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La question sexuelle
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 Article publié le 6 avril 2014.

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Je dirais que pour bon nombre d’entre nous la question sexuelle est à la fois centrale et marginale.
Ni omniprésente à la manière d’une obsession qui envahit tous les actes de la vie et inspire toutes les pensées, ni centrale à la façon d’une question cruciale à laquelle toutes les autres questions, même les plus éloignées d’elle en apparence, sont subordonnées, mais axiale, présente en de nombreux moments de notre vie, parfois aussi apparemment absente, mais toujours agissante comme dans le rêve ou le lapsus.
La vie sexuelle rayonne de l’intérieur. Elle habite le corps qui est représentation du corps : en même temps donc, pure extériorité, clichés, fantasmes, idées reçues.
La question sexuelle est donc pliée : présente dans le corps, amoureux ou non, présente dans tout acte sexuel, agissante dans les fantasmes, les rêveries, les rêves et la pensée qui tente de les penser.
Selon que nous inclinons plus ou moins à reconnaître cette action et ces agissements, nous sommes plus ou moins en mesure d’en éprouver le sens, c’est-à-dire la direction que nous prenons non seulement pour l’aborder en la vivant, mais aussi pour la penser en ne dissociant jamais la pensée comme acte, la pensée comme objet de la pensée et la pensée du sexuel comme question.
Evacuer la question sexuelle, c’est nier le corps comme lieu d’un questionnement sans fin sur une question non pas centrale, mais axiale. C’est donc tout autant nier le corps propre et l’altérité comme corps de l’Autre,objet de désir ou de dégoût que refuserles représentations héritées qui y sont liées.
Le corps propre, absolument singulier, a maille à partir avec des représentations toute faites, héritées du passé du monde. Les techniques modernes de reproduction de l’image ne changent rien à cet état de fait : les positions, les fantasmes, le lexique du sexe sont de bout en bout hérités, même remis au goût du jour : variations sur un thème préétabli.
Et si le sexe, sur le fond, en cela vie de la question et question de la vie, était tout à la fois jubilation et souci, angoisse, misère et jouissance ?
Le lieu par excellence de la ruse chère aux Grec anciens.
Séduction trouble et fascination, séduction troublante, paralysante ou dynamisante.
L’aporie de la solitude - l’impossibilité de la sortie hors de soi, le repli sur soi comme tentation concomitante- déjouée par Eros, fils de Métis et de Penia.
L’érotisme comme issue, et non échappatoire, l’érotisme comme poros qui nous permet de naviguer sur la mer immense des désirs.
Question alors de temps et de mode, l’indicatif exerçant son empire dans le domaine restreint des actes réels, le conditionnel étant dévolu au mouvement du désir inassouvi, le subjonctif exprimant l’impossible, l’inaccessible-incessible, l’impératif ordonnant le possible en en faisant une obligation censée entraîner l’autre à sa perte heureuse dans la jouissance. 
Question et réponse à la question en même temps. Réponse qui repose sans cesse la question, question qui rebondit sur la réponse, faisant de toute réponse une question ouverte sur l’infini de la question.
Dans tous les cas, assomption et perte, jubilation et souci.

Jean-Michel Guyot
14 mars 2014

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