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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
L’âne d’or

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 Article publié le 11 octobre 2012.

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À Foix, les chiens ne peuvent pas entrer dans les jardins publics. Mais la ville est vieille et ses rues sentent la moisissure des caves. Montant au Palais, on est poursuivi par des voitures qui montent elles aussi avec leurs petits fonctionnaires pressés à leur bord. On se réfugie alors dans les coins de ces façades croupissantes. Et on comprend pourquoi les chiens sont interdits dans les jardins. Ils sont les compagnons de ces êtres sans domicile. Ce n’est pas les chiens qu’on chasse des jardins, mais ces diogènes qui n’ont pas le droit d’y élire domicile. Et on ne voit jamais les magistrats descendre dans la rue pour proposer leur savoir à ces victimes d’injustice et surtout de cruauté. À Pamiers, la mairie a enlevé la toiture de l’arrêt de bus du Jardin des plantes. Et personne n’a jamais vu l’évêque descendre de son palais pour partager son manteau avec ces pauvres que les élus et leurs électeurs appauvrissent encore pour qu’ils disparaissent à force d’amenuisement de leur espace vital. Jamais un médecin ne s’arrête pour demander des nouvelles. La petite bourgeoisie se recroqueville dans sa pratique opaque du privilège et de la recommandation. — Passant par là alors qu’il n’avait rien à y faire, Mescal ramassa une crotte avec son petit sac poubelle qu’il retourna comme un gant. Elle était encore chaude. Il jeta un œil alentour, mais ne vit pas le chien. Il l’aurait reconnu s’il avait eu cette chance. Un chien qui vient de se soulager a un air particulier. Quelque chose dans le regard, mais aussi dans la démarche. Mais il n’a pas l’air de se venger. Mescal, quand ça lui arrivait, finissait son expulsion par un cri de colère qui amenait du monde. On finissait par l’arrêter et par le traîner au poste de police. Là, il s’expliquait avec un âne. Cette rencontre animale le réjouissait toujours. Certes, il avait de quoi payer l’amende et on ne le jetait pas dehors. Il retournait chez lui et continuait de s’amuser pendant deux jours. Ensuite, il redevenait triste et il avait encore envie de mourir. « Les chiens me comprennent, dit-il au flic, mais comme vous êtes un âne et que vous ne songez qu’à me botter le cul, on travaille pour rien vous et moi ! » Le flic avait longuement réfléchi : « Je suis peut-être un chien, avait-il conclu, mais je suis pas fou, moi ! » Et pas con non plus, pensa Mescal au troisième jour.

 

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