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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
Histoire du silence

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 Article publié le 9 octobre 2012.

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Quand Mescal se réveilla ce matin-là, le monde était plongé dans un silence parfait. Pas un oiseau, rien dans la rue, aucun volet n’avait fait entendre sa plainte. Pendant un moment, il se crut seul. Puis il réfléchit et le monde se repeupla. Il ouvrit la fenêtre pour respirer l’air frais. Il pluvinait. Il perçut nettement le bruit de l’eau dans les gouttières, mais c’était peut-être quelqu’un qui regardait la pluie avec la même petite angoisse en forme de carie dans l’ivoire des dents. Il agita son petit bout de langue, sans cesser d’écouter et de chercher à donner un nom à ce qu’il entendait si le silence n’était pas à ce point parfait. Le rideau voletait à l’extérieur, comme si quelqu’un venait d’ouvrir la porte d’entrée. Il se retourna, ce qui ne servait à rien car, de la fenêtre, on ne voyait pas la porte. Il entendit les semelles frotter le paillasson. Personne n’appelait. Il vit un avion dans le ciel, sans panache et sans bruit. « C’est toi ? » Pas de réponse. Du coup, la question : « Qui était-ce ? » prit un sens. Il était projeté dans un passé qu’il n’avait pas encore élucidé. Cela arrivait chaque fois qu’il pleuvait. Mais la porte était ouverte, comme en témoignait le rideau, et personne ne l’attendait pour lui parler de la pluie et du beau temps. On lui parlait rarement d’autre chose. Le paillasson portait des traces d’herbe. Elle n’avait pas séché. L’humidité du couloir expliquait toujours cette lenteur. Deux jours qu’il n’était pas sorti ! Il tendit l’oreille. Dessous, six étages s’immobilisaient dans une parfaite cohérence. « Vous montez ? » demandait quelquefois la voisine, fort âgée, du deuxième. Comme il descendait, et qu’elle le savait, il se chargeait de la poubelle et la vidait consciencieusement dans la poubelle commune. Il la remontait aussitôt de peur de l’oublier en revenant. Il avait la mémoire en piteux état. Ce n’était pas le genre de mémoire qui sert à revenir. Et il avait bien l’intention de ne plus se perdre. Il referma la porte en espérant que personne n’était entré. Il jeta un œil crispé sous la porte des WC. Souvent, il oubliait d’éteindre et le matin, en se réveillant, surtout s’il avait aussi oublié de refermer la porte d’entrée, il demeurait longtemps à observer ce raie de lumière en se demandant si quelqu’un était assis sur la cuvette et s’il attendait lui aussi que le silence fût absolument parfait avant d’ouvrir la porte et de se sentir tout aussi parfaitement seul.

 

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