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J'ai toujours aimé créer
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 Article publié le 8 janvier 2006.

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J’ai toujours aimé créer, je crois. Même enfant.

Dès mon départ du foyer parental en 1978, je commence à peindre sur papier ou à défaut, sur les vitres, les tables, tout support qui me tombe sous la main : c’est très pulsionnel.

En 1980, atteinte de mal de vivre, je commence à écrire sur des cahiers des textes sombres qui soulagent ma détresse intérieure.

En 1981, enceinte, je me lance dans la décoration, tentures naïves en feutrine, petits meubles...

Après la naissance de ma fille, fin 1982, c’est la magie de la photo qui m’interpelle au travers de la révélation de l’image dans le labo : portraits de mon enfant et photos insolites.

En 1984 rattrapée par le mal de vivre après de lourds évènements familiaux je me remets à écrire, des poèmes cette fois, très sombres, qui me permettent de soulager la pression.

En 1986, je lâche mon métier d’infirmière pour me lancer dans l’artisanat d’art, bijoux, miroirs, paravents, j’ai très envie de ne vivre que de ma capacité à créer, mais même si mes créations se vendent bien, ma fille grandit et je veux lui donner un confort de vie plus régulier. Je reprends le métier d’infirmière en fin d’année 1989 et je me tourne vers la peinture sur châssis et au couteau, et bien que n’ayant pas exposé je vends quelques toiles "par hasard". J’aime surtout peindre dans le silence de la nuit, lorsque la ville est endormie .

En début d’année 1993, je quitte Toulouse pour m’installer dans le parc du Haut Languedoc et je prends un peu de distance avec la peinture au profit de la vie extérieure : la création de jardins puis restauration d’un lie ( contact avec la pierre ). Mais je peins toujours, cette fois m’essayant à la peinture assistée par ordinateur .

En 2001, profondément marquée par la nature et l’Amazonie péruvienne, mûrie par ma quête spirituelle, j’ai commencé à créer des objets psychomagiques, sculptures de bois ou de terre ; je peins aussi de l’abstrait, du lumineux, tout en ayant au fond de moi le sentiment que ma peinture n’est pas aboutie.

Un jour de l’été 2003, dépitée devant ce ressenti qui s’amplifie, quelque chose en moi explose ou lâche (?) et je reste alors abasourdie devant ce qui s’est créé là, comme en dehors de ma volonté. Stupéfaction et émerveillement se sont conjugués, et de ce moment là la peinture m’a ravie. Cette oeuvre, inspirée du symbolisme du vivant, - cet esprit du vivant qui pour moi donne sens à tout - me permet de conter le mouvement incessant de la métamorphose, qui va de l’ombre à la lumière, du néant à la forme, du réel à la réalité. La peinture chamanique (ou onirique ) me permet de vous inviter à partager ma vision de ce voyage dans le tourbillon coloré d’énergies qui tissent sans fin la magie de la Vie, où le rêve n’a plus de frontière.

Depuis cet été-là je n’ai cessé de peindre selon cet inspiration, ce qui n’a pas empêché la diversification de ma créativité, art brut ou singulier, sculpture de la pierre, modelage de l’argile, et surtout, en début de cette année 2005 j’ai enfin laissé derrière moi l’exercice de l’infirmière pour me donner à l’art de manière entière.

 

Je ressens ce parcours vers l’art, vers ma créativité, comme la reconquête de mon âme, pas à pas, dans les méandres des contingences matérielles de la réalité et ceux plus subtils et douloureux de la quête du sens de cette réalité.

Il y a eu sur mon chemin la créativité occupationnelle, la créativité pour survivre, la créativité de consolation, la créativité curative et enfin la créativité au travers de laquelle j’ai su me recréer moi-même. Quelle que soit l’étape du cheminement de ma créativité, celle-ci a toujours été un processus de transformation et aujourd’hui je la vis comme un "état d’être", un dialogue permanent avec quelque chose qui me dépasse, m’habite, m’anime, une part de moi, originelle peut être.. Il me semble que chaque expérience de vie forte, qu’elle soit belle ou ardue, ouvre à chaque fois un nouvel espace qui permet une percée créatrice, une avancée en soi, vers soi, les autres, le monde et ce de façon croissante. Si au départ, cette créativité en moi paraissait générée par l’instinct, l’intuition, la douleur, puis par l’intention sincère d’aller vers le mieux-être, à l’heure actuelle je ressens dans l’acte de créer que je laisse simplement émaner cette part mystérieuse de moi, que j’ouvre alors un espace à la création et que celle-ci s’y cristallise d’elle même. J’ai envie de nommer cela "l’esprit créatique", lequel serait comme une présence attentive, un silence comme sidéral, au delà de l’émotion, de la pensée. Je navigue au fil de la toile sans pouvoir imaginer le motif de ce qui se tisse là. Créer pour moi reste un mystère, un paradoxe entre liberté d’être moi et oubli de moi même. Au travers de l’acte de peindre, je m’abandonne à la créativité, à la Création, je rejoins l’essence de la Vie. C’est là, une pulsion, une force, un acte qui pour moi relève du sacré, que ce soit peindre, sculpter, danser, écrire... Mon approche est mystique, de la réappropriation de Soi à l’appropriation des énergies du Vivant.

 

Peut-être que le fait d’être femme (maman et grand-maman), d’avoir en moi la capacité de donner jour à la Vie, m’a permis d’étendre ce pouvoir au-delà de ma chair, au-delà de ce réceptacle de vie que je suis, de devenir plasticienne à part entière de l’intérieur, et à l’extérieur aussi grâce à celles qui avant moi ont ouvert ce chemin aux femmes...

 

J’ai eu envie de rapporter quelques propos de Clarissa Pinkola Estes, psychanalyste, conteuse de lignée, dans "Femmes qui courent avec les loups"*, à propos des femmes et de la créativité. Cet ouvrage m’a particulièrement touchée car durant sa lecture je retrouvais bien des choses rencontrées sur mon chemin, et j’y éprouvais la joie du partage et de la compréhension, ainsi que l’inspiration soudaine et impérative de créer la statuette en argile de la Loba.

 

".....Ma génération d’après-guerre grandit à une époque où les femmes étaient utilisées et traitées comme une propriété privée. Elles étaient en jachère..... Même si ce qu’elles écrivaient n’avait pas l’imprimatur, elles posaient leurs jalons, même si ce qu’elles peignaient n’était pas reconnu, cela leur nourrissait l’âme. Il leur fallait mendier les instruments et l’espace nécessaires à leur art..... Elles avaient à peine le droit de danser, aussi dansaient-elles où personne ne pouvait les voir....

C’était l’époque où l’on appelait dépression nerveuse les profondes blessures de l’esprit des femmes outrageusement exploitées, où l’on disait gentilles les femmes étroitement tenues, corsetées, muselées. Et où l’on étiquetait comme mauvaises les femmes qui desserraient quelques temps l’étau.....

La psychologie classique tourne court lorsqu’il s’agit de la femme créatrice, de la femme douée, de la femme profonde. Elle est souvent peu bavarde ou carrément silencieuse sur les questions d’une grande importance pour les femmes : celles de l’archétype, de l’intuition, du sexuel et du cyclique, des âges de la femme, de sa façon d’être, de son savoir, de la flamme de sa créativité.... Pour moi, tous les hommes et les femmes sont nés avec des dons. Il n’en reste pas moins que l’on a peu décrit la vie psychologique et la façon d’être des femmes douées, talentueuses, créatrices.... Le but doit être de faire recouvrer à la femme la beauté de ses formes psychiques naturelles."

 

Là, Clarissa commence à parler de la Femme Sauvage, que je connais bien !

 

"....Quelles que soient ses influences culturelles toute femme comprend instinctivement les mots femme et sauvage. Un très vieux souvenir s’éveille, la mémoire de leur parenté absolue, indiscutable et irrévocable avec la féminité sauvage.

.....La vision de spectacles d’une grande beauté nous permet d’approcher la Femme Sauvage, le son nous permet tout aussi bien de l’approcher..... Ce goût du sauvage va et vient avec l’inspiration. C’est ce goût fugitif né de la beauté comme de la perte qui nous rend si désireuses de continuer à poursuivre cette nature sauvage.... Quand les femmes l’ont perdue et retrouvée, elles font tout pour la garder à jamais, car avec elle leur vie créatrice s’épanouit. Elles ne sont plus les victimes désignées de la violence prédatrice des autres. Elles sont égales devant les lois de la nature, égales pour croître et lutter.... En réaffirmant leur relation avec la nature sauvage, les femmes reçoivent le don d’une observatrice intérieure permanente, une personne sage, visionnaire, intuitive, un oracle, une inspiratrice, quelqu’un qui écoute, crée, réalise, invente, guide, suggère, qui insuffle une vie vibrante au monde intérieur et au monde extérieur.

La Femme Sauvage archétypale est la patronne de celles qui peignent, écrivent, sculptent, dansent, pensent, prient, cherchent, trouvent, car elles sont dans le domaine de l’invention et c’est là sa principale occupation. Elle est dans les tripes, non dans la tête, comme toujours quand il s’agit d’Art.... Elle est absolument essentielle à la santé de l’âme et de l’esprit des femmes.... Elle est la source du féminin, tout ce qui est de l’ordre de l’instinct, des mondes visible et invisible. Elle est le fondement....

L’Art est important. Il marque les commémorations des raisons de l’âme ou d’un évènement particulier, quelques fois tragique du voyage de l’âme. L’Art n’est pas seulement destiné à soi-même, il n’est pas seulement un jalon sur la route de la compréhension de soi, c’est aussi un conte destiné à montrer la route à celles qui viendront après nous."

 

* Femmes qui courent avec les loups - Clarissa Pinkola Estes 

 Éditeur : LGF - Livre de Poche (17 octobre 2001) - ISBN : 2253147850

 

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