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Du qui et du quoi - Réponse interrogative à Jacques Derrida
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 Article publié le 21 avril 2013.

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Pour une part, faire abstraction, pour une part seulement, afin de préserver l’essentiel...

Pourquoi faut-il que toujours dans l’existence l’essentiel soit menacé ? C’est qu’en fait ce qui est essentiel à nos yeux ne l’est que pour nous. Notre entourage immédiat, les étrangers a fortiori, et ce qu’il est convenu d’appeler une société - on n’a jamais bien su ce que ce terme recouvre exactement… - ne partage pas ce qui est essentiel pour nous seuls.

Pour faire un couple, il faut être deux, dirait monsieur de La Palisse : il me paraît impossible que les priorités de l’un et de l’autre s’accordent parfaitement : deux êtres, deux histoires, deux expériences singulières, deux éducations, c’est le nombre deux qui prédomine où que l’on regarde.

Sans ce nombre deux, aucun accord possible !

Quand on y regarde de près, une personne et une seule véhicule une histoire où un grand nombre d’acteurs, tous contingents, à commencer par les parents, sont intervenus de manière plus ou moins heureuse au cours de sa vie.

Notre vie à tous est traversée de fantômes, de personnes chères aussi, présentes ou disparues, et toutes, les bienvenues comme les malvenues, concourent, longtemps même après leur effacement ou leur disparition, à faire de nous qui nous sommes…

Mettez ensemble deux personnes, et voilà que vous vous retrouvez avec un groupe d’une centaine de personnes dans la pièce !

L’accord, avant de le chanter, il faut le faire chanter, comme on fait sonner un instrument. La maîtrise de l’instrument prend du temps.

Le premier accord, c’est celui qui se crée entre un corps et un instrument : tel sera plus à l’aise avec une guitare, tel autre avec un piano, par exemple… Une fois l’instrument maîtrisé, une fois qu’on sait le faire sonner sans fausse note, l’essentiel est encore à faire : choisir des harmonies et y inventer des mélodies…

Le corps, la pensée de la personne que j’aime, source jaillissante : l’accord, d’emblée est double et trouble : la pensée n’est pas le corps qui n’est pas la pensée, pourtant j’ai bien une personne à mes côtés.

Qui je suis, est-ce ce que je pense et dis ou bien est-ce mon acabit, mon aspect physique, telle particularité de mon anatomie ?

Qui je suis, c’est ce que je suis : soit mon corps et ma pensée, indissolubles, et cependant distincts. Telle disgrâce physique, tel petit défaut, telle opinion avec laquelle je puis être en désaccord n’entame pas l’amour que j’ai pour une personne : je ne m’arrête pas aux détails, j’ai une perception globalement favorable qui emporte mon adhésion. Ceci n’advient qu’à la condition de ne pas distinguer le qui et le quoi dans la perception d’une personne, tout en étant conscient que le qui passe par le quoi.

Qui je suis, soit ma singularité, ne peut se manifester que dans le discours que je produis, discours qui fait de moi un sujet, ce discours étant tout à la fois ce que je dis et pense et ma manière d’être, ma façon de me tenir en société, l’ensemble de mes qualités physiques et intellectuelle mises en action par moi, le tout produisant du sens, c’est-à-dire de la différence : ce que je suis - ma marque - n’apparaît que se démarquant…

C’est cette marque qui n’existe que se démarquant qui s’accorde ou non avec une autre marque qui se démarque : deux marques se remarquent, se plaisent, se séduisent, une histoire commence, qui peut durer toute une vie.

Au-delà de la nécessaire contingence du quoi - avoir un sexe qui donne du plaisir, un corps plaisant, joueur et compatible avec le mien, un visage et des yeux qui me « parlent », une parole, un acabit, un maintien et un éthos - , il faut à la durée un qui ouvert sur lui-même qui maintienne vive la question : qui suis-je ?

C’est cette question posée à autrui, à la personne aimée qui aime cette question et qui non seulement la partage avec nous, mais nous la renvoie, c’est cette question qui me paraît être de nature à maintenir toujours en éveil cette vigilance attentionnée à la parole et au plaisir de l’autre qui importe plus que tout au monde pour nous.

Faire don de soi, c’est alors s’offrir comme un quoi plaisant et unique qui fait don de cette part de soi encore à venir, encore en question.

S’aimer, ne serait-ce pas partager cette question : qui suis-je ? en disant : je ne veux être cette question que pour toi, question incessante certes, mais qui sait, dans l’érotisme, se suspendre : à l’instant de s’aimer, ne faut-il pas en passer par cette halte délicieuse auprès du corps de l’autre ?

L’amour : instant et durée réconciliés, à mon sens…

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