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Petite confidente sourcilleuse
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 Article publié le 6 avril 2014.

oOo

Les pensées d’une confidente... fleurissant sous sa chevelure...

 Elle rêve de pouvoir au moins pour un moment partager la lumière de son idole... Pauvre lune triste soutirant une minute un peu d’éclat à l’astre qui la domine.

(mais elle voudrait aussi souvent la voir choir sur le cul, dans sa robe de mousseline...

La voir se commettre dans le grotesque lui serait un événement libératoire...

 Pour ne plus avoir à subir toute sa suffisance imbuvable de Princesse... et lui foutre des coups de grolle bien ajustés sur sa belle face doucereuse... puis la prendre dans ses bras, pour pleurer avec elle... une fois sonnée l’heure des réconciliations... mais cela, ces visions, ne lui viennent évidemment que par flashs, aux instants où le calme de leur complicité lui devient trop lourde à porter...

Elle est si lasse des perfections de mademoiselle... bien lasse de n’être qu’une suiveuse... une menine sans Velázquez... dame, cela va un temps... elle n’a que faire à force de la trouver si épanouie... elle en crève de rage... de façon oblique... toujours la voir si fraîche, ravie d’extase... si parfaite et toujours bien sautée... cela lui insupportable à force... cela froisse sa torpeur glaciale...)

(dans ses moments d’égarement chargés d’envie, elle serait même prête à se précipiter dans une lampe d’un aveu fatal. Phalène aussitôt dissoute dans la chaude lumière... c’est à dire à lui dire à quel point elle la hait, en fait, et de toute son âme, et serait prête à l’étrangler, et lui faire bouffer toutes les profiteroles de mémé de force, enfoncées une à une dans son joli gésier...cependant elle se reprend aussitôt, et se mord la langue. Elle a bien peur de sa parole)...

Mais, nous le sentons, sa joie à l’écoute des suaves propos de Louise participe d’une forme de revanche qu’elle met au point sans en avoir l’air. Incidemment. Par tout un jeu d’intentions obliques. Comme par l’effet d’un éventail qu’elle manierait afin de masquer toujours de son sourire ses dents cariées... comme corrodées par ses reflux de bile ou d’envie...

Elle attise, elle laisse venir ainsi à ses oreilles les jolies phrases pleines d’une joie conventionnelle qu’elle exècre.

Ce sont autant de répliques solaires où elle voudrait pouvoir infuser un peu de l’ombre qui la compose elle-même.

Être au courant des dernières sorties de cette pimbêche, essuyer tous ses états d’âmes, faire la gentille mignonne à qui rien n’arrive jamais... cela ne l’amuse plus...

Il faudrait enfin voir à passer à la vitesse supérieure...

Elle veut goûter elle aussi aux premiers rôles... il n’y a pas de raison... évacuer cette conne de son trône devrait lui prendre un petit moment quand même... mais elle se jure d’y parvenir un jour...

L’enthousiasme surjoué de sa bonne copine l’écœure... cela insurge encore en elle une envie plus que maladive. Par instants elle frôle le meurtre.

Elle se perd en cette pensée... comme on demeure à contempler l’océan... mais forcément elle reste bien lâche, et mange sa purée, l’air recueilli d’humilité.

Une envie plus entraînante en somme qu’une mélodie qui la ferait frissonner d’une extase à poursuivre de ses vœux. Un superbe transport. 

Toujours devoir se dompter. Rester bien raisonnable. Les seconds rôles de la vie savent depuis l’enfance à quel point cela peut devenir intenable, si l’on a sa fierté.

Elle affiche sur le coup en sa conscience des images de supplice. Des aperçus vomissant les effrois sanglants... il lui sera difficile de l’écouter longtemps sans défaillir de jalousie à en crever...

Surtout quand l’autre se met à détailler les préparations de ses noces... les soins du décorum, les invitations... et surtout à décrire les épisodes les plus enchanteurs de sa relation avec Fernand.

Mais déjà elle repère dans ces phrases prononcées par son idole les instants de lenteur. Elle sonde les silences presque imperceptibles. Les suspends. Tous les propos prononcés avec plus ou moins de conviction. Ainsi elle scanne la nature de ces dires avec toute l’attention dont elle se sent capable. Elle en scrute la moindre faute de goût. Elle donne ainsi autant de grain à moudre à son envie...

En rentrant de leurs échanges... une fois refermée derrière soi sa porte, elle peut se remémorer ces entorses au bon goût... avec ce faisant toute la hargne dont elle est capable... serrant du poing dans ses poches, elle se jure d’être bien plus superbe.

