite en mousse de polystyrène pour que ça ait l’air vrai. Il m’a plus jamais reparlé de son enfance. On parlait d’un tas de choses qui avaient leur importance relativement au film, mais son enfance était devenue un secret et ses gardes du corps me frappaient durement chaque fois que j’abordais le sujet.

*

Dehors, les vitrines rutilaient à la surface des trottoirs mouillés. La neige s’accumulait dans le caniveau où des gosses s’activaient comme des malades. On me reconnaissait. On me tendait des photos de Spielberg que je paraphais avec une rage contenue.

*

Ya rien comme la gloire pour attirer les faveurs des bonnes étoiles qui se font rares en temps de crise. Ils me prennent pour Michael parce que j’ai perdu du poids et que j’suis pas loin d’ressembler à un cadavre tellement j’ai faim ! Signe comme si t’étais Tom Hanks et ferme cette putain de gueule qui t’a coûté la gloire du temps où t’étais assez jeune pour en profiter pleinement. À ton âge, il va falloir négocier avec la pédophilie et les vasodilatateurs périphériques. Ah ! J’aimerais pas être à ta place, mais c’est plus fort que moi : je t’envie, un cran en dessous, mec !

*

On remontait une avenue peuplée de consommateurs fébriles. C’était comme ça que commençait le film. On voyait un mec égaré parmi les siens et on sentait bien que c’était le malheur qui guidait ses pas vers un destin figuré par la complexité croissante de la foule, des véhicules et de tout ce qui bougeait dans un sens ou dans l’autre. Par plans sécants, son visage se mettait à ressembler à celui que le commun des mortels s’efforçait de maintenir au meilleur niveau de bonheur et d’attentes sans importance, sans influence sur ce qui reste à faire pour ne pas mourir complètement détruit.

*

La foule de mes admirateurs s’épaississait. Je ralentissais de force. Le Prince s’éloignait aussi, assailli par des filles en jupette qui cherchaient clairement ses gros doigts paraît-il doux comme la tête d’un bébé. De temps en temps, je croyais reconnaître Alice Qand dans une grosse queue ou Sally Sabat à l’homme mort qu’elle continuait de piétiner malgré l’absence de cri. Dans les vitrines, la Sibylle suivait les enfants de mon sang, en quête de nouveaux lieux pour répandre son silence d’or.

*

Si ça n’avait pas chlingué autant la pâtisserie fine et le confit, je s’rais resté avec vous, ô admirateurs de mon mythe ! Mais vous puez tellement et vos enfants sont tellement coriaces que j’suis monté dans le dernier tram en direction de ma poubelle. Oui, je vis dans une poubelle. C’est pas pour jouer au pauvre, mais j’veux être tranquille au dernier moment, en compagnie de mes excréments et des restes de mes repas. J’aurais une pensée pour les vrais pauvres avant de penser à pas m’rater.

*

Ça file un choc, mec, de changer d’opinion sur les choses alors qu’on s’attendait à respecter les normes en matière de reconnaissance. Le cristal rutilait au fond d’une cuillère à café, sans le café bien sûr.

*

Comparé à tous ceux qui en étaient morts pour des raisons étrangères à cette chimie substantielle, j’étais sain comme un oiseau tombé du nid. Il avait un instrument de mesure pour quantifier la dose minimum de douleur à accepter.

— J’savais pas qu’il fallait souffrir pour profiter des réactions en chaîne !

— T’es tellement habitué que tu te rends pas compte de la douleur. Mais elle est nécessaire, mec. Sans la douleur…

*

D’habitude, je me f’sais piquer par les mouches gonflées à la kolok. Mais c’était un cristal soluble que dans l’acide.

— Tu voudrais tout de même pas que j’t’injecte de l’acide sulfurique ! s’écria DOC.

Non, je voulais pas. On m’avait acidifié une fois quelque part dans le Nagaland au cours d’une mission aussi secrète que l’existence de plusieurs dieux sur le même trône. C’est comme ça qu’a commencé mon eczéma.

*

J’pensais à un grand verre de lumière, pas difficile à trouver si on souffre pas d’insomnie, ou à un mazagran de nuit avec des cassures de blanc de l’œil cristallisées sur les bords.

*

— J’ai oublié, DOC ! C’est l’influence de la poubelle. On peut pas vivre dans une poubelle sans risquer d’y perdre la mémoire. Je m’souviens même plus si j’ai déjà vécu dans une poubelle avant de vivre dans celle-là. Tu t’rends compte ? J’pense qu’à l’instant suivant. Et c’est qu’un instant, mec, pas une histoire complète avec péripéties qui accrochent l’auditeur entre les jambes. On s’est vraiment fait avoir en acceptant tout ce fric.

*

J’étais la proie d’un désir de finir en beauté avec un tas de dettes qui obligeraient mes héritiers à continuer sur la même voie. Mais j’ai pas d’descendants. Tout va à l’État. J’vais finir dans le ventre des fonctionnaires, dilué à mort jusqu’à l’invisibilité. J’sais vraiment pas quoi faire de tout ce fric avant que ça n’arrive. J’ai quelques idées de dépenses somptuaires, mais rien d’sérieux.

*

— J’vais m’acheter un yacht et j’en ferais une poubelle en moins d’deux !

— Y s’trouv’ra toujours un ministre de la culture assez traditeur pour vanter ton génie de la comédie et l’universalité de ton influence sur les cons qui payent cash le droit d’entrée dans vie sociale par le biais des regroupements sectaires.

— J’te crois, mec ! T’as pas cent balles ?

Site officiel [>>

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -