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 Article publié le 13 avril 2014.

oOo

Et que cela va finir par s’épuiser, que toute cette passion est tout au plus une forme de bluff.

Auparavant, elle restait, des jours. Au milieu des siens. A pressentir les choses.

À demeurer bien correcte sans rien oser entreprendre...

L’orchestre s’accordant avant de se lancer en pleine symphonie.

Il lui manquait alors une passion réelle et solide. Pour pouvoir enfin s’allumer. Prendre son essor sous les yeux complices autour d’elle.

 Bien sincère face à son angoisse... elle se sentait investie... comme une sainte peinte sur les vitraux... lui reviendrait une forme de destin dont l’ampleur ne serait plus à vérifier.

Il suffirait sans doute d’attendre encore quelques temps. Un jeune homme allait s’emparer de son corps languissant... se rendre maître de ses hantises.

Puisqu’elle la méritait, cette ampleur grandiose dans sa joie discrète...

Elle causait ainsi avec les siens. Mais sans s’attarder sur leurs réponses. Car ses parents les premiers temps ne partageaient guère cet enthousiasme.

Car à leurs oreilles, tout soupir admiratif ou appréciateur aurait creusé un doute, foré l’édifice, tant dans leur joie ils finirent par trouver menaçant et par trop instable tout ce nouveau bonheur qu’elle leur sortait, comme on peut basculer dans la folie sans prévenir...

C’était par trop imprévu, toute cette histoire... puis on ne savait pas d’où sortait au juste ce jeune homme, de quelle contrée, de quel lointain suspect.

(ils vivaient cette nouvelle arrivée ainsi qu’une agression... comme si on auscultait leurs rêves sans égards pour leurs plus précieux secrets...)

 Tout, en conséquence de ces menaces inquiétantes... prenait autour d’elle une teinte funèbre de voile. Allongée dans sa chambre. Immobile sur son grand lit vide. Louise voyait toute chose se recouvrir d’obscurités...

Cependant elle haïssait cette incertitude. S’en remettre à l’avenir sans arrêt ni trêve finirait par l’abîmer, c’était obligé au bout du compte.

 Quelque chose de poignant s’exprimait dans son sang. Elle sentait toute son impuissance face au sort. Puis ce nouveau fiancé n’était sans doute pas si fiable que cela, comme papa le sous-entendait, lors d’une de ses conversations sérieuses.

Comme si juste avant un rôle trop grand pour ses frêles épaules, elle se rendait compte de sa trop grande faiblesse.

Elle avait alors pitié de sa beauté. Bien inutile dans sa glace... stérile, sans intérêt pour personne...

fleur morte à la lumière... comme elle avait pitié de ses parents qui s’en faisaient tellement pour son avenir... ou de toutes ses amies, elles aussi destinées à disparaître suite à quelques beaux tours de manège, ceux des années si vides et si monotones.

 Elle sentait parfois circuler autour d’elle un parfum indéfini. En s’avançant dans la rue, forte de la douleur lente de ses longues années de solitude, elle trouvait drôle, inconsistant, brumeux, tout cet affairement des silhouettes autour d’elle. C’était si farce enfin une ville !

C’est que tous autour d’elle, sur les places blanches, dans les ruelles mornes, dans les troquets, tous devaient en réalité couver de bien pauvres inquiétudes, sous leurs airs importants.

On ne pouvait voir ces ombres courbées sans s’imaginer un désastre ou la fin d’une époque.

Les jeunes hommes qu’elle voyait, marchant d’un air de défi dans les ruelles ternes du quartier résidentiel... ils lui donnèrent très tôt de nouvelles idées d’évasion possible, loin du calme des pauvres fleurs présentes comme de l’heure fixe.

Elle rêva de se joindre à eux, sans plus attendre. De commencer à marcher vers les limites de la ville. En suivant la troupe des fêtards stupéfiants. À voir où le cadre finit par plonger par des circuits plus incertains qui seraient pour elle comme un au-delà possible du monde.