Elle en compose un édifice de phrases, une muraille lui servant de refuge à ce bonheur dont la vue la heurte... (ainsi peut-elle emmurer cette joie... lui rendre impossible toute issue.

Ainsi peut-elle souffler un peu... oublier un temps ce bonheur qui la nargue).

 Elle se roule alors sur son lit. Elle s’assure de bien se venger, une fois que l’occasion s’en présentera...

Comme elle s’en retourne, ainsi, sur les pavés inégaux. Elle s’évite du même coup de trop se sentir éteinte ou amoindrie par la lumière de l’astre autour duquel elle gravite... le visage rayonnant de l’autre. Son obsession.

Son amour propre lui dicte ainsi toutes ces précisions d’observation directe. Cela lui permet de ne plus se trouver si tarte. Voir de trouver bien évidente l’injustice du sort à son endroit... puisqu’une petite personne aussi quelconque que cette Louise triomphe totalement, un homme parfait à son bras, alors qu’elle demeure seule, sans affection, avec en soi seulement le même tonneau troué du désir à tenter de remplir sans cesse et en vain...

De quoi trouver bien aigres jusqu’aux plus belles réceptions où on lui sourit... de quoi suffoquer face à toute ce bonheur affiché sans complexe.

Au travers des belles paroles de celle qui est au centre de son attention. Pour l’instant elle sera heureuse de partager cet éclat. De s’élever au même degré de triomphe que son étoile convoitée... Elle fera taire en elle son envie. Rognera sa vilenie... s’inventera même de jolie histoires. Se créera elle aussi par surcroît des trésors de souvenirs avantageux...

Pour ne pas avoir l’air trop cloche tout de même, elle s’inventera de bien brillants souvenirs...

On s’arrange comme on peut avec ce type de désarroi.

Des passades avec des jeunes hommes, et très beaux, et nombreux, allons-y, tout un passé de chaleur mâle entre ses cuisses qu’elle rendra réel le mieux qu’elle pourra, s’inventant toutes les romances vécues, avec des détails qu’on n’avoue pas... Louise même en restera interdite.

Elle avancera des souvenirs capables de rivaliser avec ce qui rend si fière la pauvre Louise de causer...

 Au moins en simulant une expérience qu’elle ne possède pas, elle pourra éblouir Louise de conseils que celle-ci écoutera, reconnaissante, en en redemandant toujours plus, et comme en s’excusant de son propre bonheur, puisqu’elle est si gentille, si secourable, si touchante dans son inexpérience...).

 Puis elle voudra enfin, car tout ce théâtre mondain est bien lassant à force, que Louise un jour veuille bien changer de partenaire... qu’elle se résolve à éjecter enfin ce fiancé si pesant de jeter ainsi son ombre sur leur solide amitié de complices avides de nouveautés. De confidences inédites. De promenades à secouer de nouveaux souvenirs. Parmi le jardin des caresses. Qu’il en sorte toujours plus de nouveautés... des diamants.

Comme on trouve de neufs joyaux en secouant un sac...

Sœurs passant leur temps à se chercher des points communs...

Sur leur dos elles dénombreraient leurs grains de beauté.

Enfin ce Fernand ne s’interposera plus entre elles. On dégagera ce poids mort.

Ce sera un tournant... une variation d’humeur qu’elle se permettra une fois qu’elle aura sondé bien à fond les intentions de Louise et sa si faible assurance sur l’avenir...

(et pour cela nul besoin d’aller très avant... l’incertitude quant à son sort futur, la faiblesse de ses raisonnements, et toute la frime de ses assurances, tout le toc de ses prévisions fondraient seuls au soleil, avec un peu de patience... il suffirait de faire en sorte de lui tendre un miroir, pour lui révéler le peu de conséquence de tout cet emballement... préciser le crane au travers de la peau carminée).

Alors elle insistera pour que sa « maîtresse » louvoie, ondoie, varie dans ses avis sur tous les sujets... et le plus souvent, elle y parviendra, ayant du mal elle-même à trouver si logique la portée de son influence sur cette Louise un mois auparavant si renfermée sur son bonheur personnel (huître scellant sa perle avec jalousie)...

 

 Car on sous-estime toujours, sur une fraîche cervelle influençable, le pouvoir indélébile que peut avoir la plus simple conversation. Elle-même se demandera comment elle pouvait aussi aisément se rendre maîtresse de cette princesse... et cela simplement en lui parlant d’un autre homme présent dans le coin, homme charmant, au revenu bien établi, mais poète aussi, enfin très complet...

