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 Article publié le 6 janvier 2006.

oOo

Carrefour

Voici, en ce lieu de nulle part à jamais
Au carrefour de ma vie là où nulle route ne s’interrompt
Voici, je te présente l’ancêtre
Négrier aux yeux bleus acier : la haine
Le fouet tremble encore dans ses mains crispées
Vois, il piétine tous mes rêves de liberté il laboure mes entrailles de sa graine de violence
Vois il déchire mon enfance, mon Afrique à jamais perdue
Vois la haine lui mange le coeur il se croit tout puissant
Le voici dressé dans la nuit de mon refus
Il a violé mon ciel
Et la pluie écarlate éclabousse la terre
Rouge est son sang rouge aussi l’enfer de la folie


Et voici l’aïeule tremblante de froid de haine incrédule
Noire comme la plus longue nuit
L’esclave en moi convoquant les tambours mais sourde à leur appel
Mais aveugle
Ne sachant que dire : « Oui... oui maître... » tandis que dans son coeur :
« Puisse ma haine te transpercer le coeur ! »
Et la haine est un fruit trop mûr qui suinte du sang
Vois elle tremble de peur ver de terre s’écrasant aux pieds du maître
Voici c’est ma mère c’est ma soeur mon enfant maudite
Voici mes deux enfants maudits -source de ma descendance mais poids trop lourd pour mes
humaines épaules
Assez courber l’échine
Assez bomber le torse à croire que le ciel tout entier dans mes yeux
Voici mes deux mondes déchirés croisée des chemins
J’appelle la pluie du ciel eaux vives salvatrices sur leurs têtes ployées
Voici mes deux enfants de l’ombre en quête d’un peu d’amour
Il n’y a que l’amour pour laver tant de haine
Feu, strangulation, fouets en érection et coutelas dressés cannes incendiées et folie des
hommes
Après le feu ma terre à reconstruire, mon histoire étranglée
Voici les deux faces de ma folie
Ô Dieu, prends-les mêmement dans tes mains thaumaturges
Extrais l’acier dans le bleu de mes yeux et la pierre de sang qui obstrue mon cœur
Erige le ver de terre dans le feu du soleil guéris mes reins de l’offensante caresse
Aide-moi à regarder sans trembler l’azur du ciel et la mer turquoise
Prends dans tes mains mon Afrique nouvelle
Et fais de moi, jusqu’à la fin des Temps
Une vibration d’amour !


Bambous

 

Les bambous chantent
Une chanson triste
Une complainte, un long sanglot
Ils pleuraient autrefois
Pour ne pas entendre le grincement des chaînes
Les bambous chantent
Ils disent des histoires d’avant, longtemps
Quand les tortues avaient des ailes
Et semaient sur la terre
Des kassaves d’espérance

Quand le soleil chavire dans l’eau
Là-bas,
Dans l’incendie du ciel qui arrose la terre de sa pluie de cendre,
La lune tarde à venir
Quand la nuit étend
Son lourd manteau d’ombre
La complainte des bambous
Est un long chant triste dans le vent

Quand le soleil se lève
Et que la rosée luit sur le dos des feuilles
Quand l’alamanda explose en bouquets de soleil
Et que le coquelicot offre son sang généreux
Quand le vent ose à peine
Soulever la robe des fleurs
Quand l’odeur des varechs
Se fait promesse de traversée
La musique des bambous s’arrime aux ailes du vent
Et gagne le grand ciel

Quand les bambous chantent
C’est le pays qui parle
A ceux qui savent entendre


Promesse

 

 

...

...

...Et je crierai ton nom

Dans l’épaisseur des nuits

Dans la promesse des matins

D’incantatoire façon

Oui je crierai ton nom

Jusqu’à ce que tu m’entendes

Je prierai à genoux

Ou bien debout, face aux quatre vents

Les bras levés au ciel

En une violente supplique

Jusqu’à ce que tu m’entendes

Je lancerai dans les airs

Le cerf-volant

De mes poèmes

Ainsi qu’une fusée

Jusqu’à ce que tu le trouves

Je martèlerai la terre

Invoquerai les ancêtres

Jusqu’à ce que le vent

La terre le Ciel et les ancêtres

Aient pitié de ma folie

Jusqu’à ce qu’enfin

Les frileux oiseaux de mes mains

Retrouvent le nid des tiennes

Jusqu’à ce que ton sourire

Convainque mon cœur apeuré

Que la séparation ne fut qu’un mauvais songe

Et qu’elle n’a duré

Que l’instant d’un cillement

Jusqu’à ce que mes mains

S’ouvrent pour recevoir

Les brassées de fleurs et de poèmes

Que tu auras amassés

Jusqu’à ce que ton rire

S’égare et se retrouve dans la forêt de mes cheveux

Et que ta voix murmure :

« ¡Por fin ! ¡Mi niña soñada !”

Je voudrais te promettre

Que je ne pleurerai pas

Je voudrais te promettre

De croire comme une enfant

A tout ce que ta magie

Inventera pour moi

Et je t’inviterai

A jeter l’ancre

Sur mon île impatiente

Mais je ne peux promettre

Que ne te brûlera pas

Ma lave incandescente !

 


Femme je suis

(II)

 

 

Femme je suis

Île violentée

Par d’avides pirates

Femme je suis

Découvert continent

Au nom de Dieu

Des épices et de l’or

Femme je suis

Mère d’Ethiopie ou du Rwanda

Collier de squelettiques enfants

Suspendus à mes seins désespérément vides

Femme je suis

Plantureuse de Botero

« Femme nue à la fenêtre »

Dans l’attente de toi

Homme de mon présent

Planète offerte

A tes pas de découvreur

Par un dimanche de pur soleil

 


Alcools

Ivre comme hier
Comme hier la forêt
Et la mer lèche le ciel
hier hier c’était quand ?
Où as-tu sombré quand le bateau chavire
Et le ciel pleure encore ?
La joie est une mangue
Cueille-la enivre-moi quand le bateau chavire
Et le ciel chante
Un blues du temps-longtemps
Hier hier c’était demain
Et je n’ai pas menti
Et l’amour coule à flots
En bulles irisées
Ivre comme un pluvieux carême
Et l’oiseau se noie dans la goutte de champagne
Et le chat a glissé sur un fruit à pain mûr
Femme tombée n’est pas fruit à pain mûr qui tapisse le sol
Femme se lève et redresse la tête
Le vent sèche les larmes
Le chagrin se répand dans les recoins du cœur
Femme tombée n’est pas fruit à pain mûr
Je n’ai pas oublié
L’ardeur du carême sur ma peau brûlée
Et j’aboie encore quand le souvenir passe
Et fait tanguer ma barque-déraison
Où étais-tu où étais-tu
Ivre comme hier mais la joie en prime
Je n’ai pas oublié mais la mer panse les plaies
le sel de la mer
Où étais-tu où étais-tu
Et moi étais-je déjà ivre quand le bateau chavire
et la mer lèche le ciel et le fruit à pain brûle
dans un faitout percé
J’ai tangué mais je n’ai pas menti
---------------------------- Jamais
Jamais quand le soir tombe et l’amour coule à flots en bulles irisées
Et l’oiseau s’est noyé dans une bulle de champagne
Aime-moi jusqu’à la démesure
Comme jamais tu n’as aimé !

 

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