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 Article publié le 21 avril 2013.

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De l’unique jaillirait la flamme multiple qui n’éclaire pas le jour, ponctue tout au plus un chemin d’existence empruntée par tous, chemin sur lequel il serait loisible de seulement s’arrêter ici ou là, de faire halte pour ensuite repartir vers de nouvelles aventures…

Aussitôt écrite, cette phrase lui parut obscure, inutilement compliquée, il lui sembla devoir recommencer à interroger l’énigme de l’unique : pourquoi l’amour, ce terme générique, n’est-il applicable qu’à une personne et une seule, tout en sachant que non seulement on peut aimer plusieurs fois dans sa vie, mais qu’aussi toute rencontre, dans le monde où nous vivons, est à la fois fortuite et induite par des déterminismes socio-économiques, qu’en d’autres termes la personne élue - et nous aussi, qui sommes élus - aurait pu être n’importe qui d’autre ?

Et pourquoi cette légère angoisse à l’approche de cette question ?

C’est que nous vivons dans le multiple.

Seuls nos parents peuvent être dits uniques, ainsi que nos enfants : s’y attache une nécessité de principe : ce ne pouvaient qu’être eux et personne d’autre, encore est-ce faux pour les enfants, eux-mêmes issus du multiple, mais les enfants, dès leur naissance sont vécus comme uniques.

Je crois que toute notre vie nous demeurons attachés à ce besoin simple : pouvoir dire : ce ne pouvait qu’être elle, qu’être lui. Cette pensée s’enracine dans la double expérience de la filialité et de la parenté.

Notre père, notre mère, comme nécessité vitale, et nos enfants nécessairement uniques à nos yeux… Dans la filialité déjà s’exprime un choix : on choisit d’avoir des enfants sans savoir ce que " ça donnera ", et quand ils sont là, ce ne peut qu’être eux et personne d’autre…

Il n’y a pas que des " enfants de l’amour " : beaucoup naissent de parents qui ne s’aiment plus ou ne se sont jamais aimés.

L’amour des parents pour leurs enfants et l’amour des enfants pour leurs parents sont sujets à mille variations, mille nuances.

On ne choisit pas ses parents, qui restent à bien des égards des énigmes vivantes, et on choisit d’avoir des enfants sans savoir qui ils seront. Enigme, hasard, inconnu… L’altérité est sauve, même dans la plus grande proximité. Quoi que je fasse ou dise, mes parents sont autres que moi, mes enfants aussi.

On ne donne pas la vie, on la transmet.

Je citerai pour ne pas conclure cet extrait d’un dialogue entre François Poirié et Emmanuel Levinas :

F.P. : Comment aller vers l’autre, est-ce l’amour qui me porte vers lui ?

E.L. : Si vous voulez, sans mettre dans ce mot toute la littérature qu’il évoque ! Si vous reprenez le terme non-indifférence qui est peut-être un engagement affectif où est pressentie une intention d’amour, et la responsabilité dans l’être concerné dont j’ai parlé. Tout cela s’épanouit en amour : la responsabilité précise quelque chose de grave dans la conscience de l’altérité. L’amour va plus loin, c’est le rapport à l’unique. Il appartient au principe de l’amour que l’autre, aimé, est unique au monde pour moi. Ce n’est pas du tout parce qu’en tant qu’amoureux j’ai l’illusion que l’autre est unique au monde, c’est parce qu’il y a la possibilité de penser quelqu’un comme unique qu’il y a amour…

L’autre par excellence

Sa saveur unique : l’odeur et le grain de sa peau, son visage, le son de sa voix, sa stature et son allure, son envergure intellectuelle, sa position sociale, et mille autres choses encore qui contribuent à le rendre unique à nos yeux ne seraient rien sans cette possibilité de penser que l’autre est unique.

C’est là qu’il faut creuser. Le sol est riche. Là commence la philosophie première qui se confond avec notre vie de tous les jours.

Il faut penser l’autre comme événement déterminant de mon existence. Nous y engage la philosophie d’Emmanuel Levinas…

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