Et ne soyons pas dupes, lecteur, nous en avons bien connus, de ces êtres doubles. Scorpions masqués par une branche fleurie embaumant tout l’air alentour. 

Leurs gentilles manières recouvraient mal parfois le vice... la sournoiserie ordinaire de l’instinct... les airs de menace, le fiel sans imagination des envies hargneuses... envies prêtes à vous aboyer à la face le fond de leur belle vérité à la moindre brouille un peu rude...)

...Au moins pour qu’elles contrebalancent leur jalousie au prix d’un peu d’inédit à piocher dans votre sort...

Mais esquissons son portrait plutôt...

 Par dessus tout la confidente idéale doit être le plus insignifiante possible. S’habiller avec bien peu de goût, que les jeunes filles qui se confient à elles se trouvent bien supérieures en sa présence... Extérieurement en tous cas. Il faut qu’elle soit perçue comme absolument incapable de la moindre action un peu franche. Très charognarde d’instinct. De plus, et cela ne gâtera rien, il faudrait qu’elle soit affectée d’une tare ineffaçable.

Un défaut physique, une déviance mentale, voir une superstition grotesque, cela pourrait faire l’affaire... apporter de l’eau au moulin des conversations.

Une héroïne a besoin de sentir sa supériorité confirmée par de tels repères lisibles, tels sur une muraille, à la face même de leur confidente...

Cela afin de pouvoir tout lui confier tout en se sentant bien au dessus d’une telle infirme...

une bestiole somme toute inoffensive... et qui ne pourrait en aucun cas interférer sur leurs actes.

Et puis aussi de rendre à chaque rencontre leur cœur plus orgueilleux de daigner se confier à une telle épave...

Trouvant dans cette confidente un miroir si peu avantageux, la jeune fille n’hésitera pas à se trouver bien plus souveraine. Comme auréolée. Pouvant se permettre de se donner sans fin des airs de duchesse sans crainte du ridicule.

...Mais ça n’est pas là le sujet. Avant tout les confidentes doivent se taire au maximum. Écouter sans faire d’histoires ce qu’on daigne leur dire avec application. S’effacer. On ne réclame rien d’autre pour l’instant de leur insignifiance... de toutes façons, parfois elles se voient récompensées de leurs efforts de sous-entendus... Ainsi Louise, tout en ayant l’air un temps de résister aux insinuations de sa chère copine, n’en conserve pas moins par devers elle des éléments qu’elle puise dans toutes ces médisances, éléments de langage qui pourraient lui servir ensuite, si elle en venait à se lasser de son Fernand...cela pour se justifier à sa propre attention le revirement qu’elle se permettra alors, quitte à piétiner tous ses serments actuels... ainsi sous-estime-t-on toujours la nature très résistante, assidue, des innocences de jeunes filles (car, comme les étoffes somptueuses, elles ont parfois un envers bien miteux dont les coutures se lisent).

 

Mais pour l’instant, tout en observant Fernand qui se lisse les cheveux du plat de la main, Louise se dit qu’elle en rêve, et cela même si tout est bien vrai ! Bien réel... bien tangible... qu’elle en raffole, en piaffe d’aise, de leur idylle parfaite ! Tout pour elle y correspond à ses plus anciennes aspirations, de celles qu’elle se traîne depuis l’enfance, à espérer pour du vent jusque là. Une à une vérifiées ces perfections sur la liste posée sur son sein lors des soirs anciens de songerie stérile. Et en plus il a une si belle voiture...

une humeur si égale...

de si beaux cheveux...

une bonne mutuelle...

 plus rien à désirer vraiment !

Quand elle ferme les yeux. Des visions d’océan pacifique inondent sa songerie.

 Fernand les vérifie toutes, ses belles prévisions !

Il répond pour elle à tous les critères.

Ses rêveries passées se concrétisent enfin ! Elles se sont comme cristallisées dans l’apparence de ce jeune homme sans reproche à la démarche lente.

Comme si les scènes les plus éblouissantes de ses romans de chevet s’animaient sous ses yeux non plus seulement pour de rire, mais bien concrètement, avec toutes ses variations. Parmi les chaleurs de complicité.

Un rêve de galanterie dont elle ne pouvait avant cela se figurer le triomphe sur tous ses sens épuisés par le sommeil.

