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Dans la reculée
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 Article publié le 23 mars 2014.

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Bol de café noir et pain grillé, beurre salé et confiture de coing sur la table de ta cuisine de bon matin.
Tu t’accordes le temps de rêver avant d’empoigner ta journée.
Monte en toi un chant que rythme le souvenir de tes pas hier dans la reculée endormie.
Le soleil se lève. La journée sera belle.

*

Proche du chant, si proche, le val riant.
Une vallée plutôt, profonde comme le féminin qui bute sur la reculée, s’enchante de ce tour que lui joue le destin, s’anime et respire dans un frémissement qui court de ta nuque à tes reins.
Nous sommes en pays comtois.
Au printemps, l’air est si vif. La bise souffle comme un souvenir du Nord encore.
Brise printanière ? Bise hivernale ?
De longues semaines, elle tergiverse, hésite, prend avis auprès des cimes, se ravise, oblique, tourne, se gausse de l’impatience des hommes, puis vire en brise légère au grand soulagement de tous.
Durant ce laps, elle rince le ciel qui bleuit. Des laitances de nacre en rehaussent le mat éclat qui se penche sur les verdures tendres.
La discorde rôde dans les vergers verdissants.
Vêtue de lin blanc, une femme brune y passe à l’aube pour appeler le printemps. Fendue, sa robe laisse au vent tout loisir de caresser ses cuisses odorantes.
La femme prête son corps au lin. Le bleu de ses yeux en rappelle les fleurs, rivales de l’azur moqueur.
La nature s’empresse de tricoter de petites taches rouges, délicats coquelicots en mal d’avenir, torpeurs latentes et si lentes qui pointent en silence leur suc vers le pavot des jours éblouissants.
La brise, à elle seule, fait le lien entre le lin et les pleurs, l’odeur de sureau en fleurs et la femme en pleurs.
Pleurs de joie.
Sa poitrine se soulève, soupire d’aise vagabonde.
Circulation des sèves et des flux, des basses terres et des hauteurs.
Profondeur apeurée, farouche grandeur.
Le galop d’un cheval aura quelque jour raison de tes peurs.
Tu te sauras alors terre vibrante et le mors et l’éperon du vent quis’ébroue, se cabre et se tord, dans un même élan meurt et mord.
La morsure du vent est la plus douce.
Tes cuisses brunes en gardent le souvenir ému.
Floraison et arborescence, toute entière fécondité sure de ses buts rivée à la terre, la vallée succombe.
Le soleil rutile, lutine les herbes et tes branches, tes feuillages et les jeunes pousses.
Le ruisseau capricieux s’attarde dans ses reflets, court pourtant à sa perte heureuse.
Couleurs, couleurs, colloque des profondeurs, danse endiablée dans l’air qui suffoque dans tant de douceurs.
Avenante beauté, tu décoches la flèche du vent qui porte loin ton désir d’hommes.
Ainsi du marcheur solitaire par tant de beauté nullement ébloui jusqu’à ta couche défaite passe le vent frais des heures.
Cycle des fins et des êtres à la beauté appariée.
Radiante beauté des chemins tracés, des verges et des vergers, des fleurs et des seins pointés.
Hymen et corolles, jonquilles et narcisses en fleurs se font l’écho de tes peines, Ô mon hivernale en qui l’écho s’attarde.
Une plongée s’amoncelle en amont de tes orages à venir.
Ondulation gracieuse de tes courbes bleues, lente déferlante de ta jouissance, spasmes d’azur dans ton ventre étonné.
Fougue des heures, foudre murmurante.
Dans un grondement, le torrent remonte le cœur du temps.
Hommage à la source vive qui chante de toi dans un bruissement de forêt qui exulte !
Chant vif, mélodie vivifiante, tonnerre d’accords majeurs dans la grisaille disséminés.
Exhalaisons, senteurs et odeurs mêlées.
Le soufre et le satin noir, la flammèche bleue de la bougie qui épie l’obscurité sur le champ de tes blés, les tendres aveux à la nuit qui pulse dans ton sein, sésames arque boutés contre l’énigme souriante, d’écho en écho relancés.
Orgies des soirs et tendresses au petit matin.
Tu es la fiancée du vent, Ô mon hivernale.

Jean-Michel Guyot
8 mars 2014

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