 Cependant ce furent là en son esprit de ces impulsions sans suite... de ces songes creux que toute âme esseulée se plaît à brasser dans sa torpeur, au moins pour se meubler comme elle peut entre deux sommeils... (qu’il en sorte un jour de toute cette patience et qui sait, un lourd et brillant joyau neuf...).

Donc toujours ce mouvement l’entraînait vers un vide. Un manque. Une impossibilité qui la froissait.

Et cela en conséquence accroissait en elle cet effroi si connu de tous les désespérés de ne connaître jamais aucune issue à sa trop présente incertitude.

 Une impasse de souffrance et sans récompense ni cesse ni conséquence.

Alors, elle eût beau tenter de se rassurer en soupesant les belles étoffes de la maison. Ou en énumérant les objets précieux recelés par sa chambre. Mais ces babioles n’avaient au final aucun effet sur cette soif en elle la poussant à rêver de mer, ou de matelots, ou de révoltes ou d’escales radieuses sous des cieux rouge sang.

… alors qu’en même temps que cela elle sût demeurer captive d’un beau rêve plus solide de respectabilité durable.

Ces motifs de rêves représentaient les ourlets. Les fioritures ornant une robe qu’il lui plaisait de porter tout en corsetant son allure d’une plus droite conscience filant sa marche.

Et cette marche fut pour elle à la fois rigide et comme tendue avec son poitrail réprimant des passions secrètes.

 La soirée s’attardant sur les places. Elle avançait les mains. Vers un joyaux que la nuit aurait recelé pour elle seule. Son délire alors la conduisait jusqu’à des lieux sans mémoire.

Louise se causait à elle même. C’était drôle. Tous ces rendez-vous. Tous ces échanges complices. Mais elle ne saisissait pas où tout ce mouvement désordonné la menait au juste... En attendant il s’agirait d’apprécier la situation suivant son sens secret.

 Elle aspirait aux ombres. Elle voulait voir sa vie se recouvrir de mystères. Grande fut sa soif d’éclats vastes. Ou d’une émotion sans repentir. Ses bras tendus vers les confins... elle croyait bien sincèrement qu’un génie ou qu’un mage serait enfin survenu. Riche et omniscient. Capable de combler sa solitude... Efficace à résoudre toute son inquiétude... Pour ouvrir les portes de son évasion enfin permise... Effacer toute cette ville sinistre... Ses murs et ses flèches... Et le ciel afin d’en faire pleuvoir sur son front les étoiles au complet.

Revenir chez elle alors lui semblait un trop acre reniement. Le brouillard du retour estompait cependant les reliefs farouches de son quartier si détesté. 

Repasser par les mêmes petites rues sans âme. C’était trop pour elle. Elle qui voulait encore croire en l’énergie que son anxiété avait tant couvé. Elle se trouvait bien dépourvue de toute ressource en se trouvant si vulnérable.

...D’ailleurs sa mère aussi, malgré qu’elle fasse mine de ne pas approuver tout cela vraiment, semble toute ravie pour sa fille. Elle n’épousera donc pas ce poète qu’elle fréquentait un temps... garçon talentueux peut-être... et encore (c’est à voir...)... mais surtout si excentrique ! Si ingrat...Et si ombrageux parfois... il était temps de l’éjecter du tableau, de ne plus le sentir présent dans le secteur...

On en a bien fait taire la menace.

Nous verrons plus à fond dans ce récit comment leur esprit sût se faire une ombre néfaste de ce passant aboli.

Il s’absorbait à certains moments en une forme de repos qu’elles flairaient, ces hyènes, comme quelque chose de malsain. Il n’aurait pu longtemps rester ainsi en leur présence.

Il fallait qu’il déguerpisse sans faire d’histoires. Alors Fernand pût avoir toute latitude et draguer Louise.

(ce récit pointera avant tout dans son développement les façons multiples dont une conscience bourgeoise use afin de bannir des enceintes où elle réside ceux qu’elle considère passé un temps de complicité, comme des intrus, voir une menace).

Il n’était pas conforme à la belle image qu’elles se faisaient d’un jeune homme prévenant...

Parfois il faisait même de l’esprit, inventif et brillant, au lieu de tout avaler des reproches muets adressés à son intention. 