En allant le rejoindre sur le grand canapé, il a la sensation de son pouvoir masculin, si persuasif pour elle... elle flotte, aspirée par des nuées, transcendée par sa chance...

 Tout le scénario s’en vérifie, elle se l’évoque tout en jubilant, en sautillant, si satisfaite... un rossignol en joie.

Elle revêt alors tout ce simple soir de réception, à tout prendre bien ordinaire dans son ennui ressassé, de tous les fastes d’un sacre éclatant.

(mais en même temps, ne nous mentons pas, elle se ménage tout de même une porte de sortie. Une issue possible malgré qu’elle ait l’air heureuse tellement d’avoir un homme bien à elle seule...Et tout en tournant de beaux compliments à son compagnon, elle prélève de fait des éléments dans son apparence. Tout son comportement si mâle. Toute cette somme de détails pour le moment insignifiants, mais qui, une fois grossis à la loupe de son ressentiment, pourront lui permettre de trouver à redire, et enfin de le laisser choir... sait-on jamais... il faut bien prévoir la suite, quoi qu’on dise... car les enjeux sont bien sérieux...)

 Depuis des années qu’elle sent en elle le creux des manques se remplir de cendre sur les saisons... Imperceptiblement... tout le long des saisons mortes au plaisir. Périodes où rien jamais ne survint jusqu’alors pour la combler. Adolescence traînée sans plaisir... Un supplice de convenances. Faire taire en elle la bête furieuse, en se touchant avec passion jusqu’à verser sa torpeur au sommeil.

 

 

Cette fois la neige des solitudes ne l’emplira plus comme une fosse ignorée.

Elle se le promet (et tout en se faisant ce genre de promesse, et trempant ses lèvres dans le porto... Elle reste confuse dans la division. L’éclat. La fissure lumineuse de son désir. Elle veut être bien fidèle à jamais. Et en même temps offrir ses faveurs à tous les gars polis et bien faits de la ville et de ses abords... le fantasme confus se dessine et creuse en elle un abîme qu’elle pourra longtemps essayer de remplir... bien sûr en vain... c’est qu’elle a toute une adolescence morte à rattraper).

Cependant cette fois-ci elle a le droit, comme une autre, de se sentir exaltée, pleine d’orgueil solide... élégante de sérénité dans tout son maintien de reine... Un bonheur enfin accessible... et sans contrepartie ! Elle n’en rêvait pas tant... elle que personne ne regardait jusqu’à présent... ses charmes demeuraient bien dédaignés... (croit-elle... avec encore à ses yeux un léger voile d’inquiétude anticipant l’avenir... elle tourne même la tête autour d’elle, simulant l’inquiétude... pour voir si à un endroit ou l’autre de la pièce, un salaud n’est pas planqué, pour lui signifier que tout cela n’était qu’une farce somme toute... et que son bonheur était de fait en carton pâte... bon à foutre à la décharge... et qu’il faut stopper les caméras planqués derrière les volets. Ce serait une bien cruelle déconvenue... c’est certain.

Inquiétude que parfois les regards de son compagnon, au sein même de ces réjouissances de soirée, lui insufflent ainsi qu’une tâche ineffaçable sur une jolie nappe...)

...Ainsi... plutôt que de se voir comme cela rester en représentation... ce qui est un état à ses yeux bien vulnérable (et puis la note en serait bien difficile à tenir très longtemps...)... elle préférerait dans sa chambre d’enfant songeuse se rouler sans fin dans ses draps... rester en la protection de sa solitude. Là où elle pourrait laisser toute conjecture à son imagination de parfaire les détails odieux menaçant son bonheur... (et il en est de nombreux...)

(car de fait tout son bonheur sonne faux, elle le sent bien)

 Histoire de se pâmer encore un fameux coup. De se trouver grandiose... A tant mériter tout ce triomphe discret la foudroyant d’un seul coup que c’en devient gênant à force de se sentir tellement épanouie à ce point là.

 Tout ce délire passé enfin trouve un exaucement digne de leurs vœux. Son sourire n’en finit plus de se prolonger... comme en fondu enchaîné sur une plage des caraïbes. Ou bien sur une rue de Broadway.

Ou encore sur une campagne où un cottage empli d’humidité accueillerait tout ce bonheur tant mérité depuis le temps qu’elle se le rêve...

Elle qui craignait par dessus tout de rester seule. Ombre solide. Suiveuse accompagnant ses amies mariées un peu partout dans les sorties. À rester le gentil fruit sec que l’on considère avec aux yeux cet air intolérable des sales pitiés honteuses. Ce sort est évité ! Aboli songe crasseux sans recours. Il n’en sera plus question.

