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 Article publié le 26 janvier 2006.

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J’ai de la chance. Une fille merveilleuse pour mes vieux jours. Monsieur Tantale, je ne vous remercierai jamais assez. Ma mère s’est remariée avec ce monsieur Scribe. J’ai gardé le nom pour le commerce. Qui m’appelle monsieur Gutenberg ? Ce nom m’est devenu complètement étranger. Monsieur Gutenberg, ce n’est pas moi. Monsieur Gutenberg était professeur de violon. Monsieur Gutenberg a été dénoncé par ses voisins de palier. Monsieur Gutenberg a été poussé dans l’escalier par la police française. Monsieur Gutenberg a été gazé. Ton père travaille en Allemagne. Son travail l’a tué. J’avais deux pères. L’un était mort, l’autre vivant. J’ai eu un demi-frère... La méningite... Ma mère et mon parâtre ne s’en sont jamais remis. Mon père, la première épouse de monsieur Scribe et le frérot nous accompagnaient dans toutes nos actions quotidiennes. Les fêtes, les anniversaires, les cérémonies, les décisions... On s’adressait à eux. Je ne parle pas à mon couvre-chef. Avant de partir, ma mère m’a révélé le passé de toute la famille. Maman, pourquoi maintenant ? J’aurais mieux vécu. Le temps nous éclaire, Eugène. Connais-toi toi-même. J’ai fermé ses yeux effarouchés. Monsieur Achille, trois fois n’est pas coutume... Je vous remets ça, monsieur le libraire. Campari ? Campari. Laissez c’est pour le maître des lieux. Tous ces siècles avec mes livres et mes morts sans mettre le nez dehors. Les elzévirs et les libretti doivent rester chez les... Tu es un Gutenberg. Les Scribe ont tous été enlevés. Après... L’obscurité de l’échoppe. Chambre, cuisine attenantes. Démosthène insiste pour que je lui rende visite... Vous êtes jaune comme un coing, comme vos parchemins, monsieur Eugène. Venez au bord de l’onde. Venez entrevoir les scintillements, les reflets, les ondulations... Venez prêter l’oreille aux flots clapoteux, aux courants guillerets, aux vaguelettes murmurantes, aux frissons imperceptibles du fil du temps... Venez chez les cloches fêlées, chez les cloches sonnées, chez les cloches à fromages, chez les suppôts de Bacchus... Seize idiots dans le diocèse. Quelquefois je l’envie de pouvoir exprimer tout ce qu’il pense à n’importe qui, n’importe où, d’oser tout tourner en dérision, de s’opiniâtrer à s’asseoir sur la morale, de savoir faire un sort aux préjugés, de décider de bégayer quand bon lui semble. Toujours tout flambe, doré sur les coutures, je suis le clochard le mieux mis de la capitale. Le bon faiseur Emmaüs et quelques retouches de Pénélope... Pénélope, couturière et lessivière. L’imprimerie, les encres, les calames, le papyrus, la reliure... Les Bodoni, les Didot... Les scènes de lecture sur les fresques de Pompéi, la vallée du Nil... Il m’en pose des questions. Il m’apprend beaucoup de choses. En quelque sorte, monsieur Scribe, le livre est né entre le bois et l’écorce d’un arbre. Comme quoi il faut toujours glissé le doigt entre l’arbre et l’écorce. Une estime partagée. Monsieur Achille, la petite Virginie est parfaite. Elle épanouit tout ce qu’elle touche. Mille mercis ! On époussette, on ravive, on enlumine, on reclasse, on découvre, on inventorie. L’odeur du papier, du cuir, de la colle, de la cire... Les odeurs de mon apprentissage. Tout respire. Je m’occupe de la vitrine. L’enseigne et les panneaux, c’est l’affaire de Paul. J’ai vu les brouillons. Il nous fait languir. Monsieur Eugène, c’est pour ma galerie de portraits des gens d’en-bas. Ne bougez plus, j’attrape la ressemblance. Un drôle de crayon, ce Paul. Des toits, rien que des toits. On est tous invités au buffet. Le Marais. Monsieur Achille, vous aurez une place pour moi dans le coffre de votre teuf-teuf ? L’atelier de Paul est comme neuf. Tout l’étage. Virginie ne s’en doute pas. Il a peint un ciel de toute beauté... Rien que pour elle. La Sixtine, d’après François qui prépare la pendaison de la crémaillère. Une baguette magique... Son amoureux de peintre ne s’y trompe pas. »

 

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