Il ne paraissait pas saisir qu’il n’avait rien à faire là.

C’est bien connu, les règles du monde privilégient un paraître sans rapport avec les mérites réels.

Et même ces règles sont une forme de vengeance ou de défiance vis-à-vis de toute forme de mérite, puisqu’elles sont fixées une fois pour toute pour disposer les consciences suivant leur seule lignée.

Ces reproches, on aurait voulu qu’il en redemande. Son assiette dans les mains, avec gourmandise.

Bien élevé et toujours reconnaissant à ces femmes de savoir si bien lui en imposer à propos des rudiments du savoir vivre... Un éclair de reconnaissance aux yeux, toujours pétillant de gratitude. Très touchant.

Hélas pour lui il n’avait pas correspondu à cette image attendue.

Mais il ne faut pas trop reprendre du plat quand même... même si l’on est affamé suite à de longues marches effectuées par toutes les avenues de la ville (quitte à s’en esquinter les mollets). Avant tout dans cette famille on apprécie la mesure. Pas trop d’appétit... pas trop d’exaltation... Que l’on se restreigne plutôt, et avec grâce...

Qu’on reste bien constipé, en faisant preuve sans arrêt du meilleur tact.

et de reste les bonnes manières ne supposent-elles pas la tempérance ?

(tout en couvant une avidité sans borne, dans ces demeures bourgeoises on affectionne les réserves austères. L’absence de toute mine d’appétit. Toute note naturelle est jugée toujours du dernier goût douteux...)

Ici nous aimons que tout soit en ordre. Et reprendre un peu trop du menu du jour est perçu comme une balourdise, le manquement d’un pauvre ahuri qui ne sait pas se comporter en société. (tare suprême aux yeux de ces consciences alanguies sur leur grand canapé de cuir).

Un peu trop d’appétit finit donc par irriter chez des gens accoutumés à la mesure des repas diététiques comme aux fréquentes constipations.

Mais les journées circulent vite, faisant passer à autre chose, tarissant vite les périodes d’engouement que l’on peut avoir pour tel jeune homme...

 Ici on aime trop l’affectation pour tolérer fusse une minute la manifestation d’un trop grand naturel.

On l’aurait voulu, celui là, ce précèdent éconduit, ainsi toujours plus gourmand plutôt de nouveaux reproches. Affamé de conseils savants sur la vie qu’il aurait du mener, au lieu de rester voguer au sein du flot de pensées incertaines, à lui entièrement particulières. Son silence fût en conséquence vécu tel une injure. Une menace flottant sur notre société, avec comme l’ombre lente d’un grand corbeau sur l’herbe mouillée du parc.

 

 

Ou au moins on aurait voulu chez lui lire de la reconnaissance qu’on aie si facilement toléré parmi nous sa présence d’intrus à notre monde !...

N’était-ce pas déjà une forme de faveur pour laquelle nous devions rester à jamais bien fier de nous, et si audacieux dans nos fréquentations (quelle largeur d’esprit avions nous donc...)

De nouveaux conseils ! Plein de tacts et pertinents ! Ça on lui en aurait servi, sans mesure... De nouvelles précisions qu’on lui aurait adressé, et qu’il aurait recueilli avec tout l’enthousiasme possible d’un gentil garçon très propre sur lui.

Au lieu de cela, il restait évasif face à ce qu’il percevait comme des indiscrétions. Il ne paraissait pas apprécier plus que cela l’esprit pointilleux de notre honorable famille... et puis, et c’est là un crime capital, les commérages le laissaient froid, passé un certain temps il n’apportait plus d’eau croupie aux malveillances émises envers certains êtres absents.

Imbuvable en société, on vous dit ! À présent il est l’absence même, le déversoir de toutes les horreurs que l’on peut inventer.

Au moins celui sur lequel les arrêts définitifs sont prononcés est-il pratique aux pensées conventionnelles. Elles trouvent exquis absolument au point de s’en émoustiller sans réserve, de disposer dans leur instinct de chiennes honorables d’un être auquel elles manifestèrent leur airs de supériorité. Il ne leur en faut pas davantage pour demeurer très fières durant des mois.

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