Place à la moisson des ivresses ! La récompense promise par toute cette patience où ses os rouilleraient sans pouvoir espérer obtenir une vraie récompense !

Il lui fallait pour s’épanouir sentir en soi éclore et croître la fleur de cette relation avec un homme établi. Une relation si pleine de confiance avec son compagnon solide. Une rambarde. Des accoudoirs. Des escalier sûrs. Un désordre sûr. Un domaine à parcourir d’un bon pas. (comme en pensée où son angoisse marcha dans un palais des glaces...)

En somme tous les attributs d’une sécurité pouvant servir de support à ses plus secrets élans.

Ne plus rien subir jamais de l’humeur des enfermements volontaires. Rien ne devrait ternir cette volonté ressentie. Ce désir de s’attacher un autre être comme par le prestige d’un charme puissant.

Sans lui elle aurait erré sans fin dans les limbes. Parcouru sans fin toutes les rues sans intérêt.

Épuisé tous les calendriers de sa vie en démarches sans issue.

Perdu ses pas en endroits hideux et croulant dont on revient meurtri...

Et cette odieuse perceptive la terrifie. Elle s’est autrefois tant exploré de la main l’entrecuisse... tout en s’émoustillant de si parfaites évocations.

À présent que celles-ci sont toutes réalisées, sa rêverie se trouve comme à court de désir. Il est difficile de ne pas subir ce vide. Ainsi qu’un abîme intolérable.

Elle rêvait, tout en s’enhardissant au plaisir dans le silence de sa chambre, des mille précisions d’une existence sans aucune fausse note. Aucune dissonance possible.

(Certes les parents au départ couvent d’un œil soupçonneux ce déferlement d’affection envers ce nouveau venu de Fernand. Car cette manifestation passionnée est en grande partie simulée selon eux... ils observent cette petite main de la jeune fille presser sans arrêt la main du jeune homme.

Cela allume en eux la méfiance, tout cet emballement surprenant. C’est si précipité. Il faut se méfier.

Cela ne pourrait rien donner de très bon... ils en ont comme l’intuition. Malgré l’air ravi qu’ils se donnent, ces innocents entichés.

C’est que ces parents sont instruits sur la question du peu de conséquence des premiers mouvements de la passion. Ils ont connu nombre de ces naufrages dans leur jeunesse, bien qu’ils tâchent de se donner des airs ravis, et comme allumés de gourmandise, sur ces questions.

(mais ce beau petit couple continue de se donner l’air confiant tant qu’il peut...

Ce jour là ils purent se retrouver seuls sur leur lit...

Plus d’idylle projetée pour du vent... Enfin s’adonner aux assauts débridés dans la chaleur complice.

Au sein de la couette... lovés tous deux tels deux serpents enfouis sous le sable brûlant... ils oublieraient enfin tous les supplices. Toutes les incertitudes de l’avenir... lequel est perçu tel un chemin des plus noirs, un détour nauséabond, à n’oser se risquer fusse seulement en rêve.

La sale perspective du monde extérieur... pour l’instant Louise tâche de l’ignorer. Toute à sa confiance présente).

 

Se versant mutuellement en leurs corps émus tous leurs secrets... leurs inquiètes impulsions.

Pour sentir au loin les conventions si tristes de la famille. C’était un précieux répit. 

 La misère dépassée d’un sort écœurant... enfin... puisqu’il serait enfin permis d’y échapper...

Dans la chaleur de ces draps ondulants et si rigides à la fois...

La blancheur de l’étoffe apposée à leurs jambes... le linceul figeant leurs corps périssables.

Suite à la passion sans fin du désir.

(cependant cela n’inspirait rien de funèbre à Louise, non, bien plutôt des chansons).

En tous cas un refuge assez beau pour accueillir toute cette liesse qu’ils se seraient créée pour eux seuls... ils ne sentiraient plus les erreurs.

On aurait bien tout le temps ensuite, elle le sentait, pour les discussions avec les parents. De ces discussions sèches empêchant tout rêve de bonheur vague. Des discussions, des entretiens où il faudrait faire le point sur la future situation du couple, sur les moyens dont ils disposeraient pour gagner leur vie confortablement dans la capitale... le petit jeu des sentiments fondrait aussitôt sa guimauve sous les feux de ces considérations aussi objectives qu’incontournables. Mais ça n’était pas encore l’heure. 

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